I. Œurres, éd. de Strasbourg, t. III
toutes gens d'étude, de quelque Dation qu'Us Eussent pais après, désirant de communiquer ce qui en pouvait venir de fruit à nuire nation française, l'ai aussi translaté en noire langue. Je n'ose pas en rendre trop grand témoignage et déclarer combien la lecture en pourra être profitable, de peur qu'il ne semble que je prise trop mon ouvrage : toutefois je puis bien promettre cela, que ce pourra être comme une clef et ouverture pour donner accès 11 tous enfante de Dieu .1 bien cl di'oitemcut entendre l'Écriture sainte.... El puisqu'il nous faut reconnaître tonte vérité et saine doctrine procéder de Dieu, j'oserai hardiment protester en simplicité ce que je pense de cet œuvre, le reconnaissant être Ue Dieu plus que , comme à la vérité la louange lui en doit être rendue. ■ Cal\ in ne cessa, dans la suite, de corriger et de compléter sou ouvrage. L'édition française la plus complète est celle de 1560, faite sur l'édition latine de 155(1, et « augmentée de tel accroissement, dit le litre, qu'on la peu) presque estimer un livre nouveau ». C'est celle qui est entrée dans l'usage commun, et qui est encore considérée comme l'édition définitive de Y Institution, bien qu'elle ne soit pas entièrement de la main de l'auteur ' .
1, Lesuditi
r,lev
fconrg, Ban
li que c,
I Ir.i
(Voir l'Introdocti (Encra de Calvin.) Il serait ù désirer qu'on réimprimât In traduction de 1511, qui est tmil entière liemre uuLheiili<|ii<-
de Cil lin. — Lï-iiilinii rli- ir.H'j ...L divise i >iv tifao|utriM :
I, De la Loi. 11. De la foi: III, De la Prière; IV, De, S-rremeaii (le Baptême et l'Euchnrislie) ; V. Dei fau* Sacrementi- VI, De la. Liberté- chrétienne. — L'édition lutine de U« et lu traduction lïaneuiae de l.Vil couticiiiit-ut dii-sepl chapitres.
A travers les accroissements que prend le livre, la doctrine reste la même. Seule, la forme de l'argumentation change, selon lu dessein que l'auteur se propose chaque lois. A la lin, son but est surtout de » préparer et instruire ccu\ qui se voudront adonner à l'étude de théologie », et de leur donner « facile accès à l'Écriture sainte ». Au début, il est le champion de lEglise nouvelle, méconnue dans son enseignement, calomniée jusque dans ses martyrs. Alors, il n s'étudie à brièveté », ramassant ses arguments pour leur donner plus de force, prévoyant les objections et les réfutant aussitôt, déployant toutes les ressources d'une dialectique vigoureuse, sinon pour convaincre, du moins pour démasquer ses adversaires. La dédicace à François I", qui s'adressait autant au clergé de France qu'au roi, est un plaidoyer dont l'Institution chrétienne est la pièce justificative.
Calvin déclare d'abord au Roi très chrétien que c'est une cause qu'il vient plaider devant lui, non pas la sienne propre, mais celle de ses frères, que l'on condamne sans les entendre. Il est vrai que les juges mettent leur conscience à l'aise en disant qu'ils n'envoient à la mort que ceux qui sont convaincus, soit par leur aveu, soit par un témoignage certain. Convaincus, et de quel crime ? De celte doctrine dam-
— L'édition fruiirui-c rie l.'ifiO est pniliitféf en rjuatrr livres, formant un i.!mm;iii1i1« de iiuiiLi'p-vingts l'imjiil res Livre 1", De Dieu eréateur H souverain gouverneur du mande; II. De Dieu en tant qu'il s'est montre Rédempteur m Jésus-Christ; III, De la manière de participer 11 la grAct de Jéxus-Ctirisl; IV, Des moyens extérieurs dent bien se sert j'-ur nous e.nu-icr h Jésus- Christ. — Les éditeurs do Strasbourg, prenant pour base Y Institution do 1560, donnent en note les variantes de lu réduction de 1541,
gable, dit-on. Damnalile, à quel litre ? Ils n'avaient point â la désavouer, mai* à la soutenir comme vraie : c'était leur Beule défense, tnaïa oïl loin- fermait la bouche. C'est donc an roi à les entendre.
est votre office, Sire, de ne détourner r, votre cournge [cœur) d'une ii juste défen*.
'|iintii-| i! Ml gneition de ai gronde rhosp
comment In gloire de Dieu 1er «do* mr terre, eoin-
ment sa vérité retiendra son lu>nn>-nr CI dignité, comment le règne de Clirisl demeurera en ton entier. matière digne de
i, digne de votre juiuJkII Iigu* de TOtre trftne
royal ! Cnr cette pensée fail un * rai roi, - ,1 -e reconnaît être
datte de Dieu an goUYernei le royaume; et.
re, celui qui ne lègue point .. celle lin do servitii lu gloire de Dieu, n'exerce pas régne, maie hrigundngc. Or celui est abusé, qui nlleud longue prospérité en on règne qui n'est point gouverné du sceptre de [lien, rest-à-dira sb milite parole.
Ensuite Calvin entre au cteur du sujet. Que reproche-t-on à la doctrine qu'il défend?
Premièrement, en ce qu'ils 1'rijipellenl nouvelle, nos adversaire» font mont (Iris) grande injure û [lieu, duquel lu sucrée parole ne méritail point d'être notée de nouvelleté. Certes je t doute point que louchant d'eux elle ne leur soit nouvelle, u que Christ même et son Evangile leur eont nouveaux. Mais celui qui sait que celle prédiculion de suint Paul est st que .lésus-llhiist est morl pour no» péchés et ressuscité pour notre justification : il ne trouvera rien de . Ce qu'elle a été longtemps Menai et n est h imputer i'i I impiété des hommes.
Maintenant, quand elle nous est rendue pur lu bonté de Dieu. jKjur le moins elle dei rail cire ivi-ue en son autorité u [ici en ne.
lent {croirai) douteuse et incertaine. Vraiment, c'est ce que notre Seigneur se complota t pur son prophète ;
qu'il esl i
r el I i. ne l'étable ion peuple. Mai
i, et lui
miiii)ii.'iiI île lïniertitude d'irclle. s'il-, nvuienl ù signer la Icul 1 (le leur propre su ■■ jk^ et uni dépens cle leur vie, (m [n.iiir;iii vi. ir riMiibicn ils lu [uis.-nl . !\'nlie f iitui?*- psi iiir-u nuire, Inquelle ne ennui ni les terreur* île lu iiinrl ni h' jugement de Dieu.
Kn M qu'ils s di'iunnileiiL iniincles, ils m. ni iléruisipu-
nabies. Cor nous ne foi'|,'r>iins point quelque nouvel Évangile, tuais nous retenons celui pour lu vertu duquel confirmer servent tous les mirurles que jamais et .Icsns-Chi'isl et ses niiû-
i injustement Pèws..,. * A
onséquent faillibles, qu'i
entre eux et qu'il leur arrive Je roémes . .Mais les Pères os parlai
comme pourrai I parlée un parfis Quelle moisson ne pourrait-
i qu'ils nous objectent les
i, dit Calviti, on pourrai!
les Pères étaient hommes
; se con [redisent ï contredire cuxit-ils pas souvent i de la Reforme ?
i l'aire dans leurs
écrits, si l'on voulait y relever tous les passages contraires à l'orthodoxie r
niand ils seraient ■
,idot
mplatioiM,
en oruisoiu et û l'étude.,.. Celui était Père. ,|ui B c'était une horrible n boni million de voir une image ou de Christ on de quelque suint nus temples des cliivliens.,.. Un autre Père u conseillé qu'après «voir pur sépulture oïcrcë ofliee d'humanité envers les morts, ni! les laissât reposer....
de la Cène sous le pain fût contes C'était un Père qui B soutenu défendu oui ministres de l'Églisi de femme légitime être ehustel.-.
urps de Christ....
?nt Pérès.... Celui qui icrft qu'un (Jfïit st. duquel il est dit ■!■■ pur le Père eÉlejtc :
le fout avilir égard ;i ce q -mil- fuît ml
l nous, muis -ml. 'in. -ni :'i !■!■ . |u iLcirn cnmest le premier d« Unis, celui-lft, <lî»-je,
iui s'adres-
Après celle argumentation serréfi , qui lait surtout aux gens d'Eglise, Calvin arrive au délicat qui devait particulièrement toucher François l" ei les autorités civiles. On accuse la •édiciition nouvelle de jeter le trouble dans les ESpritB et à'fttl'G une cause de dissension. Mais c'est ; propre de la vérité, toutes les fois qu'elle se ■éveille après avoir été assoupie pendant dea sièe qui la distingue du mensonge, qui s'insinue sournoisement el sans bruit, parée qu'il » vient à gré à loul le inonde », Jésus-Christ a été condamné connue séditieux. Les apôtres ont été ïccusés de provoquer des tumultes. Les apôtres devaient-ils dissimuler el se taire ? Ils se sont iouvenus que Christ est une pierre d'achoppement r beaucoup : •< de laquelle liance élan! armés, ils tassaient hardiment et marchaient par tous les dan- . Nous avons à nous conforter d'une même lensée », Une courte allusion aux moeurs des martyrs, auxquelles la bouche même des envieux a été ntraiute de donner témoignage », amène, comme dernier appel à la justice du roi :
■z pua ti-ùp l'oreille pnur ojouler
», nfin ijue à leurs rnp>
perla. El même je doute que je ii'ii
, rite préfaw a qnan la grandeur d'
bien que (yiiol'jiie) pur icellc je nui défense, mais seulement adoucir midii'iici' :'i uni ri' cause. Lequel, nui dét.iurné ftl aliéné de nous, j'njout
.■ jte trop long, m que ii.' liifMiM entière, i .lin prétendu composer une
'ir vur | r donner
môme enflambé, luute-
r,.i» | ...|,.t.' ipii' iimis jupiirrun- n-^^ciu'r su jfrilre, s'il voua plaît une fois hors d'indignation et courroui lire celle notre, i-nrifcssifiii, laquelle nous voulons être pour défense envers mlir Majesté. Mil i S si ■iinli'iiiri' les détend imis ries malveillants ciupêcticnl tellement vin oreille» ■ 1 1 1 ■ ■ les neiusés n'aient ancuii lieu de se defeiulre, 'l'autre pari si ces impétueuses furies, anus .pie mua y mettiez ordre, exercent Inujoura cruauté pur prisons, Iiiuels. ^êtiermcs, brûlures, nous certes, comme brebis démuées ù lu boucherie, sernn» jeti's en
loule extrémité : tellement uci mina qu'en noire patience
noua posséderons nos unies et ut tend nuis la main forte du Seigneur, laquelle sans douta se montrera en u saison et apparaîtra .innée, laut pour délivrer les pu livre» de leur aflliclioil que pour punir les contempteurs qui së|fiiveiit si hardiment .i cet le heure.
ee'^'T
liille établir
,• Iri.
Telle est celte préface, un dûs morceaux les plus éloquents que Calvin ait fcritB, où l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, ['habileté dans la gradation des effets, ou la conviction profonde qui donne le mouvement à l'ensemble. Il est bien sûr que la parole de Calvin n'alla pas au cœur du roi, si elle arriva seulement à son oreille; mais du jour où il prit avec celte insistance et cette solennité la défense de ses coreligionnaires, il se posa en chef d'Église.
Une préface ne pouvait êlre un exposé de doctrine; cet exposé venait après. Mais l'Épttre au Roi indique déjà très nettement quel sera désonnais le
h « INSTITUTION CHRÉTIENNE )). 51
ton de l'enseignement et de la polémique de Calvin. Il ne faudrait pas y voir un appel à la tolérance, dans le sens moderne du mot. L'idée de la tolérance n'était pas absolument étrangère au xvi e siècle, mais elle était absente de l'esprit de Calvin, comme de l'esprit de tous les réformateurs. Calvin n'admet pas, en matière religieuse, la diversité des opinions. Il est aussi dogmatique qu'on peut l'être ': c'est le seul point sur lequel il s'entendrait avec Rome, s'il pouvait s'entendre avec elle. Ce qu'il réclame, ce n'est pas une place pour l'Eglise nouvelle, à côté de l'ancienne. C'est plutôt son Eglise à lui qui est l'ancienne, qui est la seule, instituée par Dieu et fondée sur sa parole. Elle dédaigne les pompes extérieures ; le culte qu'elle offre à Dieu est d'autant plus pur qu'il est plus simple; elle peut même n'avoir aucune existence visible; mais « elle vivra tant que Christ régnera à la dextre de son Père : de la main duquel elle est soutenue, de la garde duquel elle est armée, de la vertu duquel elle est fortifiée ».
INSTITUTION CHRÉTIENNE i
Les contemporains de Calvin partent d'un geste qui lui était habituel. Souvent, au milieu d'une conversation, d'une main il enlevai) son lionnet de
■ il
a ciel. Quclque- 3 de Dieu. .. Et
i gloire
drap noir, et d{
Ibis il ajoutait : « Tout pour la gloii
même, quand la parole s'arrêtait su
interlocuteurs le comprenaient. Toi
de Dieu i ce mot contient toute la vie de Calvin, i
Y Institution de. la religion chrétienne n'en est que
le développement,
Calvin est un logicien incomparable; mais il a peu d'invention, ou du moins il n'a d'invention que dans les développements. Qu'une idée s'offre à lui, il voit d'abord tout ce qu'elle contient, il en découvre toutes les faces, il en tire toutes les conséquences; mais il faut que l'idée lui vienne d'autre part. A quoi bon, aussi, inventer, quand la vérité entière a été donnée un jour à l'homme, pour qu'il
I, H IN-STl'I'liTIIJV CBSBTIBNKB ».
s'appliqua éterneltemefii è la comprendre i pénétrer? Celte vérité est dévoilée dent la Bible;
elle s'y présente entourée de toutes ses preuves. Il ?a sans dire que Calvin, lorsqu'il invoque un tevte
biblique, n'a garde de le soumettre ;i :xaraen
critique, ci encore moins J'en contrôler l'authenticité. Pour UQUS, la Bible n'est pas un livre, mais une littérature, changeante n progressive comme toutes les littératures, où chaque teu-vre a sa date et ne s'explique bien que par sa data. Tour lui, c'eal un bloc de doctrine b, où tout est île mémo Age et de lui-rue provenance. Il en use comme d'un répertoire qu'on ouvre à n'importe quelle ])age, comme d'un arsenal où l'on cherche indifféremment la pièce dont on a besoin. L'Écriture, en toutes ses parties, <t a niérne autorité envers les fidèle* ipiu pourrait avoir
la roix ouïe de la propre bouche de Dieu ' ».
Calvin est l'homme d'une seule idée et d'un seul livre. Le livre, c'est la Bible; l'idée, .'est la gloire de Dieu.
Dieu est glorifié dan* la création, dans le gouvernement du monde physique et moral, enfin dans l'œuvre de la Rédemption et dans l'économie du salut : tel est le plan général de l'Institution c/irétitnne.
Calvin insiste d'abord sur l'universalité du sentiment religieux, « Il y a quelque dieu : cette conception est enracinée dans tous lus esprits et licliée dans tous le* cœurs. » Calvin fait même cette remarque, que ce sont les cultes les plus grossiers