‹ Calvin;Chapitre 21 sur 50 · I. « INSTITUTION ClilIK'ITENNi; ». Ii · texte numérisé non relu

I. « INSTITUTION ClilIK'ITENNi; ». Ii

me pure atténuation de langage, i]ui n'atteint pas le fond de la doctrine, une protestation involontaire de la conscience contre la rigueur du système. Du Faste, Saint Augustin recommande aux prêtre» de ne pas jeter le découragement dans l'âme de ceux qui pourraient se croire réprouvés. Il dit aussi que, li:s décrets de Dieu nous étant inconnus, e'èsl un devoir de charité envers nos semblables de les tenir pour élus. Mais le même devoir n'exisle-t-il pas pour le théologien qui raisonne sur le dogme;' Il n : aiirail qu'a se souvenir do certaines paroles ie Jésus, comme celle-ci : « Dieu n'a pas envoyé son (ils dans le monde pour condamner le inonde, mais pour que le inonde fut sauvé par lui '. »

La prédestination des élus et des réprouvés ne ligure pas explicitement dans la première édition latine de V Institution chrétienne, adressée au roi François I" en 1530: ce qui semble prouver qu'à ce moment Calvin ne la considérait pas comme un point essentiel de la doctrine êvangélique. Elle apparaît d'abord sous sa Confie systématique dans l'édition de 1539 et dans la traduction française de 1541. EnQn elle est reproduite avec des développements nouveaux dans l'édition latine de 155!) et dans la traduction française de 1560. Il ne faudrait pas i-u conclure que ce dogme, auquel Calvin attachait une si grande importance, ne se soit constitué que peu à peu et graduellement dans son esprit. Il est possible que les luttes doctrinales et disciplinaires qu'il eut à soutenir dés sou premier séjour à

. Émngilo selon n

in, Ul, 17.

•i-ovai

fond, l'idée de la prédestination est bien conforme à l'ensemble de sa philosophie religieuse.

Tous les hommes oui péché ci continuent de pécher, donc. Ions méritent la morl. Mais Dieu, par un ell'ct de sa miséricorde, a voulu eu sauver un certain nombre; i! les a sépares des autres; ce soni ses élus. D'après quelle règle se fait l'élection ? D'après le bon plaisir de Dieu. Appliquer a Dieu une règle, lui imposer une loi, ce serait reconnaître quelque chose au-dessus de lui; or Dieu est au-dessus de tout. L'élection est éternelle, car Dieu est en dehors du temps. Elle est irrésistible, car rien ne peut s'opposer à la volonté de Dieu. Knfîn, elle s'exerce par la voeation.-Or il y a deux espèces de vocations. « Il y a la vocation universelle, qui git en la prédication extérieure de l'Évangile, par laquelle le Seigneur invile à soi tous hommes indifféremment, voire même ceux auxquels il la propose en odeur de mort et pour matière de plus griève condamnation. Il y en a une autre spéciale, de laquelle il ne fait quasi que les fidèles participants, quand par la lumière intérieure de son Esprit il fait que la doctrine soit enracinée en leurs cœurs*. •< Ceux-ci constituent l'Eglise invisible, en laquelle seule s'accomplissent toutes les promesses de Dieu, Quant aux autres, c'est presque un piège que Dieu leur tend par une vocation illusoire.

Le dogme de la prédestination, comme toute croyance, ne se démontre ni ne se réfute. Calvin

i-i làeo, liv.iu, i

L << [NBTITtJTIOH CBBÉTIKMNB >'. H

voulut cependant l'appuyer sur les données de l'Écriture. Il procéda, dans cette opération, selon l'ancienne naéthodo scolaslique, faisant valoir les tuslcs i|iii lui riaient favorables, négligeant les textes contraires, et ne se demandant pas si, d'une maniera générale, sou point de vue s'accordait avec les plus eus témoignages qui nous sont restés de la prédication de Jésus. Il prévoyait les objections; elles

sont nombreuses; il les en ère 1res loyalement,

mais il n'y répond pas. N'y a-I-il pas contradiction entre le grand nombre i b's appelée cl. le petit nombre des élus? ii Si quelques-uns demandent : Quel propos y a-t-il que Dieu appelle à soi ceux lesquels il sait qui n'y viendront point? que saint Augustin leur réponde pour moi : Veu\-tu, dil-il, disputer avec moi de cette matière? Plutôt, émerveille-toi avec moi et l'écrié : bauiesse! » D'autres sont scandalisés ilu rôle qu'on l'ail jouer à Dieu dans un monde qui est sou œuvre. « Ils dcinandenl à quel propos Dieu se courrouce contre ses créatures, lesquelles ne l'ont provoqué par aucune offense; car de perdre et ruiner ceux que bon lui semble, c'est chose plus convenable à la cruauté d'un tyran qu'à la droiture d'un juge. « 11 y a plus : Dieu punit le mal qu'il a ordonné lui-même, ■ Pourquoi, disent-ils, Dieu imputerait-il à vice aux hommes les choses desquelles il leur a imposé nécessité par sa prédestination? Car, que pourraient-ils faire? résisteraient-ils à ses décrets? ■> Calvin su borne à trouver

étrange que non de Dieu à cette c vons entendre la

voulions ii soumettre les idition que, quand nous n'en poumon, nous les osions vitupérer ».

M le prend de liant avec ceux qui « intentent procèl s Dieu », qui viennent « tancer et gergonner contre lui ». El il se retranche invariablement derrière la

volonté suprême, absolue et insondable de Dieu. Il ne faut pas dire que Dieu veut une chose parce qu'elle est juste, mais elle est juste parce qu'il la veut. Donc, u quand on demande : Pourquoi est-ce que Dieu a fait ainsi ? il laut répondre : Pource qu'il l'a voulu. Si on passe outre, en demandant : Pourquoi l'a-t-il voulu I 1 c'est demander une chose plus grande et plus haute que la volonté de Dieu : ce qui ne se peut trouver' ». En d'autres termes, la prédestination est un mystère.

Après Calvin, le dogme tomba entre les mains des docteurs du xvu' siècle, puis s'atténua peu à peu Dt passa à l'arrière-plan do la prédication évangélique. Ou se demanda d'abord si le décret divin qui avait partagé l'humanité en deux troupeaux était antérieur ou postérieur à celui qui avait déterminé la chute d'Adam : supra lapsum ou infm lapsum. Il ne s'agissait pas, bien entendu, d'une succession dans le temps, puisque les deux décrets étaient éternels, mais d'une succession logique dans la conscience divine : c'était bien subtil. La première opinion .était celle des sa/jralti/ maires, la seconde celle des infralapsaires. Les infralapsaires eurent gain de cause au synode de Dordrecht (1618-1610), sans que les supralapsaires se tinssent pour battus. Le même synode, confirmé par celui d'Alais (1630), condamna , ou des disciples de

ion de latiO, cluiji. *

Page 1