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vengé lui-môme, car il est de toute première force aux armes*
Ahï quel bonheur d'avoir un gendre^
quand il est raisonnable et prudent.
Sa seconde fille n'est pas mariée. C'est une jeune femme distinguée, lettrée, présidente de la Ligue fraternelle des Enfants de France. Gomme toutes les œuvres de bienfaisance, concernant les enfants, ont pour elle de l'attrait, elle est venue visiter^ il y a quelques jours, rue de l' Ancienne-Comédie, n® /3, une œuvre qu'y a fondée mon confrère Rollet, pour tous les petits jeunes gens de Paris sans ouvrage. En attendant qu'ils aient trouvé une occupation, on leur confie des travaux très faciles : tel, notamment, que le nettoyage de certaines graines.
M"® Lucie Faure a été fort intéressée par cette œuvre de Rollet. Celui-ci a pu l'entreprendre grâce à la générosité de M"* Thénard et de sa fille (bellesœur et nièce du fameux baron Thénard), qui lui concèdent, en partie, la jouissance du n" 13 de la rue de l'Ancienne-Comédie, près du Procope. A la porte de la boutique du n^ 13 se trouve un grand tronc où tous les passants peuvent déposer leur aumône.
16. — On voit partout, aux devantures des photographes, la photographie de la princesse de Caraman- Chimay et de son amant Rigo, tzigane superbe, quoique grêlé, qui raclait du violon dans un établissement parisien, et que ladite princesse enleva, pour son compte personnel, à l'admiration de son auditoire. Ce fut un scandale que cette liaison doht tout le monde parla à Paris, aussi bien dans les salons que dans les cafés. Elle s'appelle de son nom de famille
Ward. (Clara Ward), fille du grand marchand de porcs des Etats-Unis*.
20. — Les Grecs viennent de mettre la main sur la Crète pour la soustraire aux barbaries turques. Dé là exaltation sur le boulevard Saint-Michel et maniiestations énergiques en faveur de la Grèce. L'enthousiasme étant par trop grand et dégénérant en désordre, les sergents de ville ordinaires voulurent mettre le holà ; ils n'y purent réussir. Ceux de la brigade centrale furent appelés. Faute de pouvoir se colleter avec les Turcs, les étudiants se colletèrent avec ces messieurs de la célèbre brigade. Mais ils avaient affaire à forte partie ; ils furent délicatement cueillis et amenés aujourd'hui devant le tribunal qui les a condamnés à quelques jours de prison.
Soyez joyeux de cette condamnation, jeunes gens, vous allez pouvoir dire que vous avez souffert pour la sainte cause des peuples I
^ Mars 1897. — Le cortège du bœuf gras est rétabli à la grande joie des Parisiens. Pendant que je regarde, sur la place de la Concorde, deux porcs en train de faire tourner la broche qui traverse le corps d'un marmiton, je reçois dans l'œil des confettis, c'est-àdire de minuscules papiers ronds, qui me font un niai atroce. J'ai souffert toute la journée ; c'est un bien ridicule usage qui commence à s'insinuer dans nos mœurs de fête !
4. — Hier, le bœuf gras Don Juan a été vendu 2.025 francs à un boucher de la rue Poissonnière.
1 Le divorce fut prononcé en Belgique à la requête du prince de Chimay, malgré les supplications de la princesse^ qui déclarait se repentir et offrait d'entrer dans un couvent.
9. — ^ Hier^ protestation dé rAoadétni^ dèfe Beaut- Arts contre Tinstallation, au musée du ïiuxembourg, d'un legs du peintre impressioniste Caillebotte. Dans un horrible petit hangar, annexé au musée, ont été remisées une trentaine de toiles des artistes impressionnistes en vogue : une collection d'horreurs ! Mais rAcadémîe des Beaux-Arts eh sera poùt soii inutile protestation. Ses membres ne sont-ils pas tous gagas ! Leur âgé ne leur permet pas de juger le progrès du Grand Art.
Chose bizarre, dans cette collection il y a néanmoins une toile dé grande valeui» ; oh, ce n'est pas la fameuse Olympia^ de Manet, rioii ! A mon humble avis, du rtioins, c'est une toile précisément de Caillebotte : Les RabotteuH de parquets. Là scène est réaliste, sans doute, mais combien remarquablement traitée. Je Soupçonne Caillebotte d'avoir voulu entourer son œuvre, des horreurs siisnommées, pour mieux faire valoir la sienne.
30. -^ A roccasion du renouveau, le mikado du Japon a couvert de fleurs notre beau Président et lui a envoyé le grand cordon de Tordre des Chrysanthèmes. A notre ministre des affaires étrangères, M. Hanotaux, il a offert Tordre du Soleil levant. Le Japon se nomme, en effet : L Empire du Soleil levant,
2 Avril i 897 . — L'Académie française a voulu se montrer, pour M. Hanotaux, aussi aimable que le mikado. Elle vient de le choisir pour l'un des siens. C'est un picard des environs de Saint-Quentin. Il a fait de beaux travaux d'érudition sur les villes retrouvées : Troie, Thèbes d'Egypte, Babylone, Carthâgë, Pdnipéî, et il a publié le cornrtieilcement d'une grande et remarquable histoire de Richeheu.
80i — Sur la chaussée de ]a ftie Sain t- Jacques ^ entre la nouvelle 8tn'b()ntie et le nouveau LôUis-ld* Grand, il y avait de graiid s travaux de voirie h èxêmiet pour relier d'une façon convenable oës deux établis-^ sements. En y procédant, on fut fortétonhé d^trouVfer des vestiges de route. Ce sont, àssure-t-bn^ le*^ Vestiges de la voie romaine qui reliait Lutèee k GénabUm^ plus tard : Aurélianî, et plus tard encore : OrléariS.
5 Mai 1891. — Ce matin, en passant dé trës bohne heure sur le bdiilevard Sàini-Gérmàiri, à relldroil dû la rue Saîrit-Dortiiniquë vient, pour àitisi dire, s'y souder, j'aperçois, devant le seigneurial hôtel du h* î de cette rue, un grand t'assémblemëht. Je m'aftête et je vois venir beaucoup de voitures, d'équipages^ OU même de simples voitures de place. C'est Ift où demeure le conlte d'Hùholstein. Le dadaVre de sa femme vient d'y être apporté il y a un instant. ÉUë a péri hier, paraît-il, dans ntïcendie. d'un îrtimense hangar, qu'on avait construit en planches, rue Jean- Goujon, pout^ y abriter une vente de éharité. M"** d'Hunolstein était une demoiselle de Gi'ussol, sœur de feu Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès. Sa belle-sœur, la duchesse d'Uzès, qui l'accompagnait, put, grâce à son sang-froid, s'échapper du hangar en feu.
6. — Il y aura bien près de 150 victimes, presque toutes des femmes, dans l'incendie du Bazar de la Charité. La lampe d'un cinématographe, en se brisant, mit le feu aux tentures qui l'ornaient. En moins d'une demi-heure, le désastre fut consommé. Parmi les mortes sont plusieurs sœurs de charité et la dame la plus titrée, certainement, du faubourg Saint- Germain, la duchesse d'Alençon^ sœur.de l'impératrice d'Aulriche. Elle avait épousé le due d'AlençoUj fils de
feu ler)dUcf (Jq Nemouirs ;i c'était, comme rimpératrice d'Autriche, uae princesse de Bavière,. Ont péri. également: la baroone de . daruel de .Saint-Martin, la cQmtesse.de Bonne val, la baronne de Saint-Didier^ M™® RoUand-Gosselin ; cette dame appartient à la famille, de Tagent de change, une des plus bienfaisantes de'Paris. Le Palais partage rémotipn générait, d'autant plus que beaucoup de membres de la famille judiciaire ont été très éprouvés. M. Laneyrie, viceprésident de la première chambre, a perdu sa femme; Deschamps, mon confrère, sa sœur ; mon autre confrère, Jacquin, sa nièce, fille d'un inspecteur général au chemin de fer dé l'Est.
Les avoués ont aussi fait des pertes cruelles, ce bon Desrousseaux, avoué à la Cour, a perdu un cousin-germain, et Dubourg, avoué au tribunal, sa belle-sœur, M™® Nitot, ainsi que sa nièce, la petite Nitot.
Les victimes ont d'affreuses blessures au cou, car la toiture embrasée laissait tomber des charbons ardents qui se logeaient dans les collets, à la Marie Stuart, que portaient la plupart des femmes.
8. — Le duc d'Aumale vient de mourir d'une maladie de cœur. L'émotion, causée par la terrible mort de sa petite-nièce, la duchesse d'Alençon, a déterminé une crise qui l'emporta.
Par suite, l'Institut entre en possession du magnifique domaine de Chantilly, dont le duc lui avait fait donation, tout en se réservant l'usufruit.
9. — Hier, service à Notre-Dame à l'intention des personnes brûlées au Bazar de la charité. Le président de la République, Félix Faure, y assistait avec les grands corps de l'Etat. Le Père OUivier prêcha. Il lit
remarquei^ que Diieu prenait souvent les victimes les plus pures, les plus saintes en expiation des fautes de l'humanité. L'assemblée, composée eti grande partie de libres-penseurs, se raidit contre dette doctrine ; un murmure de désapprobation parbouriit toute l'assemblée, murmure d'abord très faible, à peine perceptible, net bientôt. Le Père Ollîvier est souvent très ardent, mais, dans la circonstance, il n'a pas à se reprocher d'avoir été trop loin, d'avoir prêché une doctrine qui est généralement^ admise, qu'il exposa du reste sans grande ardeur, mais avec la persuasion qu'elle poétisait, qu'elle exalterait les victimes.
Une personne bien au courant de la politique, surtout au courant de ce qui s'est passé en cette circonstance fâcheuse, m'a dit : « C'est un prétexte, le blâme passe àu-desSùs de la tête du Père-Ollivier pour aller frapper celle du Président, qui seul, eut la pensée de cette cérémonie à Notre-Dame et l'a, pour ainsi dire, imposée. »
10. — Dubourg, avoué, m'a convoqué aux obsèques de sa belle-sœur. M'"® Nitot, et de sa nièce, Suzanne Nitot, âgée de 8 ans et demi. Le pauvre docteur Nitot a été bien éprouvé comme, du reste, beaucoup d'autres docteurs ; le docteur Vimont, qui a si bien soigné ma femme dans sa dernière maladie, pleure sa cKère mère ; le docteur Feulàrd, chef de laboratoire à l'hôpital Saint-Louis, a été brûlé vif en cherchant sa fillette; le docteur Moreau-Nélaton a perdu sa femme. Aujourd'hui, en allant à l'hôpital de la rue de la
1 C'est une doctrine laissée à l'arbitrage catholique, et qui n'est pas déjà si généralement admise, m'a dit un théologien, que je rencontrai quelques jours après.
Santé, hôpital fondé des deniers du docteur Péan^ j'ai vu cette affiche collée sur la porte : Lp docte\iT Péan^ obligé d'assùier aux obsèques de divers vuembres du corps médical ou de leur famille, ne fera pas d'opérations les samedi 8 et lundi iQ mai.
Mardi iî Mai, ^ Aujourd'hui, j'ai tristement Gonteoiplé, rue Jean Goujon, le terrain où eut lieu la catastrophe. On voit encore, adossée h un mur, la grande échelle grâce à laquelle le Père Ambroise, des Pères de TAssomption, a pu faire échapper une multitude de personnes. Un monsieur et une dame, pendant que j'étais là, sont venus s'agenouiller et déposer un superbe bouquet au milieu des décombres^
17. — Certains journaux prétendent que les jeunes gens du faubourg Saint-Germain se sont horriblement mal comportés au Bazar de la Charité, qu'ils repoussaient les femmes à coups de canne pour s'ouvrir un passage.
26. - Le Gaulois d'hier s'élève, avec indignation, contre les mensonges débités sur la conduite des jeunes gens, au Bazarde la Charité. La journal déclare avoir fait, à ce sujet, ufle enquête sévère de laquelle il résulte au contraire que tous les hommes, en général, se sont admirablement comportés.
1 Sur oe terrain, une chapelle de Notre-Dame de Consolation a été construite en 1898. Le célèbre artiste Alfred Maignan a peint le dôme où il a rassemblé les portraits des martyrs. On y voit notamment la duchesse d'Alençon, le docteur Foulard pressant sa fillette sur son cœur et les deux sœurs, Sainte-Claire et Sainte-lÇarie-Madeleine, de la maison de« ayeugloç de Saint-Pa^il.
La Vierge, qui se trouye au centra de la compositipn, présente à son fils la sainte cohorte de toutes los yiptime^ de ]# pharité.
30. — Une meBse fut dite, dans une chapelle p^rtÎT culière, rue des Carmes, à Tintention de différentes dames de notre quartier, mortes au Bazar delà Charité. Le docteur Vimont, qui y a perdu 9a mère, assistait à la cérémonie. Il était encore tout atterré. Il n-ayait pas voulu se marier pour rester avec elle. Cette dame était au Bazar avec ses deux petites-filles, niècep du docteur ; tout à coup ces enfants s'aperçoivent que leurs jupes s'enflamment. Elles s'enfuient, légères comme des filles 4^ onze ans et croyait que leur bonne maman les suit ; mais Tâge avait rendp î-rès pesante la marche de la pauvre femme. Elle x^çt pijt les suivre. Elle périt donc dans les flamn)es, mais avec la suprême consolation de savoir ses ^em phè^r^^ minettes, saines et sauves,
4 Juin i 897. — M. Le Royer, ancien président du Sénat, qui, comme un vrai sage, s'était retiré de h politique pour cause de repos, est mort fort peu de temps après sa retraite. C'était un vieux garçon. IJ laissa à l'Assistance publique sa dépouille ou plutôt son bagage, suivant une expression qu'il aimait. Cette dépouille fut Vendue en son propre domicile, n** 22, rue Soufflot.
Il avait trois habits qui, probablement, n'étaient plus de mode car ils ont été vendes onze franos h un garçon de café du quartier. Celui-ci en fera trQÎS vestes qu'il cédera à bon compte aux hommes qui, moins sages que M. Le Hoyer, voudrpnt s'attarder trop vieux dans la politique.
14. — Le Président continue à jouir, de sapositipn; hier dimanche, jour du Grand Prix à Longchamp, il voulut faire sa promenade au bois dans la splendeur de ses plus belles sorties. Le piqueur Mon jarret
précédait, comme d'habitude, la voiture présidentielle. M.' Félix Faure et sa femme étaient dans un landau attelé à la Daumont. Sa fille, M'*® Lucie Faure, était dans un autre landau avec des amies. Tout à coup, non loin de la cascade, retentit un coup formidable occasionné par un engin dont on ramassa les morceaux. Le Président tressauta, mais alla voir quand même courir le Grand Prix.
22. — . Victor Frariconi vient de mourir à quatrevingt-sept ans. C'était le petit-tils d'Antonio Franconi qui vint, vers 1740, fonder un cirque à Paris. Luimême, avec la collaboration de M. Dejean et de son fils Charles, dirigea les deux cirques des Champs- Elysées et du boulevard des Filles du Calvaire : Cirque d'Eté et Cirque d'Hiver.
Tout Paris connaissait cet homme si élégant, de si belle stature et d'une distinction si parfaite qui présidait aux exercices équestres les plus extraordinaires ; jamais dompteur de chevaux ne fut plus remarquable et, jusqu'à 1870, il dressa tous les chevaux de Napoléon IIL
25. - Hier mardi, le Cirque d'Eté faisait relâche- à cause des obsèques de Victor Franconi. Le deuil était conduit par son fils, Charles Franconi, et son gendre, M. Meurgé, maire du V® arrondissement.
6 Juillet 1897, — L'Etat acheta près de trois millions les superbes bâtiments du collège Sainte-Barbe, dont la construction avait probablement coûté beaucoup plus cher.
Il les loua ensuite à l'ancienne Société de Sainte- Barbe.
L'Etat, après beaucoup de réflexions, se serait
décidé à cette acquisition dans la crainte que les Jésuites ne se rendissent acquéreurs de la vieille et célèbre institution.
11. — On prétendait que notre Président voulait aller en Russie, rendre sa visite au Czar, avec un costume officiel. Il n'en est rien. Il doit y aller en simple habit noir avec le grand cordon de l'ordre russe de Saint-André, qui lui a été conféré par le souverain russe. Enfin la voilà enterrée cette si importante question du costume, dont on a tant parlé.
14. — M. Waldeck-Rousseau a été nommé membre du Conseil de l'ordre des avocats Tous les avocats, ses amis politiques, notamment M. Brisson, étaient venus au Palais afin de voter pour lui. Beaucoup d'avocats, quoique pas très partisans de Waldeck- Rousseau, ont voté néanmoins pour lui en disant : i< C'est un homme politique et judiciaire trop considérable pour le tenir en dehors du Conseil. » Telle est notre habitude au barreau» Combien d'avocats votaient pour Berryer, pour Jules Favre dont, cependant, ils ne partageaient nullement les opinions.
15. —Afin d'agrandir l'Ecole de Médecine, on a jeté bas l'ancienne chapelle des Prémontrés, qui formait le coin de la rue de l'Ecole de Médecine et de la rue Hautefeuille. Dans le chevet de cette chapelle s'était établi un café dit: Café de la Rotonde, à cause de la forme de ce chevet. Il fut fréquenté par les plus grands médecins et chirurgiens. Pour asseoir les fondations des nouveaux bâtiments de l'école, il fallut enlever celles de la chapelle ; on y trouva un caveau dans lequel étaient étendus sept squelettes d'anciens Prémontrés. L'un d'eux avait encore quelques
cheveux sur le crâne. Une croix de métal figurait h côté d'un autre. Sur le mur du caveau étaient écrits au pinceau les noms des sept moines et la date de leur mort. La plus ancienne était de 1600. Les Prémontrés étaient des chanoines réguliers qui avaient été institués par saint Norbert h Prémontré, au diocèse de Laoa. Un général de Tordre créa ce collège pour permettre aux jeunes moiniBS de venir s'instruire à Paris. Il y avait, au pays latin, pas mal de collèges ecclésiastiques semblables, tels le Collège de Cluny, le Collège des Bernardins, etc.
29. — Aujourd'hui, les élèves de l'Ecole polytechnique sont allés au cimetière Montparnasse déposer, comme d'habitude, une couronne sur la tombe de leur ancien camarade Vaneau ; celui-ci fut tué le 29 juillet 1830 aune barricade près delà caserne de Babylone, c'est pourquoi le nom de Vaneau a été donné à une rue voisine de cette caserne. Sur la couronne, fort grande, étaient écrits ces mots : « Les élèves de V Ecole polytechnique à leur camarade Vaneau, mort pour la liberté le 29 juillet 1830. »
Les élèves de l'Ecole polytechnique se sont battus avec rage contre Charles X. Revêtus de leur uniforme ils se mirent à la tête de la garde nationale du quartier latin. Ils avaient centralisé la défense place de l'Odéon et de là s'étaient répandus sur toutes les barricades de la rue Saint-Jacques et autres rues de la rive gauche.
31. — Je viens de voir passer sous mes fenêtres un spécimen d'omnibus à pétrole où se trouvait une dizaine de personnes. Il filait avec un bruit effrayant de mitraille à rendre sourds les passants et avec un soulèvement de poussière à les rendre aveugles
^4 Août 1897. - M le baron de Mackau, administrateur des ventes au Bazar delà Charité, vient d'être condamné à 200 fr. d'amende pour n'avoir pas pris assez de précautions contre l'incendie.
28. — Notre président Félix, Vheureux, est allé en Hussie pour rendre à l'Empereur la visite qu'il avait faite à la France. Il s'est embarqué sur un vaisseau : le Pothuau ; ce vaisseau a mouillé d'abord dans les eaux 4e Kronst£^dt, le port militaire de Saint-Pétersbourg, et s'est rendu ensuite à Saint-Pétersbourg. La population a fait au Président une réception enthousiaste. L'empereur Nicolas se rendit sur le Pothuau, c'est-à-dire en terre de France, pour assister à un banquet ; il a dit dans un toast que les deux nations étaient dorénavant amies et alliées.
29. — L'abbé Bouquet, aumônier du lycée Saint- Louis *, vient de faire une belle pêche ; il a repêché François Goppée, qu'une douloureuse maladie de vessie retenait depuis fort longtemps au lit. Voilà, en effet, ce que je viens de lire dans le journal le Journal : « ...Je l'ai répétée bien des fois, tous ces jours-ci, la belle prière ^\x. Pater ; car au cours de ma longue maladie je suis revenu à la vieille chanson, comme dit M. Jaurès, et non seulement elle berce avec une douceur infinie celui qui souffre, mais elle lui donne aussi le courage et l'espérance. »
i«' Septembre 1897. — M. Félix Faure est rentré de son voyage en Russie. Suivant la prédiction, en vers mirlitonesques, de M^^* Gouesdon, une sibylle soi-
t Aujourd'hui évoque de Meude.
disant inspirée par Tange Gabriel, notre Président est content de son voyage... et de lui probablement. Il a, du reste, lieu d'être content et satisfait pour lui... et pour nous.
10. — Après ce qui s'est passé à Notre-Dame, lors du sermon du Père Ollivier, celui-ci ne pouvait continuer les conférences et même, il ne doit guère y tenir. Le Père Etourneau, Dominicain, le remplacera. Il passe pour avoir des idées fort libérales,
24. — Une corniche s'est détachée de l'entablement de l'église de la Madeleine ; un journal très avancé dit à ce propos : « Si le bâtiment s'écroule tout à fait, ça en sera toujours un de moins. » Gare à l'église du Sacré-Cœur, que le parti socialiste a en horreur, et je ne sais vraiment pas pourquoi, car, quel est le monument qui, depuis le commencement de la République, a donné plus de travail aux ouvriers et contribué le plus à la stabilité du régime républicain.
i«' Octobre 1891. — La poésie a rarement nourri son homme et elle le nourrit encore moins aujourd'hui, dans un siècle si positif. Or donc, un jeune poète vient de se suicider dans la mansarde du n° 73 de la rue Claude Bernard. Il avait dépensé ses quelques ressources à faire éditer un volume en vers: Crime et Résurrection; ce volume ne lui avait pas rapporté grand'chose, quoiqu'on en eût parlé en bien dans la république des lettres. Il composa un nouveau volume de vers avec ce titre : Un mois de Printemps; mais il n'avait plus d'argent pour le faire éditer. N'ayant pas trouvé d'éditeur, il se tua.