‹ Calvin;Chapitre 19 sur 50 · L' « INSTITUTION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

L' « INSTITUTION CHRÉTIENNE

l'homme, la prédestination

Pascal peint l'homme à la fois grand et petit, grand par la pensée vis-à-vis de la nature aveugle, petit par son infirmité morale en regard du Dieu parfait. « S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante. » La logique simple et droite de Calvin ignore ces contrastes. Il n'a qu'un terme de comparaison pour l'homme : il l'abaisse et l'anéantit sous la majesté divine.

Chez Pascal, la connaissance de Dieu se fonde sur la connaissance de l'homme. Bossuet suit le môme ordre. Pour Calvin, le rapport des deux connaissances est inverse. « Il est notoire que l'homme ne vient jamais à la claire connaissance de soi-même, sinon que premièrement il ait contemplé la face du Seigneur et, après l'avoir considéré, descende à se regarder 1 . » Qu'est-ce, en effet, pour l'homme, que

1, Édition de 1541, chup. I er .

ï CALVIN.

e connaître? C'est se rendre compte de

s il. m,,

applaudissons,

h Lu,

fuis iiuti-K luigiltitïiin {firaiet) nu Seigneur, et reco quelle est lu perfection de su justice, supience cl )u mesure de laquelle il n.ius faut teglef, aa qui n suit auparavant si m s ruuk-ur île justice apparaîtra è île 1res grande iniquité; ce qui imu* trompait mer

faiblesse: tant l'en fuut que ■/ne anus crogoiu) ètw très pa <[UÎ est en Dieu.

r ih-cliiri-

u purcli:

Quand l'homme, après avoir contemplé la majesté divine, abaisse ses regards sur lui-tiiénie, que trouve-t-il ? L'n pauvre être, eu qui le Créateur avait fait tomber à l'origine une goutte, de sa sagesse, mais qui s'est éloigné' de loi, qui a n trébuché du droit chemin », et qui n'est plus enfin qu'un réceptacle de toutes les misères, tellement « dépouillé des ornements célestes », qu'il est confus de sa propre nudité. Cette antithèse entre le Dieu parfait et l'homme « vide et affamé » forme le fond invariable de la philosophie religieuse de Calvin. L'homme a soif de justice, tout eu ayant le sentiment profond et angoissant de sa déchéance morale. Que Calvin lui refuse la liberté, le pouvoir de se déterminer par lui-même, cela va sans dire. Parfois il lui laisse la volonté, c'est-à-dire le simple pouvoir d'agir, car autrement sa culpabilité serait

si

possible a soutenir, et le châtiment ae sérail plus

l'une mon s tri ie use iniquité. Mais d'autres fois il

faut encore que Dieu « émeuve » notre volonté; et

l'émeut pas somma on a longtemps imaginé

eigné, tellement qu'il soit après en noire

deetion d'obtempérer à son mouvement ou résister,

il la meut avec telle efficace qu'il faut qu'elle

suive' i>. A ee compte, la pierre n'est pas plus

inerte que l'homme.

Dieu est l'unique auteur de notre salut, et si nous y contribuons pour une part, cela n'est possible que par l'opération du Saint-Esprit, c'est-à-dire encore l'action de Dieu. L'appel de Mien se laîl entendre â nous dans la prédication, et surtout dans sa parole, c'est-à-dire dans les saintes Écritures. Mais il faut que l'Esprit de Dieu lui-même nous ouvre l'intelligence des Ecritures et nous donne la conviction de leur absolue vérité. Vouloir fonder l'autorité de la Bible sue des preuves extérieures, sur son ancienneté, sur des témoignages humains, ou même sur les miracles, c'est, selon Calvin, l'obscurcir par vaines disputes. <• Si nous voulons bien pourvoir iux consciences, si (de telle sorte) qu'elles ne soient ioint agitées en perpétuel doute, il nous faut prendre l'autorité de l'Écriture de plus haut que des raisons ou indices ou conjectures humaines, c'est à savoir que nous la fondions sur le témoignage inté- •ieur du Saint-Esprit*. < Et dans la dernière édition 1 ajoute ; « Il est nécessaire que le même Esprit qui i parlé par la bouche des prophètes entre en noa

tueurs et les touche au vif, pouf les persuader que les prophètes ont fidèlement mis en avant ce qui leur était commandé d'en liant '. »

L'appel de Dieu, si nous le suivons (il faudrait dire, si nous sommes incités par lui à le suivre), produit en nous la foi. On s'attend Ijien à de (pie Calvin rejette, »vec tous les réformateurs, la foi ecclésiastique ou seolasliqiie, qui consiste eu une simple croyance, une adhésion de l'esprit aux dogmes sanctionnés par l'Eglise.

son sens

ItCylis,

1 Certes l;i !■■!

îe glt po

nt en igno-

nc.f, pi i(-i>llr- n

aussi de

volon

e. Car nous i

obtenons

point salut

se que n

us

soyons

prêt* de mgsi

" ir I"»"' ™> 'ont ''e

Eglise a

ira détra-n

\nù, ou pborc

que nou

loi nnut-

:• ih,i[j;i

nqucri

et connaître,

nnisen tu

u que neu*

issons D

nous et

o Père bieuïe

on qui o

et

Eaitc

1) UiH-l, r'I |

onree qu(

nous rece-

Christ co

ïficnlion et

'est par

e connu

ssance, et non

point an

soumettant

La fol n'est pas croyance, mais confiance; s c'est une ferme et certaine connaissance de la bonne volonté de Dieu envers nous, laquelle, étant fondée sur la promesse gratuite donnée en Jésus-Christ, est révélée à noire entendement cl scellée en notre cfflttr par le Saint-Esprit ».

La foi ne doit pas seulement éclairer l'esprit, elle doit surtout affermir le cœur, attendu que, dans

notre condition pécheresse, ■• il y a encore (dus de défiance au cteur que d'aveuglement en l'esprit ». Elle amène avec elle l'espérance, qui est l'attente des biens dont la foi nous a apporté la promesse* Elle produit enfin, comme dernier résultat, une Régénération intellectuelle, qui se traduit par des œuvres. Mais les œuvres de la foi ne se prétendent pas méritoires, au sens ecclésiastique; elles ne demandent pas leur salaire ; elles tendent seulement, en -toute innocence de cœur, a la glorification de Dieu par une vie sainte.

Tels sont les effets de la foi sur les élus, c'est-àdire sur ceux que Dieu a choisis pour les faire entrer dans son royaume. Elle peut agir aussi, temporairement, sur les réjimtti'rit, ron • si l'image de Dieu,

effacée par le péché, reparaissait pour un instant à la surface de leur Ame. Ils ont quelque vue soudaine el rapide de la clarté divine, mais retombent aussitôt dans l'aveuglement el la stérilité de leur cœur, .< comme un arbre qui n'est pas planté assez, profond pour jeter racines vives, eamlm-n que [quoique) par quelques ans il produise fleurs et feuilles et même quelques fruits, toutefois par succession du temps dessèche el meurt 1 ».

Il y a donc des réprouvés, c'est-à-dire des hommes que Dieu, leur créateur, a rejetés de sa face, et que, par un décret de sa toute-puissance, il a voués à la damnation éternelle. Les élus glorifieront Dieu dans sa bonté, les réprouvés le glorifieront dans sa justice, et ainsi tout le plan de l'uni-

Page 1