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emploie peu de monde. Souvent un vieillard est seul dans la maison pour vous indiquer, en se dérangeant à peine, la place où vous devez mettre vos montures, et où vous pouvez essayer de vous reposer. Si vous n'êtes muni d'aucune provision, vous manquez de tout.
« Cependant , Ja nuit était assez avancée et rien n^avait justifié mon effroi. Debout, près de la porte, j'écoutais; mais je n'entendais que la douce respiration de mon fds, du seul bien que j''eusse sur la terre et qui pouvait seul aussi m'eng^ager à défendre ma vie. Tout à coup, on monte l'escalier, ou plutôt l'échelle qui conduit chez moi; ma porte s'ouvre, et je vois paraître Tarrieros et Thomme que j''avaisremarquécausantavec lui. Je reculai jusqu^auprès de mon enfant pour le défendre ; mais ce n''était pas à lui qu'ils en voulaient.
(( — Nous venons , dit mon ancien guide , nous venons vous chercher, car donaLucia...
«^ — Je vous ai déclaré, interrompis-je avec as-
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sez de fermeté, que je ne pouvais partii: avant quelques jours.
« — Pourtant, je me suis chargé de vous conduire à Bayonnc, reprit*il, dona Lucia m'a promis pour cela une récompense que je n« veux pas perdre.
€ — Elle ignorait que je me trouverais malade.
« — Malade, dit-il en décrochant la lampe de fer et l'approchant près de ma figure ! Bah ! vous vous portezàmerveille et vous allez partir; et, saisissant mon bras, il m'entraîna brutalement vers la porte, tandis que son compagnon sV m parait de mon fils.
« Une telle obstination, la conversation que j'avais entendue, me prouvaient que Tarrie* ros voulait m'isoler de tout secours pour me dépouiller et peut-être m'assassiner ensuite. Aussi je le repoussai de toutes mes forces et .ltti> 40cJai>^ild^,iiiQy,^Q4u .qiifc^i \^ , 06 voulais 5|pW)Vft''^Hp enfioicib ri/fl Ji£9j:ao? bino oJ
€ — Eh bien ! s^écria-t-il dVine voix plus menaçante eVicore , donnez-moi donc la récompense promise , puisque vous me la faites perdre. Et il se saisit du paquet où était renfermée la bourse que m'avait remise Lueia, et se dirigea vers la porte.
« Je jetai un cri déchirant en songeant que ce misérable emportait ce qui m''était si nécessaire pour mon fils. Ce cri fut entendu d''un voyageur qui dormait à côté de la chambre que j'occupais. Il parut à ma porte; je me croyais sauvée, quand mon persécuteur redoutant Texplication que j'allais sans doute donner, déclara que j'étais la misérable qui , dix ans auparavant, avait sauvé le commandant de Rodrigo; que mon fils était celui de ce Français, et que je venais d'hêtre chassée d\in couvent des environs où j'avais volé plusieurs bijoux précieux que j^ivais eu l'audace de dérober sur Timage de la patrone de ce couvent. Le cruel songeait aux diamans qu'il m'avait
vus quand il m'avait conduit; bijoux qui, par leur monture antique et à la mode du pays, pouvaient présenter en effet de grandes préventions contre moi.
« Peu d'instans après, l'alcade du village entra dans ma chambre et me signifia que je resterais sa prisonnière Jusqu^à ce qu'on m'eut fait conduire à Rodrigo. Malgré mes larmes , les assurances que je donnai de mon innocence, les cris de mon fils, nous fûmes jetés dans une espèce de cachot malsain. A peine nous donnait-on un morceau de pain pour nous soutenir, et les barbares, qu'on appelait des hom-' mes, riaient de l'instance avec laquelle je leur demandais une plus grande quantité dVau pour apaiser la soif dévorante que me donnait la fièvre. Je demeurai là deux mois entiers, réclamant en vain la pitié, ou sollicitant du moins d''ê(rejugée,8ijc devais subir un jugement. Mes fcrcçs j'affaiblissaient. e^^^ç sjBntai^.qwe mçs maux étaient au-dessus do mon courage. Mon
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pauvre enfant changeait à vue d'^œil, et je mourais cent fois delà mortqui paraissait le mena'C(^K J^avais conservé mes diamans cachés dans nies cheveux. Depuis long-temps je n'aurais pas hésité à en faire le sacrifice, si je n'avais réfléchi qu^on me traiterait plus cruellement encore, si je montrais ces bijoux si bien cachés, puisqu'en me fouillant on n'avait pu les trouver et que j'^avais nié les avoir. Mais hélas! mon fils allait mourir, et je pensai que lors même qu'on me condamnerait , on ne pourrait envelopper mon enfant dans ma punition, qu'il sortirait enfin de la prison où nous languissions depuis plusieurs mois.
« Je demandai un prêtre , espérant qu^àu moins une fois je trouverais de la pitié dans un serviteur de Dieu. Un moine parut, me considéra sans étonnement, car il savait bien qui j^étais; mais moi, affaiblie , plongée dans ''une obscurité presque complette, il fallut qu'il ine parlât pourque je comprisse que je n'avais
pas de pitié à espérer, car je reconnus, à sa voix dure et terrible, le même moine qu^éclairait Martha, celui qui m'avait maudit et chassée de la maison de mon père. Cependant, puisqu'il était là, je devais essayer de le fléchir; je lui racontai ce que j'étais venu faire en Espagne, le conseil que mVvait donné Lucia d^en sortir de suite, et comment, en suivant ce conseil], j'avais été poursuivie par Tarrieros qui m'avait amenée à Rodrigo...
(( — Et vous avez volé, interrompit le moine, d'une voix tonnante, vous avez volé des bijoux dans le couvent où vous aviez trouvé un asile.
€ — Je vous jure, mon père, que jamais...
a — Jurez donc, ajouta-t-il, en tirant de son sein un crucifix, jurez par ce signe révéré, que vous ne possédez aucuns diamans.
(( — Ah ! je ne puis jurer, m'écriai-je en fondant en larmes, et déroulant ma longue chevelure ; voici des bijoux que je liens de ma I. 17
mère, ajoutai-je, c'*est ma dernière ressource, pour nourrir mon fils.
« Le moine s'en empara et me dit :
« — Ces diamans vous les avez volés malheureuse, et ce crime peut vous conduire aune mort certaine; mais j'ai pitié de vous, et je veux bien essayer de vous sauver; ainsi donc, dans quelques heuies, sous prétexte de vous conduire moi-même à Rodrigo, je vous mènerai sur la route de France ; mais souvenez - vous bien de ne jamais reparaître en Espagne, souvenezvous-en bien, répéta-t-il aVec véhémence, ou vous y subiriez une mort infamante.
« Je promis tout. Peu d''heures après ma prison s'*ouvrit, et je me trouvai sur la route de Fiance, a dix ligues de Tendroit où j^'avais été si injustement retenue; le moine arrêta sur la grande route la voiture qu''il conduisait luimême, et, me faisant descendre, il me dit :
G —Voilà votre paquet, deux douros pour faire votre route; allez, je prierai Dieu qu'il
VOUS pardonne, et vons inspire un salutaire repentir, car vous êtes une grande pécheresse. « Il sMloigna, et je me retrouvai avec délices respirant J''air de la liberté. Je ne sentais pas moins tous les dangers qui m'environnaient tant que je serais sur la terre d'Jispagne. Hélas! il m'était difficile de m'en éloigner promptement! à pied, avec un enfant, et ne possédant que deux douros. Savais redemandé ma bourse, mais on m'^avait répondu qu'une partie de l'argent avait servi à payer ma nourriture, et qu'avec le reste on dirait des messes pour ma conversion... Plus de cent lieues me séparaient de la frontière de France, pourrais- je jamais l'atteindre, et qu'aliaisje y chercher ?
« Je marchais courageusement cependant, et aussi vite que me le permettaient mes forces affaiblies et celles non moins débiles de mon fih. Nous avancions bien lentement, pourtant jusque-là le ciel ne nous avait point tout-à-fait abandonnés, puisque nous avions trouvé à la
fin de chaque journée un gîte et des alimens accordés par la pitié ; mais l'espace entre chaque village devenait de plus en plus considérable, les secours plus rares, la saison plus mauvaise. Enfin un soir, harassé de fatigue^ succombant au besoin, ayant consommé le matin le reste de pain que j'^avais obtenu de la pitié, je regardais vainement dans le lointain; aucune lumière ne brillait, aucune voix, n''arrivait jusqu'à moi , J'avais toujours suivi la grande route dans la crainte de m'égarer, et j'hélais arrivée au milieu d'un carrefour où aboutissaient plusieurs chemins. Une grande croix de pierre était placée au coin de Tun d'eux, elle y avait été élevée en expiation d'un assassinat commis en ce lieu, La date du crime, le nom de la victime y étaient gravés, et je pus les lire aux derniers rayons du jour. Je m'assis au pied de ce monument, j'appuyai la tête de mon fils sur mon sein, et tombée dans un désespoir morne, je restai ainsi toute la nuit. Les veux^xés sur un
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ciel resplendissant de mille étoiles, j''a|)[)elais de nnes vœux cet autre monde où l'on trouve au moins le repos. Mon abattement était poussé à un tel point, que je ne vis que lorsqu''il fut tout près de nous, un jeune arriéres conduisant plusieurs mulets. Sa figure, remplie de iranchise et de bonne bumeur, me rappela à l'instant celle du pauvre Marco avant le temps où, fi;ai et heureux, je ne Tavais point enlevé à sa patrie pour l'attacher à mon malheureux sort.
« — Que faites- vous là? me demanda ce jeune homme. A peine fait-il jour, et comment vous êtes-vous mise en route si matin, avec ce pauvre petit qui paraît malade? ^
« Je pouvais à peine soulever la tête; Henri n'était pas moins abattu.
« — Est-ce la fatigue qui vous retient làf continua le muletier; eh bien! si nous suivons la mêine route, vous allez monter sur une de
mes mules et je vous conduirai aussi loin que je le pourrai.
« Je pressai sa main^ mais je ne répondis pas.
« Il comprit enfin que le besoin m"'en ôtait la force, et aussitôt toutes ses provisions furent étalées devant nous. Il nous pressa démanger, nous servit avec un zèle plein de bonté, et peu de minutes après je fus en état de lui exprimer ma reconnaissance. J''acceptai ses ofires; heureusement il se dirigeait vers Bayonne; ses soins s'^étendaient sur tout ce qui pouvait alléger notre position, et pourtant je lui avais dit que je ne pourrais reconnaître sa générosité. Rien ne l'arrêtait pour nous rendre moins pénible une si longue route, mais je ne m'apercevais que trop : qu''il s''imposait de grandes privations. Les derniers jours surtout il mangeait à peine, et moi je me faisais un devoir de ne prendre que le strict nécessaire.
if Enfin, nous atteignîmes Bayonne, et ce
bon Pablo me dit : Je Buis bien embarrassé, je ne puis vous conduire au gîte où je descends ordinaii'ement, on n'y reçoit pas de femmes, on est encore plus difficile dans ce moment, parce qu'il y a deux rétiniens français en garnison et de la (roupe de jxissage. Mais il ne faut cependant passe décourager; asseyez-vous sur ce banc, ajouta Pabio en m'en indiquant un placé dans le coin d'une promenade publique, attendez-moi, je ne resterai que le moins de temps possible; ne perdez point patience.
« Je m^assis avec Henri, et j''abaissai sur mon visage ma mantille noire. Plusieurs officiers se promenaient et me regardaient en souriant ; je détournai la tète; il me semblait qu''ils devinaient ma misère. 11 en pas?a deux qui m'examinèrent plusattentivement. J^entendis même le plus jeune dire : Cest une Espagnole ; j^ par rie dix louis qn''elle est jolie.
« — J'accepte, reprit l'autre, cl je jjouliens, moi, (piclle n'^est ni jeune ni belle.
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« L^étourdi qui avait parlé le premier s''avatiça seul ; son air était plus embarrassé qu'impertinent, et dans son gai sourire il régnait plus de malice que d''efFronterie.
c< — Belle dame, me dit-il d'un ton moitié leste et moitié poli,seriez-vous assez bonne pour prouver que j''ai gagné le pari que je viens de tenir, en levant un instant ce voile importun ?
« Je n'avais qu'un désir, celui d''éloigner de moi une attention fatigante, et, sans bésiter, je découvris ma figure maigre et couverte d'une pâleur presque effrayante; le jeune officier jeta les yeux sur mon Henri, non moins faible que moi, et s'inclina en balbutiant une excuse: Vous paraissez bien souffrir, ajouta-t-il, s'il était en mon pouvoir...
a J'aperçus de loin le bon Pablo et je me hâtai d'aller à lui.
« — Venez, me dit-il, d'un air presque triomphant, j'ai obtenu d'une vieille femme qui tient une des bonnes auberges de cette
ville qu'elle vous reçoive pour cette nuit/ demain nous verrons.
u Je fis efFort pour marcher vite, car je m'aperçus que le jeune oflicier qui m avait parlé nous suivait; en effet, à peine étais-je entrée dans la petite chambre qu'on avait bien voulu m^accorder, qu^il frappa à la porte.
(( — Pardon , dit - il respectueusement , je viens, madame, vous apporter mes excuses pour une démarche que je me suis d'autant plus reproché , que tout en vous annonce la dignité dans le malheur. J'ose donc vous supplier de calmer les remords que je conserverais éternellement, si vous n'acceptiez pas le prix d'un pari que j'aurais toujours honte d'avoir gagné.
« Il posa plusieurs pièces d'or sur la table. Je sentis mon front se couvrir de rougeur, et je le suppliai de les reprendre. Il insista respectueusement, et Pablo se joignit à lui.
« — Acceptez, madame, répétait-il, si ce
n"*est pour vous, que ce soit pour que le pauvre petit Henri souffre moins.
< Non, répétais-jeavec force, non, je n^ii aucun droit, je ne puis
f — Oh! madame, interrompit Tofficier, voulez-vous donc que je n'aie pas une bonne action à mettre en balance avec toutes mes folies. Je suis riche, indépendant, peut-être dans une heure vais-je perdre au jeu dix fois ce que je vous offre aujourd'hui. Je vous en conjure, acceptez par pitié pour moi.
« Je levai mes yeux humides de larmes sur les siens; ils étaient remplis d^un attendrissement et d'un intérêt qui me prouva que la bonté peut s'allier avec l'inconséquence et la légèreté. Je ne trouvai plus de paroles pour refuser tant de bienveillance, et je chargeai mon fds de le remercier.
« L'officier sortit en emmenant avec lui mon autre bienfaiteur. Pablo fut assez long-temps à rentrer; mais, à son retour, il paraissait
plus joyeux que je ue l'avais encore vu.
« — . C'est un brave jeune homme, que cet officier, s'écria-t-il. Je lui ai appris ce que vous souffrez et ce que je sais de vos malheurs, il a voulu lui-même arrêter et payer deux places pour Paris. Vous partirez demain à la pointe du jour. Que je suis content, madame! du moins vous arriverez plus commodément et plus vite au but de votre voyasçe.
€ — Cest à vous, bon Pablo, que je dois ce secours si nécessaire et si inespéré. A vous que je ne puis récompenser de tant de bienfaits quVn vous offrant la moitié de cette somme qu'on vient de me forcer d'accepter, bien faible dédommagement de ce que je vous ai coûté et que je ne vous offre...
' «r— J'aimerais mieux, interrompit-il, mourir de faim que de vous priver d\in argent si indispensable. Mais, soyez tranquille, notre jeune homme sVst exagéré si fort le peu de services que j'ai pu vous rendre, et dont j^ai
été obligé (le lui parler en lui contant vos souffrances, qu'il a exigé que je prisse ceci , ajouta Pablo, en me montrant une somme assez forte. Je ne suis que trop payé, moi qui ne voulais l'être que par votre amitié.
« Je reculais cependant devant Phumiliation de tant devoir à un étranger, et je le dis à ce brave Pablo.
(( — Bah ! me répondit-il, cet ofticier est un fou qui jette son argent par les fenêtres. Il est riche, il a bon cœur, et votre titre de mère vous défend, madame, de refuser.
€ Ma fierté trouvait bien des objections à former; mais Fintéièt de mon fils devait la réduire au silence, et je priai Pablo de remercier mille fois Tofficier pour moi, car il l'avait prié de venir lui apprendre si j'étais partie plus tranquille.
« Il faisait à peinejour quand je recommençai mon voyage. Quoique je Tachevasse d'une manière moins fatigante, je ne me sentais pas plus
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-calme; au contraire, à mesure que j'approchais de Paris; mon cœur se serrait davantage; je ne sais quel vague pressentiment me disait que j''y allais chercher des douleurs plus cuisantes encore. Je me rendis au logement que j''avais occupé, ma vieille hôtesse recula à ma vue et me confirma ce dont je me doutais déjà; c''est que je n'étais plus que l'ombre de moi-même.
(( Ressentant de vives, de cruelles douleurs, mon inquiétude pour mon (ils devient chaque jour plus terrible, et le désir de revoir Henri, désir que ma fierté avait tant repoussé, est maintenant un besoin que je ne puis réprimer. Sure de mourir, je veux lui dire... Que lui dirai-je? il ne m^efi tendra plus. »
Ici récrit d'Antonia ne présentait plus que 'des phrases incohérentes; M. Delmot, le cœur profondément ému, voulut cependant Tachever entièrement.
« J'ai envoyé à l'hôtel ; Henri est à Valbreuse avec sa belle-mère.... Pourquoi u'irais-je pas