Conversation sur un banc de la salle des Pas
Perdus : M'** Chauvin ne pouvant être magistrat, ne pourrait remplir le rôle de magistrat, à l'occasion, si on l'admettait k la maîtrise d'avocat, soit ; mais pourquoi, après tout, la femme ne pourrait-elle pas être magistrat ? N'a-t-elle pas (^c'est un jeune avocat qui parle) l'esprit aussi fin que nous pouvons l'avoir, le bon sens aussi délié que le nôtre. Thémis est la déesse de la Justice, n*est-il pas ridicule qu'elle ne puisse fournir, dans les tribunaux, des juges de son sexe. Bravo, bravo !
7. — Ah I voilà qui est bien ! Pianos droits, pianos ^ à queue, retentissez d'allégresse sous les doigts du beau sexe ! On commence à lui rendre justice au beau sexe !
Les femmes ne peuvent encore être avocats, mais, mais... d'après une nouvelle loi, elles peuvent maintenant être témoins dans les actes de l'état civil, et les actes notariés. En avant les fanfares I ! ! C'est le commencement.
8. — Les étudiants ont tourné autour de la grille du Luxembourg en criant : « Conspuez Scheurer-Kestner ! conspuez ! »
9. — Six photographes viennent d'être condamnés à la prison pour avoir exposé en vente des photographies, très décolletées, de Clara Ward, ex-princesse de Chimay.
10. — Hier, on a eu toutes les peines du monde à empêcher trois cents étudiants d'aller bazarder les bureaux du Figaro, qui soutient Dreyfus. On n'a pu les arrêter qu'à la rue Chauchat, c'est-à-dire bien prè« du Figaro, dont les bureaux sont rue Drouoi, Le
Figaro avait prêté sa grande salle pour une vente de charité, toutes les vendeuses se sont enfuies quand on est venu leur annoncer que les Ecoles marchaient sur le Figaro,
16. — Mort d'Alphonse Daudet dans son hôtel de la rue de TUniversité. •
'20. — Le convoi d'Alphonse Daudet était magnifique ; fleurs à profusion. Le fils de Daudet, Léon, accablé de douleur, s'appuyait sur Georges Hugo, son ancien beau-frère, resté son ami; à côté d'eux, Lucien, le second fils de Daudet et Ernest, le frère du défunt. J'ai remarqué tout particulièrement, sur le char funèbre, une magnifique couronne offerte par le théâtre de l'Odéon. C'est à l'Odéon que Daudet a surtout triomphé avec son Arlésienne, Et même, en voyant passer les obsèques . sous mes fenêtres, ce n'est pas seulement à Daudet que je pensais, mais encore à ce pauvre Bizet.
— Hier, quand le cercueil d'Alphonse Daudet a pénétré dans la nef de Saiilte-Clotilde, l'organiste joua une entrée d'orgue sur les motifs de VArlésie7ine.
22. — M. Berthelot a donné, à l'Académie de Médecine, des détails intéressants sur l'exhumation de Voltaire et de Rousseau au Panthéon. On a procédé à cette opération afin de savoir si, véritablement, ils étaient bien dans leurs cercueils ; on croyait que la Restauration les avait chassés du Panthéon ; on les a parfaitement retrouvés. Le crâne dé Voltaire avait été scié afin de faire l'autopsie ou, plus probablement, Tembaumement de la tète. M. Berlhelot a prétendu que la face reproduisait, à peu de chose près, la face
sqiielettique de la statue de Pigalle. Le crâne de Rousseau fut examiné minutieusement. 11 ne {yréseïitait aucune lésion, ce qui, dit M. Berthëlot, peut faire révoquer en doute le suicide de Rousseau ^ Les restes de Voltaire et de Rousseau avaient été portés au Panthéon par les ordres de la Convention;
25. — En ce siècle, l'histoire, surtout l'histoire apprise dans ses sources, a été la passion de beaucoup d'esprits supérieurs. Or, les vrais sources de l'histoire sont les Chartes^ c'est-à-dire les anciens titres soit publics, soit privés. En 1828 la Restauration créa l'école des Chartes qui, tout récemment encore se trouvait au n° 58 de la rue des Francs- Bourgeois, dans les dépendances des x\rchives, c'est-à-dire, il me semble, à sa vraie place. On l'a transportée à la Sorbonne, à l'endroit où se trouvait autrefois l'ancienne Faculté de Théologie. Messieurs les aspirants archivistes-paléographes ont probablement réclamé. Rue des Francs-Bourgeois, ils se trouvaient, sans doute, trop loin des distractions du quartier latin. Pour être paléographe on n'en est pas moins homme.
28. -T- L'Académie des Sciences morales et politiques vient d'élire M. OUé-Laprune, en remplacement de M. Vacherot ; c'est un philosophe chrétien, maître de conférences à l'Ecole Normale supérieure. Il fut, sous le ministère Ferry, suspendu pendant un an pour avoir protesté lors des décrets de 1880. Son
1 U Illustratiou. a, pour l'agrément de ses lecteurs, publié un efi^ayant dessin représentant les cercueils ouverts de Voltaire et de Rousseau. On y voit M. Berthelot tenant en mains le cr&ne de Rousseau et l'examinant attentivement.
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(raitement lui avait cependant été maintenu. Il Toffrit entièrenfént à TAssociation amicale des anciens élèves de TEcole normale **
1 Le 17 février 1898, o'est-à-dire fort peu de temps après fea nomination, M. Oilé-Lapnme mourut. Il ne jouit pas longtemps de son succès. H fut enterré au cimetière Montparnasse.
6 janvier, — Mort du sénateur Ernest Hanlel, Fauteur des Vies de Sairit-Just et Robespierre, écrites dans un esprit très révolutionnaire. Il avait été choisi par le Sénat pour présider la commission, chargée d'assister à Touverture des cercueils de Voltaire et de Rousseau. Il y assista en eftet. Là vue du faciès effrayant de: Voltaire Ta probablement fortement remué, impressionné, et lé voilà mort à son tour.
11. — A k suite de la dénonciation de Mathieu Dreyfus, le frère du condamné, contre le commandant Esterhazy, ce dernier fut traduit devant lé Conseil de guerre de la Seine hier, lundi 10 janvier. 11 était formellement accusé d'être l'auteur du document (un bordereau) sur lequel avait été condamné l'ex-càpitaine Dreyfus. Le Conseil, à l'unanimité, a déclaré le commandant non coupable.
12. — Le commissaire-priseur Delestre, a vendu les débris plus ou moins artistiques provenant de la Cour des Comptés, irioendiée par la Commune*.
1 M. Osiris Ifila acheta de superbes colonnes de marbre rouge que l'incendie avait épargnées. C'est ^our orner le Téstibiile de la Malmaison, dont il a fait l'acquisition dans lé seul but de la restaurer, et qu'il vient de donner à l'Etat.
Depuis 1871, le vaste espace, occupé par Tancienne Cour des Comptes, était devenu un des endroits les plus curieux de Paris. Une véritable forêt d'arbres Toccupait. Les bâtiments en ruines, au milieu des frondaisons touffues, produisaient un singulier effet*. Comment avait poussé la forêt sauvage? On ne saurait le dire. Des graines apportées par le vent ou par les oiseaux avaient germées et produit des fourrés impénétrables où ces oiseaux voletaient en nombre considérable. Mais, là aussi, s'abattaient en grand nombre des chats que l'on disait enragés, de sorte que peu de ' personnes osaient s'y aventurer.
Les artistes cependant, notamment Jean Desbrosses, beaucoup moins craintifs, allaient y prendre des vues et nous les faisaient admirer à chaque exposition *.
Plus d'une fois, ces pauvres conseillers à la Cour des Comptes, conseillers maîtres, ou conseillers référendaires, ont dû venir jeter des regards attristés sur le palais incendié où ils étaient si bien, si à l'aise. Ils avaient chacun un beau cabinet, une belle loge comme, ma foi, les premiers sujets de l'Opéra. Ils avaient, de plus, admirablement bien orné leur doux séjour (toujours comme les grands chanteurs et les grandes chanteuses) et voilà que tout a été détruit! Un conseiller y perdit une curieuse collection de bibelots
» C'était au coin du quai d'Orsay et de la rue de BellechasBe, sur cette terrasse ruinée de l'ancieime Cour des Comptes, envahie d'odorantes herbes foUes, comme un carrefour en plem bois quand vient le printemps ; de grands massifs défleuris de lilas, des bouquets touffus de platanes et d'érables faisaient un abri vert et serré où s'abattaient des pigeons...
(Alphonse Daudet. — h' Immortel),
3 Les peintures de Jean Desbrosses ont toutes été achetées par l'Etat pour orner, au Palais-Royal, le cabinet du premier président de la Cour des Comptes.
et feu le baron de Guilhermy une magnifique bibliothèque sur Farchéologie du moyen-âge.
14. — Deux individus, pour se récréer, ont tiré chacun un coup de revolver sur un brave agent qui, suivant l'usage, se balladait * pacifiquement dans la rue Saint-André-des-Arts ; fort heureusement il n'a pas été atteint. Mais, s'il s'en est heureusement tiré, il n'en a pas été probablement de même des malandrins qui sont tombés dans les bras d'autres sergents de ville, accourus aux cris de Pattaqué. Il y a tout lieu de supposer et d'espérer qu'ils ont été passés à tabac de la belle façon. La ballade des agents est bien utile pour la sécurité des habitants ; aussi la Ballade des agents a-t-elle raison de dire :
Citoyens la police veille^ Dormez bien sur chaque oreille.
15. — Jeudi, dans V Aurore^ Zola publia un article relatif à l'affaire Dreyfus. Chaque alinéa commençait ainsi: « J'accuse.., » Il accusait tout le monde, et notamment le Conseil de guerre d'avoir acquitté, par ordre, le commandant Esterhazy. L'Aurore semble avoir été créée pour l'affaire Dreyfus. On voit collée, sur tous les murs, une énorme affiche où une grande femme, écartant les bras d'une façon désolée, tourne les yeux vers un point de l'horizon, d'où elle espère voir apparaître l'aurore du jour de la vraie vérité ! !
* ...Les agents sont de brav's gens Qui s' balladent, Qui s' balladent; Les agentë sont de brav's gens Qui s' balladent tout le temps.
(Refrain de la Ballade des agents y par You-Lug).
20. — Visité à la pointe est de l'île de la Cité. En creusant les fondations d'une maison, on a mis. à nu un mur gallo-romain, dont les belles pierres de taille ressemblent à celles dés Arènes de la rue Monge. Il est présumablé que ce superbe mur de défense a été construit avec les pierres des Arènes quand le christianisme eut triomphé et proscrit les jeux du cirque.
31. — M. Félix Faure est né le 30 janvier 1841. Il a donc juste 57 ans. Très bel homme encore, et parfaitement conservé, pour son âge ; il est toujours soigné à. ce point qu'on le trouve un peu trop porté sur la toilette, quoiqu'il la porte bien. Cependant il vient de survenir, au bal dé l'Ecole polytechnique, un incident grave qui rend perplexe et fait craindre que notre cher Président ne se relâche sur ses recherches de toilette. Il est arrivé à ce bal, horresco referens^ avec des gants de chevreau marron! Tout le monde fut scandalisé et semblait dire : « Il n'est plus digne de représenter la France !» — « Qu'en pensez-vous, me dit une dame grincheuse ?» — « Ce que j'en pense, c'est qu'il s'agit ici d'une question de mégisserie, qu'un ancien mégissier a le droit, plus que tout autre, de résoudre comme il l'entend. »
7 Février 1898, — Zola, dans son article : J'accuse, ayant dit que le Conseil de guerre avait acquitté Estherazy, par ordre, fut, sur la plainte du ministre de la guerre, poursuivi par. le parquet devant la Cour d'assises. Il comparut aujourd'hui. A sa sortie il fut conspué par une foule de manifestants. Cette conduite envers un in(îulpé me semble fort regrettable.
M*^ Labori s'est présenté pour lui.
8 et 9. — Zola, qu'on appelle le père J'accuse, fut
encore conspué à sa sortie des audiences des 8 et 9. Le Palais a Fair d'une bastille assiégée. Partout des barrières derrière lesquelles se trouvent des gardes municipaux pour empêcher de passer d'autres personnes que les avocats et les témoins*
10. — Aujourd'hui jeudi, après l'audience, Zola fu^ obligé de se réfugier à mon vestiaire, situé en face la grande porte d'entrée du Palais. Ce vestiaire ayant été bientôt entouré par la foule, les gardes accoururent pour le dégager, y réussirent et firent sortir Zola ; tout n'était pas fini. La cour du Mai, c'est-à-dire la grande cour d'honneur, était pleine d'une foule menaçante. Zola put enfin monter dans sa voiture qui stationnait rue de Lutèce. J'étais accouru chez un ami dont l'appartement donne précisément sur la rue de Lutèce, la cour du Mai et lé boulevard Saint-Germain. Le spectacle était des plus extraordinaires. Les degrés du grand escalier du Palais étaient encombrés de curieux et d'avocats en robe, qui contemplaient la sortie pleine de péripéties de Zola.
Même jour 10 Février, — A la Cour d'assises se trouvait un groupe de jeunes avocats qui crièrent : A bas V armée ! devant les généraux venus à l'audience comme témoins ; ces généraux avaient déjà déposé, il est vrai, mais étaient restés à l'audience pour en suivre les* débats. La nouvelle de ces cris arriva bientôt dans la salle des Pas-Perdus ; aussi, quand les généraux la traversèrent, une fois l'audience finie pour se retirer chez eux, ils furent accueillis par de bienveillantes acclamations.
M. le bâtonnier Ployer, se dirigeant vers les généraux de Pellieuxet de Boisdeffre, s'incHna devant eux en ôtant sa toque, et leur exprima ses regrets
pour les cris de : « A bas V armée » qu'on leur avait fait entendre. « Ces cris, leur a-t-il dit, n'ont été poussés que par de très jeunes avocats et par des individus indûment revêtus d'une robe, comme il s'en rencontre toujours dans les grands procès. »'
12 — On veut pie faire signer une adresse au bâtonnier, M* Ployer, pour le remercier de sa démarche auprès des généraux ; je répondis : « Oh, moi ! je ne suis pas assez grand clerc pour m 'arroger le droit de remercier le bâtonnier d'avoir rempli un devoir de simple politesse. »
Du reste M*" Ployer, mis au courant, n'approuve nullement cette adresse.
— Notre bâtonnier, très prudent, est toujours aux aguets pour ce procès Zola. Il assiste aux audiences comme le colonel des pompiers assiste aux grands incendies.
14. — Le missel de M»"" Darboy vient d'entrer dans le trésor de Notre-Dame. Sur les deux plats se trouvent les armes du pontife et sa devise : Labore fide que. Un fédéré l'avait pris dans la cellule du martyr ; saisi de remords, il le fit remettre par un prêtre à M^^" Darboy. Celle-ci étant morte, le missel fut donné à M»*" Guibert, qui l'envoya au trésor de Notre-Dame.
15. — L'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, dans sa séance du 11 février, s'est occupée de ce mur gallo-romain découvert, dans les fouilles d'une maison en construction, à la pointe môme de l'île de la Cité. M. Longnon, toujours sur la brèche quand il s'agit de sa bonne viUe de Paris, a obtenu
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du constructeur, M. Loup, une vingtaine de pierres revêtues d'inscriptions. Il les a fait mettre provisoirement dans le pourtour de Notre-Dame^ entre le chevet de Téglise et le jardin de Tarchevêché *. L'Académie a délégué M. Héron de Villefosse et M. Gagnât pour les examiner. Elles seraient, paraît-il, d'anciens gradins des arènes sur lesquels se verraient encore les noms des spectateurs abonnés.
16. — Les imaginations trottent ferme à propos du mur de la Cité, surtout depuis l'avis de MM. Héron de Villefosse et Gagnât, qui pensent trouver dans les pierres de ce mur d'anciens gradins des arènes de Lutèc^ Il paraît que certaines dépressions s'aperçoivent sur ces gradins et alors quelques personnages d'esprit imaginatif en concluent que ces dépressions proviennent de ce que les Lutéciens et Lutéciennes se sont souvent assis à l'endroit où les usures s'observent I Pichtre ! c'éUient des personnes de poids que ces Lutéciens et Lutéciennes quand ils se mettaient sur leurs séants !
Dimanche 20 Février, — Notre quartier paraît tout en fête ; il est envahi par une foule immense. De très nombreux sergents de ville sont échelonnés sur les boulevards Saint-Michel, Saint-Germain et dans la rue Monge. On voit partout des postes de municipaux à cheval. On attend bien sûr un grand personnage : quelque roi, quelqu'empereur se rendant au Panthéon ou au Jardin des plantes pour les visiter? Oui, en effet, oui on attend un grand personnage : Henri Rochefort, qui va traverser sa bonne ville de Paris,
1 Elles sont aujourd'hui au musée Carnayalet.
afin de se rendre en son palais de la rue de la Clef, Il vient s'y constituer prisonnier pour subir sa condamnation à cinq jours d'emprisonnement que la neuvième chambre a prononcée contre lui le 9 février dernier. Il avait, dans son Intransigeant, formulé certaines allégations erronées contre M. Joseph Reinach. Celui-ci Tattaqua en diffamation. Le tribunal, eu égard à la grande exallation des esprits et à Tardeur actuelle des polémiques, n'a condamné Rochefort qu'à cinq jours de prison. Il veut les faire ses cinq jours ; il veut revoir sa Pélagie. Il a une peur terrible qu'on ne veuille lui faire grâce. Ses partisans, ses satellites, en nombre considérable, l'accompagnent et l'enfournent, pour ainsi dire, dans le vestibule de la maison hospitalière ; une charretée de fleurs entre avec lui. Des cris de ; « Vive Rochefort ! Vive i armée ! » s'élèvent de tous côtés. Les sergents de ville, pour un moment, ont peur d'être débordés et broyés. Mais non, heureusement, tout se passe bien. Un partisan bien avisé de Rochefort entraîne la foule vers le Panthéon, soidisant pour manifester devant les Grands Hommes. Les cris de : Vive Rochefort ! A bas les juifs I Vive V armée ! sont poussés de nouveau. Enfin la Marseillaise retentit et tout le monde se retire satisfait. Il y avait bien dix mille hommes devant le Panthéon pour chanter la Marseillaise en l'honneur des Grands Morts.
23. — Zola, reconnu coupable sans circonstances atténuantes, fut condamné à un an de prison et 3.000 fr. d'amende par la Cour d'assises.
Certains auditeurs ayant accueilli cette décision avec des applaudissements frénétiques, ce qui était peu humain, Zola, courroucé, se tourna vers eux et cria : Catinibales. Néanmoins les applaudissements sautèrent, pour ainsi dire» du dedans au dehors de la
salle d'assises. L'anin^atîon passa bientôt toute entière au boulevard Saint-Michel, Les terrasses des cafés se remplirent comme si Ton était en plein été. La Source^ le D^Harcourt, regorgèrent de monde. Chacun avait dans les mains les journaux du soir, qui reproduisaient la séance de la Cour d'assises.
22 Mars i 898, — En plaidant pour Zola, peut-être avec un peu trop de passion, Labori s'est attiré la haine populaire. Récemment, pendant qu'il plaidait dans une petite affaire, son adversaire lui cria : « Vous avez été payé pour dire cela. » Labori répartit à peu près de cette façon : « Dans cette affaire, pas plus que dans une autre plus illustre, je n'ai reçu aucun honoraire. On ne le croira peut-être pas parce qu'en France on ne croit pas au dévouement. »
2 Avril i 8f)8, — L'arrêt de la Cour d'assises, qui condamna Zola, vient d'être cassé par la Cour de cassation en chambre criminelle, et sans renvoi devant ut^e autre Cour, parce que la procédure serait entièrement nulle. Le ministre de la guerre n'aurait pas dû faire la plainte, qui n'appartenait qu'au Conseil de guerre diffamé.
7. — Immédiatement après l'arrêt de la Cour de cassation, le premier Conseil de guerre de Paris déposa une plainte contre Zola.
8. — Au sud de l'Ecole polytechnique, dans la rue Glovis, se trouve un superbe fragment de l'ancien mur de Philippe-Auguste ; on l'aperçoit parfaitement de la rue ; il soutient une espèce de fortification de terres, ombragées d'arbres. Et voilà qu'au nord de cette même école, dans la rue d'Arras, au n° 0,
viennent d'apparaître au jour seize mètres de ce même mur qui, de nouveau, surgit du sol sur une hauteur d'environ trois mètres. Il y avait là probablement deux enceintes ?
20. — Nous sommes en pleine effervescence électorale, car nous allons nommer des députés. Les afficheurs sont les rois du jour. Ils font des prodiges avec leurs pots à colle et leurs brosses. J'aime à me promener e:i ce moment pour voir leurs prouesses. Un afficheur eut Taudace d'appliquer une affiche sur la croupe du Lion de Belfort. Un autre, place de rOdéon, erî a collé une tout autour de la colonne qui soutient le buste d'Emile Augier L'une des figures du monument V Aventurière a un beau tabHer rouge en papier d'imprimerie. C'est cocasse, sang doute, mais c'est lamentable à voir. Malheureusement tout est permis de par la loi pendant la période électorale. L'affiche peut, avec la plus grande licence, s'étaler partout, sur les monuments publics. Chapeau bas deVant l'affiche électorale. C'est la reine du jour; ne touchez pas à la reine * .
27. — Pendant le bombardement les Prussiens, installés sur les hauteurs de Châtillon, visaient perpétuellement le dôme du Panthéon. Les obus ne tombaient pas tous sur ce dôme, mais les voisins profitaient de ceux qui tombaient à côté. C'est à ce titre que j'ai eu ma petite part, rue de la Sorbonne.
Les ouvriers démoUsseurs, en abattant une vieille
1 Le Bcandale do vint tel qu'une loi, de janvier 1^02^ donna au préfet do la Seine le droit d'interdire l'affichage électoral sur les monuments, ayant un caractère artistique.
maison, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, n** 66, viennent d'en retrouver trois. La direction de Tartillerie est venue les chercher.
3 Mai 1808. — Voilà qui dépasse tout ce que les afficheurs se sont permis jusqu'aujourd'hui en temps d'élection ; l'un d'eux a plaqué une affiche sur le ventre du Sain).-Michel de la fontaine Saint^Michel.
7. — Jeanne Hugo fut marié'î une première fois avec Léon Daudet, le fils d'Alphonse Daudet. Ce mariage fut rompu par le divorce et Jeanne épousa en secondes noces, le 18 novembre 1896, Jean Charcot, le fils du docteur ; or Georges Hugo, le frère de Jeanne, est toujours resté l'ami de Léon Daudet, avec lequel il se trouve souvent. Ça ne devait pas manquer de faire scandale. Et c'est ce qui vient d'arriver.
Hier, mon gendre et ma fille étaient àl'Odéon, pour la première représentation de la Grand'Mère, charmante pièce de Victor Hugo, trouvée dans ses papiers. Tout à coup, pendant un entr'acte, ils entendent un grand bruit dans les couloirs. Ils sortent bien vite de. leur loge et voient qu'on sépare deux messieurs qui venaient de se colleter. L'un était Jean Charcot, qui épousa Jeanne Hugo après le divorce d'avec Léon Daudet, l'autre Georges Hugo, frère de Jeanne. Celui-ci était venu entendre la pièr.e de son grand'père dans une loge où se trouvait déjà Léon Daudet. Jean Charcot, furieux de voir en plein théâtre Georges Hugo à côté de Léon Daudet, alla lui donner un coup de poing au moment où il sortait de sa loge. Georges répliqua par un coup de canne. Matériellement parlant, Jean Charcot est l'agresseur; mais en fait, Georges Hugo est le vrai provocateur, car il ne devait pas se montrer en public à côté de
son premier beau-frère. C'était paraître rejeter sur sa sœur les torts du divorce.
27. — Nicolini, le fameux ténor qui, pendant si longtemps, donna la réplique à la Patti, et enfin lui donna sa main, comme époux, après la mort du premier mari, le marquis de Gaux, Nicolini pour le théâtre, mais bon Français du nom de Nicolas, vient de mourir en laissant à sa femme un gros million : un million vingt-cinq mille francs. Quand il était tout jeune, à peine au sortir du Conservatoire, il vint, comme ami, nous charmer à Moret au repas de noce de la fille de ma marraine. Il nous dit tout naturellement, et vraiment sans chercher à poser : « j'ai un million dans la gorge. » Il chan*.ait si bien que tout le monde crut à la prophétie. Elle s'accomplit assez vite, car ses succès au théâtre furent très rapides.
Le marié, planteur à la Havane, avait un beau nègre qu'il avait emmené avec lui en France pour le rendre libre, mais qui continuait à le servir et nous servait avec force de minauderies. Il s'appelait aussi Nicolas. « Appelez-moi Nicolas le blanc, nous dit le ténor bon enfant, afin qu'on ne me confonde point avec lui. »
28. — Au Salon, celui des dissidents, fondé par Carolus-Duran en opposition avec le Salon officiel, se trouve un grand tableau de Puvis de Ghavannes, divisé en trois parties. Ce tableau est fort admiré. L'une de ces parties représente sainte Geneviève veillant sur Paris endormi. Il n'est pas possible de voir une peinture plus suave. Le tableau tout entier sera marouflé dans le chœur du Panthéon.
31. — Un généreux anonyme a fait remettre au conseil de l'Université la somme nécessaire pour pro-
duire 2.000 fr. de renies. Ces 2.000 fr. devront être employés à subvenir aux besoins d'étudiants en médecine soit français, soit étrangers. Les secours seront donnés sous forme de prêts, afln de ménager les susceptibilités des bénéficiaires et leur permettre de rendre, ce qui leur aura été offert, mais sans intérêts. Les sommes qui seront rendues devront être réemployées en prêts.
/^' Juin i 898. — La prison de Mazas sera bientôt démolie. On a très justement trouvé que les étrangers, arrivant par la ligne de Lyon, avaient un fâcheux avantgoût de Paris en apercevant, tout d'abord, cette prison d'un aspect lugubre. En ce moment on évacue cent prisonniers que l'on renferme provisoirement à la prison de la Santé, sur les confins de notre quartier. Plus tard, quand la prison de 'Fresnes sera terminée, on y enverra le^ intéressants pensionnaires.
Que de souvenirs, pas tous tristes, m'enlève cette démolition de Mazas. Le souvenir des coquins condamnés disparaît, en effet, derrière celui des innocents que j'ai pu faire acquitter.
16. - La petite chapelle du Luxembourg est toujours assignée aux Maronites pour l'exercice de leur culte. Un jeune abbé Maronite, élève du séminaire de Saint-Sulpice, prêtre de la dernière ordination, vient d'y célébrer sa première messe. Les Maronites habitent le Liban ; ils sont grands amis de la France. Quand, en 1860, les Turcs et les Druses en faisaient un grand massacre, l'empereur Napoléon III envoya une expédition en Syrie pour les protéger.
17. — Le comte de Ghambrun, généreux philanthrope, dont la vie est pleine de bonnes œuvres, a
fondé, à TEcole de droit, une chaire d'économie sociale. Une rente annuelle de 5.000 fr. est affectée à cette fondation. ,
19. — Le buste de Sainte-Beuve a été inauguré au jardin du Luxembourg, en face la porte qui s'ouvre sur les rues d'Assas et Vavin, non loin de la rue Montparnasse où il habitait un petit hôtel. Le piédestal est juste le long du chemin qu'il parcourut si souvent pour rentrer chez lui. Sous l'inscription dédicatoire : A Sainte-Beuve, se trouvent gravés ces mots qu'il redisait souvent :
« Le vi'ai, le vrai seul, »
L'inauguration eut lieu au milieu de flots d'éloquence et de poésie. Coppée a dit excellemment : « La place de Sainte-Beuve était marquée au Luxembourg ; car dans les rares heures de repos qu'il s'accordait, il a souvent promené ses méditations sous les ombrages de ce jardin ; oui, il est bien ici ; non loin de ces abeilles, dont il eut le tact exquis et quelquefois l'aiguillon. » Les abeilles du rucher voisin bourdonnèrent alors, à qui mieux mieux, de joie et de contentement.
Après Coppée, M. Vandal, de l'Académie française, tira son petit feu d'artifice en l'honneur de Sainte- Beuve. M. Vandal est partisan de réunir au Luxembourg les bustes des philosophes, des penseurs, des poètes. Tout le monde ne sera pas de votre avis, cher immortel. Avec tous ces monuments notre jardin paraîtrait une succursale du cimetière Montparnasse \
^ Le sculpteur Puech a parfaitement réussi le buste de Sainte- Beuve. La tôte est d'un homme de soixante ans, à l'air caustique, goguenard, content de la yie. L'année dernière, en 1903, un autre buste, bien différent, a été placé à Montparnasse sur son
20. ~ M. Méline donne sa démission dans la crainte de ne pouvoir gouverner avec la nouvelle Chambre, issue des dernières élections.
27. — M. Félix Faure a remplacé M. Méline par M. Brisson. M. Bourgeois est à l'instruction publique et M. Gavaignac à la guerre.
28. — Du n° 168, boulevard Saint-Germain, où je demeure, j'entends, à neuf heures du matin, gémir le bourdon de Notre-Dame. C'est excessivement rare que je puisse l'entendre à cause des bruits du dehors. Je m'informe et j'apprends qu'à neuf heures et demie, on va célébrer le cinquantième anniversaire de la mort de M«^' Affre, tué sur les barricades de juin 1848. Cinquante ans ! Déjà cinquante ans ! J'étais à Louisle-Grand, âgé de seize ans et demi, l'esprit déjà assez ouvert pour comprendre les douleurs de la Patrie.
29. — Hier, après. la cérémonie, les fidèles ont défilé devant la petite chapelle où se trouve le tombeau du prélat ; près de ce tombeau avait été placée la soutane tachée de sang.
tombeau. Le buste, très gros^ est posé au-dessus d'une colonne très grêle. Des épaules du buste part un grand orêpe qui tourne tout autour de la colonne et va se répandre sur la pierre tombale pour ne laisser voir que le nom: Sainte-Beuve. La tête n'est plus celle d'un homme de soixante ans, mais celle d'un homme de quatre-vingts ans. Elle penche de côté, non pas seulement mélancolique, mais désenchantée ; les yeux sont à moitié ouverts^ la bouche est déjetée^ presque de travers, prête au baiser de la mort.
Cette œuvre extraordinaire de sculpture est de M. de Charmoy, premier prix de Rome ; pas bien loin de là se trouve, du même, l'effirayant tombeau de Baudelaire, l'auteur des Fleuri du mal.
/•' Juillet 48^ . — La neuvième chambre du tribunal a condamné Jean Gharcol à 50 fr. d'amende pour son coup de poing. C'est peu ; mais les juges ont trouvé que la conduite de Georges Hugo avait été bien inconsidérée
10. — Encore ime inauguration de monument au Luxembourg, cette fois en l'honneur d'un bibliothécaire du Sénat, le poète Leconte, dit de Liste, comme né à nie. de la Réunion. La sculpture est de Denis Pûech, pas Allemand, malgré son nom, mais bon Auvergnat. Une superbe Renommée * aux ailes immenses, gracieusement attachées sur les épaules présente le buste de Leconte de Liste à Tadmiration publique ; buste très réussi, très ressemblant, avec de grands cheveux tombant sur le cou. Le piédestal circulaire, d'une suprême élégance, est de l'architecte du Luxembourg, M Scellier de Gisors. Le monument émerge d'un parterre qui avoisine le boulevard Saint- Michel et se trouve en face le sentier préféré où, tous les jours, plein de majesté, se promenait le poète chevelu^ en haussant sa tète olympienne et sa grande taille que l'âge n'avait pas courbée*
11 fit, d'après Eschyle, représenter, à l'Odéon, la pièce des FrynnieSy car c'était un fanatique de l'antiquité. J'aime mieux ce drame que le reste (Je son bagage littéraire, bien que ce drame ait fait grand'peur à nos femmes à cause de ses évocations de spectres. D'un air plein de bonhomie, M. Bourgeois, ministre des beaux-arts, a prononcé un discours sur le talent poétique de Leconte de Lisle et vanté ses vers marmoréens.
1 Ou Poé«ie ad libitum.
Pour moi je n'aime guère ces vers marmoréens, malgré leur impeccable et brillante facture, parce qu'ils n'apportent à Fâme aucune bonne émotion. Gomme l'a très bien fait remarquer un autre orateur, son affectueux ami cependant, Leçon te de Lisle est Tapôtre des désillusions ; pour lui il vaudrait mieux que Thomme ne fut pas né parce qu'il est soumis aux lois de l'aveugle nécessité, et qu'il est le jouet de forces inconnues et brutales.
J'ajoute que Leconte de Lisle n'est pas seulement l'apôtre des désillusions, mais encore celui du néant, car il professe que le seul espoir de l'homme est le repos dans la mort ow tout doit redescendre.
En 1887 notre poète fut admis à l'Académie française pour faire plaisir à l'ombre de Victor Hugo, car celui-ci avait toujours voté pour lui ; mais il avait été le seul, Alexandre Dumas, en le recevant, récita devant lui certaines pièces de vers, dont une de Musset*, toutes imprégnées de l'arôme chrétien, et lui dit assez crûment : « Est-ce cela que vous venez combattre? Est-ce cçla que vous voulez renverser? »
11. — L'endroit où est placé le monument de Leconte de Lisle est un des plus enchantés du jardin. Son buste de marbre est ombragé par un splendide peuplier de la Caroline dont les feuilles légères, tremblant au moindre souffle, entretiennent au-dessus de lui un doux murmure et dont les graines viennent s'épancher également sur lui en s'échappant de leurs
1 Croyez-moi;, la prière est un cri d'espérance ! Pour qne Dieu nous réponde, adressons-nous à lui. Il est juste, il est bon, sans doute il nous pardonne. Tous vous avez souffert ; le reste est oublié.
houppes neigeuses. Hélas ! c'est bien de Thonneur pour un écrivain dont les doctrines sont si désolantes et si glaciales.
14. — Cette année la fête du 14 Juillet a été caractérisée par la célébration du centenaire de Michelet, un peu partout, mais surtout au Panthéon où était dressé un grand buste de Thistorien. Des discours funèbres y furent prononcés en son honneur et les chœurs de TObservatoire chantèrent les vieux airs de la Révolution : la Marseillaise, de Rouget de Lisle, le Quatorze- Juillet, de Gossec et le Chant du départ, de Méhul.
Même jour. — Au 14 Juillet on n'a pas seulement pensé à Michelet, mais aussi à un vaillant Français, Francis Garnier, dont on a inauguré le buste \ carrefour de rObservatoire. Nous devons en partie le Tonkin à Francis Garnier.
Le buste de Francis est sur un billot dont il émerge d'une façon bizarre. La Géographie lui présente un rameau de je ne sais quel arbre ; devant lui s'étirent, comme des anguilles, deux grandes rivières de bronze : la Seine d'abord, nue par devant ; puis une rivière tonkinoise nue par derrière. C'est même le dos de cette dernière et les approches de ce dos qu'on aperçoit toul d'abord quand on arrive devant le monument. Celte rivière callypige présente à la Seine des fruits tonkinois.
Que de femmes nues en bronze ! Il y en a trois au monument Garnier et, à quelques mètres de ce monument, quatre à la fontaine Carpeaux !
< Que de bustes!
Je ne Drétends pas que cela soit déplaisant, mais je trouve qu'il y a manque de variété. Les femmes de Puech gagneraient évidemment à être plus éloignées de celles de Garpeaux. Carpeaux n'a jamais fait aussi bien et Puech a fait souvent beaucoup mieux. Ses monuments de Leconte de Lisle et de Sainte-Beuve le prouvent.
— En jetant les yeux autour de moi, j'ai l'âme navrée. Qu'est devenue notre belle place de l'Observatoire? Qu'en ont fait les ingénieurs? Afin de faire venir le chemin de fer de Sceaux jusqu'à la place de Médicis, c'est-à-dire à un endroit déjà terriblement encombré, ils ont ouvert une horrible tranchée. Pour ce,. ils ont abattu les belles frondaisons qui se trouvaient près de Bullier et autour de la statue du maréchal Ney. Ils ont enlevé cette statue de l'endroit, où le Maréchal a été fusillé, pour la reporter de l'autre côté de la place, près du boulevard Montparnasse, à un endroit quelconque. Rien ne les retient, nos ingénieurs ! Un de ces jours ils feront abattre les deux portes Saint-Denis et Saint-Martin, parce qu'elles gênent la circulation. Oh ! les implacables gens *.
19. — Hier, Zola fut cité à Versailles devant une nouvelle Cour d'assises, sur la plainte, cette fois, du •premier Conseil de guerre. Défaillant, il fut condamné à un an de prison et 3.000 fr. d'amende.
1 Récemment, dans une Revue, Emile Gehhardt disait : Je reconnais volonliers que la potissée d'une civilisation montante doit abattre et emporter beaucoup de vieilles choses ; qu'il soit au moins permis aux genSy qui ne sont plus jeunes, d*em,hrasser avec amour l'image du passé.
20. — Zola a pris la poudre d'escampette. Il est en Belgique.
30. . — Hier, mort de Bismarck, le plus venimeux ennemi de la France, qui employa les moyens les plus dolosifs pour l'amener à déclarer la guerre alîn de mieux l'accabler, qui poussa avec rage au bombardement de Paris ! A ce titre, notre rive gauche lui doit un souvenir tout particulier.
31. - La prison de Sainte-Pélagie va disparaître. Les aimables pensionnaires de cet établissement, les littérateurs, les journalistes seront envoyés à la nouvelle prison de la Santé, dans des logements bien aménagés. Va-t-on donner une indemnité au restaurateur d'en face qui envoyait de si bons dîners aux pauvres prisonniers et qui, pour ce, avait reçu, comme François l^, le beau titre de Restaurateur des lettres'^
Z®"" Août 1 898. -^ Le jeune Gasimir-Périer, élève de Gondorcet, classe de -rhétorique, a remporté le prix d'histoire au grand concours ; c'est le fils de l'ancien Président.
4 — Hier, à huit heures du soir, Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra, est mort, d'une attaque d'apoplexie dans son domicile du boulevard Saint-Germain, n^ 90 Je n'aurais jamais cru qu'il pût mourir d'apoplexie, car il était loin d'être replet, mais il était très tourmenté de la santé de son fils Ghristian. Je le rencontrai, il y a un mois à peine, dans l'omnibus de rOdéon à Batignolles ; il était affaissé dans sa stalle, replié pour ainsi dire sur lui-même.