JOURNAL DE MARC VUE H Y - NOTES
i juin. — A quelle époque géologique l'homme est-il apparu? Probablement à la même époque que ces mastodontes gigantesques dont les espèces sont aujourd'hui
détruites et dont on retrouve les restes fossiles dans l'étage miocène des terrains tertiaires.
L'homme antédiluvien, dont on avait nié la possibilité, existe-t-il? Les haches et les instruments en silex mêlés à des ossements d'animaux fossiles découverts par M. Boucher de Perthes, les flèches en silex ou à pointe d'os dans les tourbières, l'animal fossile d'espèce éteinte frappé d'une flèche de pierre gisant auprès de l'os entamé, les ossements humains trouvés près du Puy par M. Âymard, elc, prouvent que l'homme existait à une époque bien antérieure au diluvium, qu'il est contemporain des volcans d'Auvergne, et a peut-être vu surgir les Alpes et les Pyrénées. Si cela est prouvé, pourquoi aller chercher nos origines celtiques dans celles de la race mongole et laponne sur les plateaux de l'Altaï et des monts Célestes?...
Il y a un ménage de rossignols installé dans le massif de verdure, sous ma fenêtre. Le mâle a chanté pendant tout le temps de mon travail. 11 s'inquiète peu du rossignol antédiluvien, lui ! Toute son affaire, c'est l'amour.
5 juin. — Mon oncle et moi avons élé à Ardentes pour régler nos affaires de famille chez le notaire, M. Chassepain, un tout petit homme maigre avec une grosse voix, un long nez, une cravate blanche, une paire de lunettes d'or et un faux toupet blond.
Mais, à mon grand désappointement, le notaire s'excusa de n'avoir pas encore eu le temps de rassembler les pièces, de vérifier les comptes, etc. Voilà bien la lenteur berrichonne ! on a toujours le temps dans ce pays-ci. M. Désormes n'a point paru surpris de ce retard, et s'est contenté de prier le tabellion de s'occuper plus activement
de mon affaire; après quoi, nous sommes revenus à Saint- Jean. J'ai perdu ma journée, mais demain je me remets au travail.
6 juin. — En déjeunant, Marguerite m'a parlé de deux camps romains — ou gaulois — assez près d'ici , l'un du côté de Corny, l'autre à Drives, puis des tumuli de Maron et de Preslc, qui sont remarquables. Nous avions projeté d'aller visiter ce dernier, mais mon oncle Désormes en a décidé autrement.
— Il nous faut aller voir madame d'Àstafort, dit-il; nous sommes en retard avec elle.
J'ai demandé à ne pas être de la partie ; mais Margueguerite m'a si bien traité d'ours, de sauvage, et s'est tellement moquée de moi, que j'ai dû aller endosser le fameux habit noir. Ma cousine, habillée deux heures d'avance, était ravissante dans sa robe rose. Selon elle, nous n'en finissions pas de déjeuner; dans son impatience, elle nous accusait de voracité, d'intempérance; enfin nous n'aurions jamais le temps d'aller à Dressais et d'en revenir : c'est ainsi que s'appelle le château où nous devions nous rendre, et où demeure la plus intime amie de Marguerite. Ceci m'expliqua sa joie et sa bruyante gaieté.
Maître Dolin est installé sur le siège; il a arboré son gilet rouge, sa casquette en toile cirée et ses gants de tricot blanc. Il est si fier du haut de son siège, qu'il regarde à peine son maître.
— Si lu as le malheur de nous rompre le cou, je te casserai ma canne sur les reins, lui dit M. Désormes avec une colère feinte qui est chez lui un indice de belle humeur.
— Oh ! ça, monsieur, c'est les deux grises, qui sont douces comme des agneaux.
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Après avoir traversé Ardentes, l'antique Aleira, nous suivîmes un large chemin qui traverse la forêt de Cbàteauroux et va se perdre dans les brandes d'Arthon. Cette voie antique, appelée ici levée de César, est une route gauloise qui allait d'Argenton (Argan-dan, la belle montagne) à Bourges (Avarik).
La voiture s'arrêta au milieu d'une cour, devant un petit perron de quelques marches. Mon oncle me présente à une dame d'une cinquantaine d'années, petite, toute ronde, le visage cramoisi. Ses cheveux, c'est-à-dire ses faux cheveux, couleur chocolat, surmontés d'un bonnet à rubans roides et d'un jaune prétentieux, sont roulés comme des boudins de chaque côté de ses tempes, dette chère dame s'empresse de nous faire entrer au salon; elle se dit très-surprise de nous voir, prétend qu'elle n'attendait pas notre visite; cependant sa robe de soie puce à volants, son col à dénis, sa chaîne de montre, ses bagues et un médaillon Irop grand pour une broche, trop pelit pour un tableau, représentant un monsieur au daguerréotype, cloué au milieu de sa vaste poitrine, dénotent assez qu'elle élait sous les armes. Elle va et vient, pousse les meubles, accroché ses jupes dans les portes, veut nous faire rafraîchir; elle ne sait qu'imaginer pour être aimable et prévenante. Sa fille, grande brune aux cheveux noirs bien lissés, parait très-liée avec Marguerite, et je trouve qu'elle l'embrasse trop. Ces caresses démonstratives en Ire femmes me font l'effet d'amitiés qui ont besoin de se battre les flancs pour paraître sincères.
A la muraille, deux affreux portraits qui louchent et n'ont pas la bouche sous le nez reproduisent les traits de feu M. d'Astafort et de madame. Il parait qu'elle était blonde avant de devenir chocolat. Un piano droit dans un
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coin, quelques cahiers de musique, une table à ouvrage dans l'embrasure d'une des fenêtres ornées de rideaux à ramages; par terre une natte neuve, qui se roule sur elle-même quand on pose le pied dessus; un rang de chaises de paille devant une rangée de fauteuils en acajou garnis de velours d'Ulrecht rouge; sur la cheminée, une pendule représentant un troubadour en or vêtu d'une tunique à crevés, chaussé de bottes à entonnoir, et pinçant de la lyre devant une dame à la mode de la Restauration... Deux vases de fleurs en coquillages sous des globes et une paire de candélabres à branches garnis de bougies sont placés de chaque côté de la pendule.
Dès que nous sommes assis autour de la table, une grosse servante, vraie maritorne, apporte des gâteaux, des fruits, de la bière, de l'eau-de-vie, des cigares : évidemment celte dame ne nous attendait nullement.
— Monsieur Désormes, dit-elle, ne vous gênez pas ; vous savez, faites comme chez vous.
Puis, se tournant vers moi :
— C'est que nous sommes de vieux amis, monsieur... Prenez donc un cigare et un verre de bière! Vous pouvez fumer, ne craignez pas de m'incommoder, mon pauvre mari m'y a habituée, Dieu merci ! Il ne décessait pas, monsieur!... Fanny, offre donc un fruit à monsieur... J'ai entendu parler d'une chute que vous avez faite en arrivant à Saint-Jean ; on dit que c'est la faute à Dolin, il est si maladroit! Il a été à mon service et m'a versée deux fois, ce qui m'a bien dégoûtée de lui : c'est un domestique bien fidèle, mais bien sot; je l'ai cédé à M. Désormes sans lui demander du retour... Est-ce le docteur Thibaut qui vous a soigné? C'est un bon médecin, il a une nombreuse clientèle... Fanny, offre donc un gâteau à monsieur... Comment trouvez-vous le pays?
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On dit que vous vous occupez d'antiquités. Vous trouverez beaucoup de vieilleries dans nos environs... J'espère que nous aurons l'honneur et le plaisir de vous revoir... Vous habitez Paris toute l'année?... Il fait bien beau temps depuis trois jours, etc., etc.
La brave dame m'avait pris pour but de son éloquence. Ses questions banales étaient débitées avec une telle volubilité, que le commencement d'une phrase n'attendait pas la fin de la précédente. C'était un véritable revolver à paroles. Marguerite vit probablement que je succombais sous cette mitraille de mots, elle se leva et proposa un tour de jardin. S'emparant du bras de mademoiselle Fanny, elle alla s' ébattre comme un oiseau au milieu des fleurs et des herbes folles dont elle se mil à faire un gros bouquet. Je sentais que je devais gêner mon oncle et madame d'Astaforl, qui se parlaient bas à quelques pas de moi; je mourais d'envie d'aller aider Marguerite à saccager la prairie, mais je n'osais pas : je craignais de paraître trop empressé auprès d'elle, et je faisais une sotte figure tout seul, emboîtant le pas derrière les parents dans l'allée sablée. Madame d'Astafort me tira d'embarras :
— Eh bien, monsieur, vous n'allez pas rejoindre ces demoiselles? Vous n'êtes pas encore d'âge à préférer la sociélé des personnes graves à celle de jeunes et jolies filles.
Je ne demandais qu'un prétexte ; je saluai et je volai plutôt que je ne courus vers Marguerite.
— Marc! me cria-l-elle, venez me porter mes fleurs...
J'ai commencé ce récit en riant; j'ose à peine le continuer... Il le faut; je dois noter tous les faits de ma vie présente.
C'était la première fois depuis mon retour que Margue=
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rite ne nie disait pas monsieur. J'en fus si ravi, qu'en recevant celte botte d'herbages de sa jolie main, j'oubliai toutes les belles promesses que je m'étais faites. Entraîné par une émotion plus forte que ma volonté, j'appuyai mes lèvres sur son bras. Marguerite resta muette, mais elle devint rouge comme les coquelicots qu'elle tenait. Mademoiselle Fanny nous tournait le dos. Je crois qu'elle ne vit m le trouble de ma cousine ni le mien, car j'étais si ému de mon audace, que la tête me tournait, et je (remblais comme si j'eusse commis un crime. Après un long silence, pendant lequel je n'osai pas regarder Marguerite :
— Vous n'êtes guère aimable avec mon amie, me ditelle tout bas, vous ne lui avez pas encore parlé ! Elle est bien belle pourtant!
— Je m'inquiète fort peu de mademoiselle Fanny et je ne vois que vous, lui dis-je d'un ton qui semblait lui reprocher l'aveu que je lui faisais.
Elle me regarda en face; ses yeux voulaient lire jusqu'au fond de mon cœur. A-t-elle vu tout l'amour, tout le dévouement, tout le respect qu'elle m'inspire? Elle baissa ses longs cils bruns, comme pour me dire : « En voilà assez! Vous venez de m'offenser grandement. » Et, arrachant avec un mouvement de colère les longues graminées à la portée de sa main, elle se rapprocha de son amie.
Que n'aurais-je pas donné pour n'avoir rien dit ! Je voulais courir après elle, obtenir mon pardon; mais son intolérable compagne était toujours là. Si mademoiselle Fanny savait comme je l'ai donnée au diable, elle ne me le pardonnerait jamais.
Je les suivis à distance dans la prairie, bornée d'un côté par la forêt de Châteauroux, qui se dressait comme
une haute muraille de verdure, et de L'autre pnr un
rideau de peupliers et de saules à travers lequel on apercevait les eaux bleues de l'Indre. J'étais triste, en colère contre moi-même... L'idée d'avoir offensé Marguerite me serrait tellement le cœur, que j'avais envie de pleurer. Et pourtant ce que je lui ai dit ne peut pas m'avoir attiré sa haine. Elle que j'aime plus que tout au monde ! elle pour qui je voudrais mourir! Non, c'est impossible, j'ai mal compris le sens de son regard. Et moi qui me croyais raisonnable, moi qui ai fait les plus beaux projets d'indifférence, de calme et de froideur, me voilà follement épris !
Marguerite m'a rappelé et m'a chargé d'une nouvelle brassée de fleurs sans me dire un mot. J'ai cru lui voir les yeux hnmides.
— Ma cousine, lui dis-je, vous, ma seule parente, la seule personne que j'aime en ce monde, pardonnez à un pauvre garçon qui se donne à vous corps et âme pour toujours.
— Dites donc quelque chose à Fanny, répondit-elle, sinon elle vous prendra pour un sauvage.
J'obéis. Que n'eussé-je pas fait pour plaire à Marguerite ! Je m'efforçai d'être aimable auprès de son amie tout le long de ce diable de pré qui n'en finissait plus. Celle demoiselle a dû me trouver bien stupide! La visite se termina enfin, à ma grande satisfaction, et nous sommes revenus à Saint-Jean par un temps lourd et orageux. Marguerite était si sérieuse, que son père lui en fit la remarque à plusieurs reprises.
— Voilà l'effet que te produisent tes amies? disait-il. Tu semblés avoir perdu tous les parents !
Marguerite essaya de reprendre sa bonne humeur, mais elle était préoccupée. Je rencontrai deux fois son regard
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inquiet et curieux. Je ne sais ce qu'elle comprit dans nus yeux ; mais elle se mit à pleurer.
— La ! dit mon oncle, il ne manquait plus que ça ! Qu'est-ce qui lui prend? Voilà bien les petites filles ! Elles rient, et puis elles pleurent ! Elles sont folles comme le temps!
Je fis de mon mieux pour la distraire; mais je ne savais que dire, ne comprenant pas la cause de son chagrin. Elle me répondit brusquement : « Laissez-moi tranquille! » cacha sa figure dans son mouchoir et fondit en larmes.
Après diner, nous avons été au salon. 11 pleut. Marguerite se retire de bonne heure en disant que l'orage lui a donné la migraine. Est-ce vrai? est-elle malade? estelle indignée?... Je ne sais que penser. Je suis troublé, je ne sais ni ce que je dis ni ce que je fais. Je \is comme dans un rêve où j'agis malgré moi, où je parle contre ma volonté, où je m'élance sur la route que je devrais fuir, où j'élreins ce que je redoute d'approcher. — Et pourtant j'ai conscience de ce danger qui m'attire et me fascine. — Est-ce que je n'ai plus conscience de moimême? L'amour est-il une fatalité?
MARGUERITE A KA.VW
Saint-Jean, 7 juin.
Je viens à toi, Fanny, parce que j'ai besoin de consolations, et qu'il n'y a que toi qui puisses m'en donner' Depuis quelques jours, je ne me connais plus; je sens un trouble et un ennui qui me dévorent ; il me semble que j'ai la fièvre, et que, si je pouvais bien pleurer auprès de
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toi, je serais soulagée... Mais tu ne comprends rien, n'estce pas, à ce lugubre commencement? Je le crois. Hier au soir, je me suis sentie si triste, que je me suis interrogée ; j'ai retourné dans ma mémoire tout ce qui s'est passé depuis quelques jours, et peu à peu j'ai déchiffré un nom au fond de mon cœur, et ce nom, c'est Marc. Depuis lors, j'ai compris que tu avais raison de me dire que j'aimais celui qu'on te destine ! Je me suis rappelé les plus petits incidents de celle promenade d'hier dans le pré, quand j'ai voulu lutter contre le charme et renvoyer vers toi celui qui devait t' épouser... Et quand, pour nf obéir, il t'a offert son bras et que vous vous promeniez devant moi, en causant de je ne sais quoi, oh! alors, Fanny, j'étais comme folle, je t'en ai voulu, je t'ai accusée de cruauté... J'ai cru dans ce moment-là que tu voulais m'enlever l'amour de Marc ! Après, j'ai eu honte de mes mauvaises pensées, et c'est pour m'en accuser que je t'écris et en même temps pour t'en demander pardon. Oh ! dis-moi encore, dis-moi toujours que tu ne l'aimes pas, que tu ne veux pas de lui et que Marc ne t'a dit aucune parole d'amour!... Je ne voulais pas vous écouter, je n'écoutais pas, et j'étais furieuse de ne pas entendre!
Écris-moi donc, ou viens, si tu peux, m'apporter un peu de calme. Console-moi et aime la Maugueiute.
JOtJRNAL DE MAftC
s juin. — Hier, Marguerite a été préoccupée, triste. Elle s'est enfermée chez elle ; je l'ai à peine vue. Mon oncle m'a emmené voit1 faucher; quelle singulière partie de plaisir ! Aujourd'hui, M. Désormes est parti dès le matin
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pour toucher ses fermages à Lignières. Il ne doit revenir que demain.
Ce tèle-à-tête de deux jours où il me laissait avec sa fille m'a fait croire qu'il avait en moi une confiance sans bornes, ou que... Mais à quoi bon me nourrir de vaines espérances? Mon oncle ne songe point à voir en moi le fiancé de Marguerite, ou il sait de reste que Marguerite n'est point disposée à seconder ses vues. Elle n'est pas descendue déjeuner, et je ne l'ai pas rencontrée de la journée. J'espérais lui parler au moins ce soir; mais, comme je l'attendais pour diner, Dolin m'a prévenu que mademoiselle avait été à Dressais, chez son amie Fanny, et qu'elle ne reviendrait que demain soir.
Je vois bien qu'elle me fuit. Je lui déplais... Chère enfant, que je voudrais tant voir heureuse ! Il faut que ce soit moi qui lui cause un ennui, le premier de sa vie peutêtre ! Je ne puis rester davantage auprès d'elle, c'est trop souffrir. Je partirai dès que M. Désormes sera de retour. Elle ne peut m' aimer, et pourtant je me figure qu'elle doit avoir gardé quelque chose de notre amitié passée ; mais il y a de cela si longtemps, qu'en réalité elle ne me connaît que depuis huit jours. Peut-être ahne-t-elle quelqu'un qu'elle va voir à Dressais. Cette supposition m'exaspère. Je suis jaloux d'elle comme si elle devait être à moi. Si j'allais à Dressais! Je veux savoir... Mais quel droit ai-je donc de m'immiscer ainsi dans la vie de mademoiselle Désormes? J'ai la tète en feu et je souffre beaucoup.
J'ai essayé de travailler un peu au résumé ethnogénique que m'a demandé M. de Weisbergsur les races celtiques; mais que sont ces recherches arides où les érudits nous égarent peut-être? Quel autre fil conducteur la mémoire nous tendrait dans ce labyrinthe des faits primitifs, si
nous savions exercer les facullés du souvenir comme nous exerçons celles de l'induction !
Chacun de nous a pourtant vécu dès les premiers âges du monde, et a dû être frappé d'événements prodigieux dont le contre-coup l'a transformé en un homme toujours nouveau d'âge en âge, et toujours le même dans son moi éternel.
Si je me souvenais du déluge !... Et qui me prouve que je ne m'en souviens pas? Pourquoi se défier sottement de ces réminiscences qui sont la conscience de l'âme, et les traiter de vaines hypothèses créées par l'imagination? La folle du logis ne serait-elle pas la seule sage du logis?
9 juin. — Me voilà tout seul à la maison. Essayons sérieusement de travailler.