‹ CallirhoéChapitre 13 sur 15 · C.ULIRIIOE · texte numérisé non relu

C.ULIRIIOE

Vous êtes d'une telle imprudence, vous et Marguerite, qu'il faudrait être aveugle pour ne pas s'apercevoir de votre amour; aussi dois-je vous prévenir du résultat de votre froideur affectée envers moi.

. Je lui demandai en souriant de quel malheur j'étais menacé.

— Avant que je vous le dise, reprit-elle, répondez. Marc, vous vous méfiez de moi?

Je jugeai inutile de vouloir jouer au plus fin avec elle; je lui avouai franchement que le coup de cravache si traîtreusement appliqué au cheval de Marguerite, quelques jours auparavant, m'avait donné à réfléchir.

— Vous faites hien de me dire la vérité, reprit-elle : vous avez deviné que Marguerite m'impatientait et m'irritait quelquefois avec ses airs de souveraine et d'enfant gâtée; mais je ne mérite pas que vous m'accusiez d'être mal pour vous et vous me faites beaucoup de chagrin. Cela vous étonne? C'est que je ne suis pas une femme comme les autres. Suis-je meilleure ou pire? Je ne sais. Depuis que j'ai votre amitié, il me semble que je suis moins mauvaise, et, si le ciel eût voulu que je connusse l'amour, je serais devenue tout à fait bonne; mais ce sont là des rêves auxquels je ne m'arrête pas... Il s'agit de vos intérêts, écoutez-moi. Avant-hier, ma mère m'a reparlé de ses projets ; elle m'a reproché d'être froide et comme irrésolue avec vous, elle m'a signifié qu'il fallait me décider promptement. Votre oncle aussi vous eût pressé de vous déclarer, si vous ne vous fussiez absenté ce jour-là. Il a fixé le mariage de Marguerite au 15 octobre prochain, et il souhaite faire les deux noces à la fois; c'est une idée fixe ; il n'y a plus moyen d'éviter une explication.

— Je ne puis la provoquer, répondis-je, cette expli-

tiiG CALLIRIIOÉ.

cation que personne ne me demande ! Mon oncle a une si étrange manière de procéder, qu'il faudrait être archibrutal avec lui pour ne pas l'encourager dans ses illusions. Quoi ! il fixe le jour du mariage de sa fille, sans lui demander si elle agrée le prétendant, et il établit que je vous épouserai ce jour-là aussi, sans qu'il ait fait aucune démarche de ma part auprès de vous ?

— Il est comme cela, reprit Fanny; il s'est entendu avec ma mère ; il compte que Mauvezin convaincra Marguerite aujourd'hui à la faveur de quelque tête-à-tête fortuit ou cherché, et il compte aussi que, de mon côté, je vous plairai aujourd'hui même en vous donnant à entendre que je vous aime. Voilà les coups de tète de M. Désormes, le plus brutal, le plus maladroit et en même temps le plus timide des hommes quand il s'agit de s'expliquer.

— Eh bien, si mon brave homme d'oncle perd l'esprit, c'est à nous de le lui remettre, ma chère Fanny. Quant à moi, je sais ce que j'ai à faire au sujet de Marguerite; mais vous, vous ne me laisserez pas, j'espère, l'initiative en ce qui vous concerne. Vous direz bel et bien que vous ne m'aimez pas, que vous ne m'avez jamais aimé, et que, par conséquent, vous ne désirez pas que je vous aime.

Fanny ne répondit pas ; elle cacha son visage dans ses mains et fondit en larmes. J'étais stupéfait, à la fois ému et inquiet de cette douleur.

— Qu'est-ce donc, ma chère Fanny? lui dis-je en essayant de prendre ses mains, qu'elle crispait avec détresse contre sa bouche pour étouffer ses sanglots. Comment ai-je pu vous offenser? Que voyez-vous dans ma conduite qui démente l'estime et le respect que j'ai pour vous? Vos larmes me prouvent que j'ai froissé votre cœur

par mes méfiances. Pardonnez-moi, et croyez que je veux être votre ami sincère et dévoué.

— Marc, répondit-elle avec énergie, je n'ai pas, je ne peux pas avoir d'ami, moi ! pas plus d'ami que d'époux! Je suis seule au monde pour toujours : je suis pauvre !

— Pauvre! m'écriai-je. Vous croyez que c'est la richesse de Marguerite qui m'a fait lui donner la préférence? Sachez que...

J'allais lui dire que j'étais dorénavant plus riche que ma cousine; mais je m'observai et me repris :

— Sachez que je l'aimais avant de vous connaître et que je l'ai aimée dès l'enfance... Je n'ai- jamais aimé qu'elle. Elle est mon premier, mon unique amour.

Je disais la vérité, Fanuy le sentit à mon accent et se redressa dans sa fierté.

— Vous défendez votre dignité, permettez-moi de défendre la mienne. Marguerite a toujours cru que j'étais jalouse de sa richesse. Marguerite est une véritable enfant, élevée à son insu dans la vanité des gros écus. Moi, je les méprise, ces écus dont je n'ai que faire; je les hais d'autant plus qu'ils sont l'objet du culte de tous ceux qui m'entourent et qu'ils ont fait la solitude autour de moi !

— C'est possible, Fanny, c'est possible pour des marquis ruinés, pour desMauvezin; mais pour moi...

— Qui vous parle de Mauvezin? s'écria-t-elle en se levant cl en fixant sur moi ses grands yeux sombres.

Aimerait-elle Mauvezin?

La situation était dans tous les cas si délicate et si douloureuse, que je n'osai pas le lui demander; mais je crus pouvoir lui dire que Mauvezin n'épouserait jamais Marguerite.

— Eh bien, vous vous trompez, reprit-elle impétueusement, il l'épousera dans trois semaines, il l'épousera le 15 octobre prochain. Marguerite doit le savoir, et je m'étonne qu'elle ne vous l'ait pas dit.

— C'est qu'elle ne sait rien de ce projet...

— Ou qu'elle ne veut pas vous chagriner inutilement d'avance; mais prenez-en votre parti, il faut renoncera Marguerite : elle ne saura et ne voudra pas résister à son père.

— S'il en est ainsi, repris-je, il y aura une solution bien claire : je tuerai Mauvezin.

— Ah ! mon pauvre ami, dites qu'il vous tuera. Le marquis n'a appris que trois choses dans sa vie, monter à cheval, manier une épée et tirer le pistolet, et il est de première force à tous ces exercices; puis, quand même vous le tueriez, cela ne vous donnerait ni son titre ni sa fortude, qui, bien que fort modique à côté de celle de Marguerite, est considérable à côté de la vôtre.

Il me sembla qu'elle parlait de Mauvezin avec orgueil, et peut-être voulait-elle m'intimider pour m'empêcher de lui chercher querelle.

— Vous souriez? reprit Fanny ; à quoi pensez-vous?

— À vous, mademoiselle d'Astafort.

— Ah ! fit-elle en se rasseyant comme brisée.

— Et à M. de Mauvezin.

— Que voulez-vous dire?

— Que je ne comprends pas qu'il n'ait jamais songé à vous faire la cour

Elle devint très-pâle, me regarda encore fixement et dit d'une voix sèche :

— Le marquis ne m'a jamais fait la cour.

Ce fut à mon tour de chercher à démêler la vérité clans son regard.

— Pourquoi me regardez-vous ainsi? Vous me faites peur!... Allons-nous-en.

Je l'aidai à se remettre en selle et nous partîmes.

Après un temps de galop, mademoiselle d'Àstafort rompit le silence et me demanda si je pensais vraiment que M. de Mauvezin se fût occupé d'elle.

Je lui avouai que M. de Vinceux me l'avait donné à entendre jadis, et que Marguerite l'avait supposé aussi. Elle s'en défendit en tournant le marquis en ridicule. Jamais je ne l'avais vue si acerbe et si railleuse; mais ce pouvait être aussi bien du dépit que du dédain.

Nous rejoignîmes le gros des chasseurs, qui nous attendaient en attaquant un copieux déjeuner sur|l'herbe. Fanny fut éblouissante d'entrain et d'esprit pendant le repas. Elle me fit remarquer encore les côtés ridicules du marquis, lequel, en sa qualité de louvetier, nous régala de l'éloquent récit de ses prouesses, rédigé dans les termes du vocabulaire de la vénerie.

Le déjeuner était à peine achevé, qu'une fanfare nous avertissait du lancer d'un sanglier. Tous les hommes furent vite à cheval, et la chasse reprit de plus belle. Marguerite et Fanny préférèrent se reposer; elles laissèrent partir la voiture de M. Désormes. Roui et moi, nous sommes restés près d'elles.

Il eût été bien facile à mademoiselle d'Astafort de me laisser causer un peu avec Marguerite. Raoul ne demandait qu'à nous accorder celte liberté, il semblait deviner ce qui se passait entre nous. Mais Fanny se conduisit comme si elle eût juré à M. Désormes de surveiller sa fille. Elle ne nous permettait pas seulement d'échanger un regard, et sa figure avait une expression de malice étrange.

— Marguerite, dit-elle tout à coup, à quoi songes-tu?

— J'ai donc l'air songeur? répondit Marguerite.

— Plus que cela. Tu as l'air absorbé, comme Marc hier au soir, après son fameux roman de Callirhoé.

— Eh quoi! dis-je à mon tour, n'avez-vous pas déjà oublié ce long et absurde récit?

— Je n'ai rien oublié, reprit vivement Marguerite.

— Elle n'a garde! dit Fanny railleuse; je crois qu'elle pensera longtemps à Callirhoé i

— J'aime beaucoup Callirhoé, dit Marguerite. Elle m'intéresse, et je voudrais savoir ce qu'elle est devenue après la mort de Markek.

J'avouai que je l'ignorais absolument.

— Alors, reprit Fanny, vous n'avez jamais été Markek. car il l'avait trop aimée pour ne pas revenir en ce monde pour elle seule, et je suis bien sûre que, si, dans une autre existence, il a rencontré de nouveau la Gauloise Margaretht elle en a encore été avec lui pour ses frais.

Fanny ajouta beaucoup de sarcasmes qui tendaient à exciter la jalousie de Marguerite et à lui faire penser que j'avais dans l'imagination le type d'une beauté bien plus séduisante que la sienne. Raoul, qui n'était pas au courant, s'éloigna pour s'occuper de nos chevaux, que surveillait son domestique.

— Voyons, Marc, dit alors Fanny, rassurez donc Marguerite, qui est toute rouge de colère et près de pleurer! Dites-lui que vous avez adroitement arrangé ce roman pour que M. Désormes ne prit pas l'alarme, et vit, au contraire, dans votre dédain pour la druidesse une protestation contre les sentiments qui l'avaient tant fâché il y a deux ans. Si vous eussiez été moins enfoncé dans l'ivresse de votre improvisation, vous eussiez vu votre onde jubiler, comme dit ma mère, à ce passage où vous sembliez dire à sa fille que vous renonciez à elle pour toujours.

— Marc a dit le contraire! s'écria Marguerite; la Gau-

Ioise et lui pensaient se retrouver dans une autre phase. ..

— Oui, oui, reprit Fanny, rejette-toi sur les phases futures! Le père Désormes s'en soucie fort peu, des phases de l'éternité !

— Fanny, lui dit Marguerite avec feu, je crains que dans l'éternité tu ne sois toujours seule, toi, et par ta faute, ma chère enfant ! Tu aimes à faire souffrir les autres !

Raoul revint fort, à propos.

— Autant que j'ai pu comprendre, dit-il, ce dont vous parliez tout à l'heure, Marc vous a raconté hier une histoire singulière dont il se disait le héros.

Je lui expliquai que je m'étais livré à celte fantaisie, et que mademoiselle d'Astafort avait voulu y voir des allusions à la réalité.

— Ah bien ! reprit Fanny, vous prétendiez vous souvenir, tout en racontant...

— Avez-vous pu croire à celte plaisanterie?

— Ma mère y croit fermement; mais, moi, j'ai bien vu que vous inventiez, et je soutiens d'autant plus que Callirhoé est votre rêve, votre idéal...

— Marc, j'ai à vous parler, dit brusquement Marguerite.

Et, passant son bras sous le mien avec le courage de la franchise, elle m'emmena à quelque distance sans daigner répondre à Fanny, qui la poursuivait de ses épigrammes.

— Ami, me dit-elle, je ne sais si vous avez inventé ou raconté : dites-moi la vérité, à moi !

— Je ne la sais pas moi-même, répondis-je : j'étais de très-bonne foi et emporté comme malgré moi dans une région qui me semblait être celle du souvenir; mais, après avoir dormi là-dessus, et dormi très-profondément, car j'étais très-fatigué, je vous jure que je ne suis plus sûr de rien. Je crois avoir mis en ordre une foule de réminis^

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cenees de mes lectures, et je n'ai pas la prétention d'être doué d'une faculté exceptionnelle.

— Marc, s'écria ma chère Marguerite avec vivacité, laisse-moi croire que tu as cette faculté extraordinaire! Elle me charme, carje suis romanesque aussi, moi, quand je m'y metsl Et moi aussi, je m'imagine à présent que j'ai été druidesse au temps jadis ! Cela m'explique ma passion pour les grands arbres et mes délicieuses rêveries sous leur ombrage.

— Prenons garde, ma Marguerite ! il serait dangereux de nous trop livrer aux fantaisies de l'imagination!...

— Sois tranquille, reprit-elle, je n'irai pas trop loin. Je laisserai une porte de ma forêt primitive ouverte, sur les terres de la réalité, et avec les autres je rirai, si l'on veut, de tout cela ; mais avec toi j'en veux causer souvent et dire : Que sais-je? Il est bien vrai que j'ai un peu souffert de ton amour pour la belle Étrusque, et la cruelle Fanny ne l'a que trop deviné; mais mon père n'a pas compris que Margareth l'emportait sur elle au fond de ton cœur, et que nous étions désormais l'un à l'autre pour toujours!

— Oh! oui, ma bien-aimée, toi seule, toi seule à jamais!...

Un des piqueux vint, de la part de M. de Mauvezin, nous dire que le sanglier emmenait la chasse du côté de l'étang d'AUoigny, dans la forêt de Cheurs, et que, si nous voulions assister à Yhallali, nous devions nous hâter. Nous partîmes aussitôt, et je profitai de ce temps de galop pour demander à ma cousine si son père l'avait avertie du jour tixé pour son mariage avec Mauvezin. Elle n'en savait rien, et, au lieu de l'abattre et de la décourager comme je le craignais un peu, cette nouvelle l'irrita vivement.

— Ah! on choisit le 15 octobre! dit-elle: juste le jour de la fête de ma pauvre mère, la Sainte-Thérèse! C'est

sans doute pour lui montrer, là où elle est, comment on se conforme à ses désirs en me mariant avec un autre que toi ! Mon père croit son projet accompli ; il ne me consulte même pas ! Il me regarde sans doute comme une trop petite fille pour avoir une volonté! On va toujours et l'on croit que je ne compte pas! Nous verrons bien!

Et Marguerite, tout en colère, fit siffler sa cravache aux oreilles de son cheval, qui repartit au triple galop.

Nous sommes arrivés juste à temps pour assister à une prouesse du marquis. Le sanglier avait fait tète aux chiens et en avait déjà décousu plusieurs, quand Mauvezin, ayant mis pied à terre, s'avança seul contre la bête furieuse, qui courut sur lui ; mais il l'évita avec dextérité et la frappa de son couteau de chasse au défaut de l'épaule. La lame entière disparut dans le corps de l'animal, qui fit trois pas en chancelant et tomba mort. Les hourras, les cris, le son des trompes de chasse, les aboiements des chiens partirent de tous côtés; ce fut un véritable triomphe. Le marquis le méritait sans doute, mais j'en étais jaloux, surtout en voyant Marguerite admirer son courage et son adresse. Fanny le regardait en serrant les dents, et je crus deviner qu'elle aussi était jalouse de ce tueur de bêtes fauves.

De gros nuages noirs s'amoncelaient dans le ciel, quelques larges gouttes de pluie nous avertirent de chercher un refuge contre l'orage qui menaçait. M. de Mauvezin, le visage rayonnant de gloire, offrit à madame d'Astafort et à mon oncle de se réfugier à Chizé ; la marquise de Mauvezin serait heureuse de les recevoir. Je surpris un regard d'intelligence entre eux. M. Désormes accepta, et, sans consulter Marguerite, il la fit monter dans la voiture. Fanny hésita à en faire autant pour obéir à sa mère; mais Désormes la poussa devant lui, et la calèche partit dans la

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direction de Chizé. Les chasseurs suivirent ventre à terre sous la pluie qui commençait à tomber dru. J'eus bien envie de retourner à Saint-Jean; mais cette brusque invitation me fit l'effet d'un guet-apens, et je galopai derrière la voiture.

Il y avait plus d'une lieue jusqu'à Chizé, et il faisait déjà nuit quand nous y arrivâmes. M. Désormes et ses compagnes entrèrent au salon. Quant à moi, j'étais tellement mouillé, que j'allai, avec plusieurs autres, me sécher à la cuisine, où, à grand renfort de fagots, nous finies un feu à incendier le manoir. La cheminée est à elle seule un monument capable de recevoir un bœuf tout entier. Les chenets en fer, usés et luisants par suite du frottement journalier, représentent deux hommes d'armes moyen âge, le casque en tête et l'épée au poing. La cuisine est vaste. Sur les murailles enfumées sont pendues les casseroles et les bassines de cuivre au ventre respectable qui reflètent en mille points lumineux la flamme du foyer. Les pots de graisse s'alignent en ordre de bataille sur le haut des dressoirs. Un coucou, dans sa longue gaîne de bois, fait entendre son tic tac régulier à côié des rouages bruyants du touruebroche. Sur la table en plein chêne sont déjà dressées des victuailles, et le chef, gras et luisant, la cuiller à pot à la main, donne, avec la majesté d'un César, des ordres impérieux à deux filles de basse-cour.

Notre installation autour du feu dérangeait bien un peu ce Vitellius des fourneaux; mais il paraissait charmé d'à- . voir des appréciateurs de son talent tels que M. de la Chapelaude, qui s'écriait :

— Il est déjà huit heures, maître Louis, et j'ai un appétit de louvard !

— Ce n'est pas ma faute, monsieur de la Chapelaude; j'attendais que ces dames fussent arrivées pour embro-

cher le rôti. Vous savez, monsieur, il vaut mieux attendre le dîner que de le faire attendre !

— On nous attendait donc? dis-je au docteur, qui se trouvait près de moi.

— Il paraît que c'est une surprise préparée de longue main, me répondit-il. Il y a anguille sous roche.

— Hein? fît la Chapelaude, qui est un peu sourd. Vous dites que nous aurons de l'anguille? Je l'aime à la folie, et j'ai un appétit!...

— Ventre affamé et pas d'oreilles ! dit à son tour Raoul. La porte de la cuisine s'ouvrit, et une grande femme

maigre, un flambeau à la main, s'avança vers nous à pas mesurés. C'était une personne d'une cinquantaine d'années, au profil rigide, avec de petits yeux gris et des lèvres minces. Sa physionomie est froide, longue et sèche comme toute sa personne. Avec son étroite robe noire surmontée d'une petite tête en perruque blonde, son visage orné d'un nez en bec d'aigle, elle ressemble beaucoup à un parapluie.

— C'est la marquise! me dit Raoul.

— Messieurs, dit-elle, je suis désolée de ne pouvoir vous donner à chacun de quoi changer, et vous m'excuserez de vous recevoir avec aussi peu de cérémonie; mais, quand vous serez bien séchés, j'espère que vous voudrez bien entrer au salon, où madame d'Astafort et ces demoiselles vous attendent.

Nous étions, sinon secs, du moins réchauffés. Nous suivîmes la châtelaine au salon, grande pièce délabrée aux murailles nues et tristes, aux fenêtres mal jointes dont le tonnerre ébranlait les châssis vermoulus, à la haute cheminée où le vent s'engouffrait en mugissant et repoussait la flamme et la fumée dans la chambre. Tout cela sentait l'apathie provinciale ou le respect orgueilleux des vieilles

habitudes. J'aurais préféré la cuisine sous tous les rapports.

Plusieurs personnes que je ne connaissais pas étaient rangées autour du feu, entre autres un prêtre, curé de la paroisse, sans doute le confesseur de la marquise, que l'on dit fort dévote. Madame d'Astafort redressait son buste en avant et faisait de gros yeux. Fanny, roide et glaciale, paraissait vivement contrariée. Marguerite avait envie de rire; car, lorsqu'elle rencontra mes regards, je la vis se mordre les lèvres pour garder son sérieux.

— Voilà un bien mauvais temps, se hasarda à dire le curé, dès que nous fûmes assis.

— J'en rends grâce à Dieu, dit à son tour la marquise, puisqu'il me procure l'honneur de faire connaissance avec M. Désormes et mademoiselle sa fille.

Marguerite, comme si elle n'eût pas entendu, ne s'inclina même pas, et feignit de ne pas voir le regard courroucé de son père, qui se hâta de prendre la parole pour remercier; mais, au bout de trois mots, il parlait fourrages. La conversation tomba.

— Monsieur est votre neveu? reprit la marquise en me désignant et en s'adressant à mon oncle. Un officier sans doute?

— Oui, madame, répondit Marguerite avec feu en coupant la parole à son père. C'est mon parent Marc Valéry, lieutenant de spahis et décoré à la prise du col Mla-el-Missia, où il a été blessé en enlevant un drapeau à l'ennemi,

La marquise la regarda avec étonnement, et, se tournant vers moi, me complimenta d'un ton fort sec.

— Je suis gelée, dit tout à coup ma cousine en se levant.

Et, appuyant sur les mots, elle ajouta :

— Il fait froid ici !

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M. de Mauvezin se précipita vers elle pour rapprocher sa chaise du feu.

— Oh! c'est inutrie, reprit-elle, je serai toujours glacée !

La marquise la contemplait, plongée dans une stupéfaction muette. On annonça que le dîner était servi. Le curé et madame de Mauvezin dirent leur Benedicite; madame d'Astafort, qui ne le dit jamais, les imita pour se donner l'air patricien. Marguerite ne suivit pas son exemple, cela fut remarqué; c'est ce qu'elle voulait.

Le dîner ou plutôt le souper était simplement servi et très-bon. Le docteur vantait en connaisseur tous les plats les uns après les autres, la Chapelaude dévorait comme un crocodile. Mon oncle était soucieux, il jetait des regards far tifs sur sa fille, sur la marquise, sur M. de Mauvezin et sur moi. La conversation s'anima peu à peu ; on parla encore chasse, puis on en vint à médire des voisins, ce qui en province est un signe évident que l'on commence à se lier.

J'étais à côté du curé, qui, bien repu et bien abreuvé, m'adressa plusieurs questions relatives à M. Désormes et à sa fdle : — entre autres , où mademoiselle Désormes avait été élevée, et si elle était réellement protestante comme sa défunte mère. J'allais répondre, lorsque Marguerite, qui l'avait entendu, éleva la voix avec un aplomb dont je ne l'aurais pas crue capable.

— Oui, monsieur, dit-elle, tous les Valéry sont protestants.

— Les Valéry, oui, dit la marquise, mais les Désormes, non.

— Oh! ma foi! répondit mon oncle, dont la brusque franchise ne pouvait se plier aux exigences de son rôle, les Désormes ne sont rien du tout.

— Quoi! s'écria le curé, vous ne croyez à rien?

— Je crois aux pommes de terre et aux sainfoins ! reprit mon oncle avec un gros rire qu'il- crut être conciliant, mais qui fut accueilli par un profond silence.

Marguerite, enchantée de voir sou père se compromettre, ajouta que, pour son compte, elle était très-croyante et très-attachée à son hérésie.

— Pourtant, mademoiselle, reprit maladroitement le curé, un jour, si vous vous mariez avec un catholique, il faudra bi en...

— Je ne me marierai jamais avec un catholique, répliqua Marguerite d'un ton ferme.

— Bah ! tu n'en sais rien, dit M. Désormes, et tu ne sais ce que tu dis.

Madame d'Astafort changea la conversation. Le curé s'acharna à la reprendre avec moi. Il me vanta les mérites de madame de Mauvezin, comme pour me faire sentir toute la distance qui séparait une personne si pieuse, si noble, si affable, si distinguée dans ses paroles et ses actions, d'une petite hérétique sans naissance, et beaucoup trop tranchante dans son langage. Je me plaisais beaucoup aux discours du bonhomme, parce qu'il se montrait fort ignorant ou fort scandalisé des projets de la marquise. La conversation qui se tenait à l'autre bout de la table me fit prêter l'oreille à la voix de Marguerite.

— Je vous fais bien mon compliment, disait-elle au marquis: on dit que vous vous mariez bientôt. Peut-on savoir avec qui ?

— Mais,... répondit -il en hésitant et en regardant M. Désormes.

— Ah ! si c'est encore un secret, reprit-elle vivement, mettez que je suis trop curieuse et que je n'ai rien dit !

— Non, mademoiselle, répondit le marquis avec un

rire impertinent. Mon mariage était encore un secret; mais, si vous tenez à le savoir, on vous le confiera... après le dîner.

— Vous pouvez vous en dispenser, reprit Marguerite ; cela ne m'intéresse pas du tout !

Il se fît un nouveau silence pénible pour tout le monde, .le vis mon oncle qui pâlissait et rougissait tour à tour. Fanny regardait Marguerite avec stupéfaction. Madame de Mauvezin regardait son fds, qui continuait à ricaner de tout et à ne douter de rien. Raoul fit des prodiges d'entrain pour écarter ce gros nuage, et le repas des accordantes s'acheva comme il put. Aussitôt après, M. Désormes emmena Marguerite. Madame de Mauvezin et son fils disparurent au bout d'un instant. Le curé fit les honneurs et on apporla des tables de jeu. Raoul, qui avait tout compris ou tout deviné, s'approcha de moi pour me sonder; mais je soutins l'assaut et dévorai mon inquiétude. Au bout d'une heure, ma cousine reparut pâle et muette. Fanny l'interrogea tout bas, elle la repoussa avec dépit. Madame de Mauvezin rentra avec son fils, qui avait un air de triomphe ; mon oncle était rouge et voulait être imposant. Tout le monde se mit à jouer, excepté lui, qui s'approcha de moi, et Marguerite, qui s'assit auprès de Fanny et feignit de s'intéresser à son jeu.

J'étais devant la cheminée, ou plutôt dans la cheminée. Mon oncle vint se mettre près de moi sur un des bancs de pierre qui en occupent les côtés ; il prit un air confidentiel.

— Je ne sais pas, me dit-il, sur quelle herbe a marché Marguerite; mais elle a eu beau dire et beau faire, la marquise tient à mon argent, et la petite a dû se soumettre. C'est toujours pour le 15. Allons, décide-toi donc pour Fanny; on bâclera tout ça le même jour chez moi, et ça t'épargnera les frais de noces!

Je me crus le jouet d'un cauchemar en voyant Raoul complimenter (out bas le marquis de Mauvezin, qui reçut ces félicitations d'un grand air de fatuité. Mon oncle se frottait les mains, Marguerite était toujours triste et abattue. Courbait-elle déjà la tête sous la volonté paternelle? Etait-elle à bout de courage? Elle avait si bien commencé pourtant! Mes espérances, mes rêves de bonheur dans Favenir, le but de ma vie, s'écroulaient comme un château de cartes. Ma patience, mon abnégation, mon dévouement, venaient d'être renversés par une parole de M. Désormes, et sa fille acceptait cette décision! Je fus pris d'une colère sourde contre elle, contre sa faiblesse ou sa trahison. J'eus envie de prendre Fanny dans mes bras et de l'embrasser devant tout le monde, afin de me venger et de m'engager à elle à tout jamais; mais la raison me revint vite : Marguerite ne feignait sans doute la soumission que pour ne pas faire de scandale; peut-être voulaitelle éprouver ma patience. Je cherchai un encouragement dans ses yeux, mais elle ne me vit pas, ou feignit de ne pas me voir. Fanny me tira par le bras et me dit tout bas de ne pas éclater. Elle n'avait rien à craindre; ma colère avait fait place à l'anéantissement. Je n'avais même pas de haine contre Mauvezin, j'abandonnais la partie. Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu un pareil dégoût de toutes choses, un si profond mépris de la vie.

Gomme je quittais le salon pour aller prendre mon cheval, M. Désormes me pria de faire atteler, disant qu'il était temps de partir. Le ciel s'était éclairci, quelques étoiles tremblotaient à travers les gros nuages noirs déchirés par le vent. J'ai amené moi-même le cheval de nia cousine. Je voulais lui arracher un mot, savoir ce qu'elle décidait de mon sort. Pendant que je l'aidais à se mettre en selle, elle me dit que le marquis voulait absolument

l'accompagner à Saint-Jean, niais qu'elle comptait me parler, et que j'eusse à me tenir à ses côtés. Puisque Marguerite me donnait des opdres, tout n'était donc pas perdu ! J'avais mal interprêté sa conduite : elle retardait sans doute le coup d'éclat qu'elle m'avait juré de faire, si on la poussait à bout.

Mademoiselle d'Astafort, Marguerite, Mauvezin, de Vinceux, Boc, la Chapelaude et moi, nous escortions en silence la voilure de M. Désormes, qui allait au pas dans le chemin marécageux. Nous étions encore assez loin de la roule. Mauvezin se tenait d'un côté de Marguerite, tandis que j'étais de l'autre. Il semblait décidé à ne pas la quitter, et fredonnait des airs de chasse.

— Est-ce que vous allez chanter jusqu'à Saint-Jean? lui demanda Marguerite d'un ton moqueur. C'est joli, mais ennuyeux.

Le marquis se tut. Une bouffée de vent chaud passa en faisant frissonner le feuillage. Le ciel s'obscurcissait.

— Nous allons avoir encore de l'orage, dit de Vinceux ; nous ferions bien de nous dépêcher, si nous ne vouions pas être encore plus mouillés que tantôt.

Un second coup de vent plus fort vint secouer la chevelure des chênes, et un roulement de tonnerre se fit entendre. L'orage s'avançait rapidement, et le vent s'engouffrait dans la ligne des Bindés, que nous suivions en ce moment. La voiture filait rapidement, et nous avions pris le trot.

— A quoi bon nous tant presser? me dit Marguerite en retenant son cheval, nous n'en serons ni plus ni moins mouillés ! D'ailleurs, j'aime à respirer l'air violent de la rafale. Tenez, Marc ! entendez-vous sous bois cette rumeur grave et pleine comme la voix de la mer? C'est la

plainte des esprits de la nuit, n'est-ce pas? ils fuient devant la tempête, et brisent dans leur course désespérée les branches et les arbrisseaux de la forêt.

— Mademoiselle Désormes est poëte, dit Mauvezin ; je n'ai jamais entendu dire de si belles choses à propos d'un coup de vent !

Il avait le ton railleur; Marguerite eut l'air de ne pas l'entendre, et, s'adressant toujours à moi avec affectation :

— C*est la grand' fade, avec ses chiens noirs, qui nous en veut d'avoir chassé sur ses terres, et qui tout à l'heure va nous enlever dans un tourbillon de grêle et d'éclairs !

Marguerite fut interrompue par un coup de tonnerre formidable; nous fûmes enveloppés dans une gerbe de feu; je vis un grand arbre foudroyé s'abattre devant nous avec fracas ; mon cheval prit peur, fit un écart et faillit me désarçonner. A cette lumière éblouissante succéda une profonde obscurité; j'entendis Marguerite m'appeler, de Yinceux demander si personne n'était blessé, et les chevaux s'emporter au galop. Je criai à mon tour pour savoir où les rejoindre; personne ne me répondit. Un nouvel éclair me montra que j'étais seul; mais, à dix pas de moi, je reconnus Marguerite et mon cheval blanc qu'elle montait. Je la rejoignis à la hâte, je lui parlai; ce qu'elle me répondit, je ne l'entendis pas. Elle étendit le bras vers la bride de mon cheval comme pour m'indiquer de rebrousser chemin, et elle partit comme une flèche. Je compris qu'elle voulait me tenir sa promesse et se compromettre au point que le marquis dût renoncer à sa main.

Ce fut une course insensée pendant un quart d'heure sous des cataractes de pluie que la rafale nous poussait

au visage. Nous nous guidions à la lueur des éclairs qui aveuglaient nos chevaux, déjà effarés par le roulement incessant du tonnerre. Ils traversèrent un cours d'eau rapide et déjà profond, gravirent deux collines escarpées; enfin, haletants, épuisés de fatigue, ils s'arrêtèrent. La bourrasque avait diminué de violence. Je cherchai à reconnaître où nous étions dans ces forêts où je n'aurais pas retrouvé mon chemin en plein jour. Nous étions perdus, et j'en avertis ma compagne.

— Oui, dit-elle, nous nous sommes égarés!...

Mais, au son de cette voix, je restai atterré : ce n'était pas celle de Marguerite !

— Fanny ! m'écriai-je. Comment ! c'est vous ? Mais Marguerite, où est-elle?

— Qui sait? Avec son fiancé sans doute! Il se connaît mieux en chevaux que vous, monsieur le spahi ! Il n'aura pas confondu ma brandine blanche avec votre arabe gris de fer!

— Vous raillez, Fanny, vous me mettez au supplice ! Ah! je le savais bien, que vous étiez méchante !

— Alors vous me détestez ?

— Ne m'avez-vous pas trompé, égaré à dessein pour m'éloigner de Marguerite?

— Si cela était, vous devriez me remercier de vous préserver d'une querelle avec Mauvezin. 11 était fort monté ce soir, et comme résolu aux partis extrêmes.

— Que voulez-vous dire? Parlez! je le veux !

— Je veux dire que Marguerite a agi comme une folle et comme une sotte en bravant en face un homme de peu d'intelligence et de beaucoup de vanité, j'en conviens, mais rempli d'audace et d'entêtement, je vous en réponds. It y a dans ce hobereau un orgueil brutal avec lequel on a eu tort de jouer. Ah! Marguerite s'est imaginé que

2Gi CALLIRHOE.

M. Adalbert prendrait ses taquineries et sesvimpertinences pour de l'aversion? L'enfant connaît peu son monde! M. de Mauvezin n'a vu là que des avances et des agaceries...

— L'imbécile ! m'écriai-je.

— Imbécile ou non, il se croit aimé, et le mieux est de lui laisser cette croyance-là, mon pauvre Marc; car, le jour où son amour-propre sera froissé,... gare à la vengeance!

Les paroles de Fanny m'irritaient au point que, si Mauvezin eût été là, je l'eusse écrasé. Je sentis que celte fille cruelle ou perfide me rendait fou.

— Allons-nous-en, lui dis-je en éperonnant mon cheval, qui se cabra.

— Où donc aller? reprit-elle. De quel côté ?

Je lâchai la bride, mon cheval se retourna de la tête à la queue avec une résolution frappante. Il savait son chemin, lui, il m'emportait vers son gîte. Fanny voulut me persuader par ses cris que je me trompais, je ne l'écoutai pas. Elle fut obligée de me suivre pour ne pas rester seule ; au bout d'une heure, nous étions à Saint- Jean.

Il était deux heures du matin. Kadour m'apprit, en prenant les chevaux, que tout le monde était rentré depuis longtemps, qu'on nous avait attendus, mais qu'on était allé se coucher, sauf madame d'Astafort, qui était inquiète de sa fille. Elle nous attendait effectivement sur la porte du salon, et elle reprocha aigrement à Fanny de courir les bois la nuit avec un monsieur,

— Mais, ma mère, l'orage nous a tous séparés, et nous nous sommes perdus.

— Tu ne me feras pas croire qu'on puisse se perdre pendant si longtemps ! D'ailleurs, tu connais bien le pays ! inutile de mentir !

Je jurai à madame d'Astafort que sa fille lui disait la vérité.

— Bah ! bah ! je ne suis pas votre dupe, me réponditelle, je sais que vous vous entendez fort bien tous les deux. Je permets que vous cherchiez à plaire à ma fille ; mais il y a des convenances qu'il faut savoir garder, monsieur Marc! Croyez-vous qu'il soit agréable pour une mère de voir tout le monde lui rire au nez alors qu'elle s'inquiète de son enfant? Vous l'avez compromise, pas moins! Heureusement que je vous sais trop honnête homme pour ne pas réparer votre faute.

— Qu'appelez-vous faute, madame? lui répondis-je, vivement offensé de ses sottes suppositions. Sachez bien que je respecte mademoiselle Fanny comme ma sœur, et que, de ma vie, je n'ai songé à me ménager un tête-à-tête avec elle, n'ayant jamais eu l'intention de vous demander sa main.

— Gomment ! vous n'êtes pas revenu d'Afrique avec l'intention... ?

J'ai prié madame d'Astafort de remettre au lendemain des explications qui n'avaient rien de blessant pour sa fille, mais qu'il n'appartenait qu'à celle-ci de lui donner.

J'ai voulu me reposer; mais, ne pouvant dormir, j'ai noté les événements de la journée. Je ne crois pas aux insinuations de Fanny, et pourtant elle m'a fait grand mal. Quelle agitation! Je ne puis la surmonter. Une seule idée stupidement fixe s'est emparée de moi! Marguerite a peutêtre été seule avec Mauvezin ! ... Ah ! il est temps que cette nuit finisse.

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