‹ Calvin;Chapitre 22 sur 50 · L* « INSTITUTION CHRETIENNE · texte numérisé non relu

L* « INSTITUTION CHRETIENNE

Jacques Arminius, prédicateur à Amsterdam et plus tard professeur à l'université de Leyde. La plus grande hardiesse des Arminiens consistait à dire que la grâce est offerte à tous, mais que chacun est libre de l'accepter ou de la refuser. Il en résulta un schisme, qui s'atténua à mesure que l'hérésie devint l'opinion dominante. Le dogme de la prédestination apparut une dernière fois en 1819, dans un écrit de Schleiermacher, qui le combina ingénieusement avec l'idée moderne de l'évolution. Le décret éternel, selon Schleiermacher, marque seulement le moment où chacun peut sentir Feffet de la grâce divine et entrer dans le groupe des élus ; mais comme chacun a l'éternité devant lui, ce moment peut venir pour chacun. Jésus lui-même n'est-il pas venu à l'heure propice où son action pouvait être efficace? Il en sera ainsi de tous ceux qu'il a rachetés du péché, et le royaume de Dieu finira par embrasser l'humanité entière 1 .

1 . Ueber d e Erwûhlungslehre (Theologische Zcitschrift, 1819, premier cahie ; Sdmmtliche Werhe, Abtheilung I, Dand II).

Au moment de In publication de Y Instîtuifan c

i de mars 1536, Calvin n'a pas tout .

Tait vingt-sept an*. A ce moment, quel est-il? c comment corn prend- il son rôle?

On se représente trop souvent Calvin d'après Ii portraits qui ont été faits de lui dans les dernière années de sa vie ou après sa mort, et qui reproduisent tous à peu près le même type : la ligure amaigrie et presque décharnée, le prolil dur, le nez aquilin, le menton proéminent et terminé par une longue barbe en pointe; quelquefois, la bouche entr'ou verte comme pour parler, et l'index lève comme pour enseigner ou avertir. M. Weisa a connaître, en 1893, un autre portrait de Calvin plus ancien qu'on ait de lui, et le seul qui le re] sente encore jeune '. C'est un émail de Léonard porte la date de 1535. Cal

\riliiiloire du pratuttUt MB.

vu de !■•<■<-: il il le IruriL large, les veux vifs, des

'cUs noirs, le nez long, l.< houabo petite, U barbe très fournie, d'un brun roux. Les traite booI encore

pleins, quoique déjà fatigués par les veilles. Ou peut ajouter, pour compléter le portrait, des épaules légèrement portées en avant, une taille plutôt petite <[uë grande, l'air méditatif, des manières réservées. Lui-même parle souvent de s.i timidité. Mais, dans la conversation et surtout data la discussion, il devenait vif et pressant, at abondait en saillies inattendues. Florin i on d de Ra'inond dit de lui : > Soui

i corps Ben et atténué, il eut toujours un esprit vert ri vigoureux, prompt aux reparte, hardi aux attaques; grand jeûneur, même en son jeune âge, soit qu'il le fil pour su santé el arrêter les fumées de la migraine qui l'affligeait continuellement, soit pour avoir l'esprit plus à délivre, afin d'écrire, étudier 61 améliorer sa mémoire. »

Après la publication de sou livre, nous le retrouvons à la cour de Ferrare, où Renée de France attirait et protégeait les partisans dis idées nouvelles Il avait fait le voyage sous le nom de Charles d'F.speville ', et en compagnie do son ami Louis Du Tillet. C'est a peu prés tout ce que nous savons. Mais là où l'histoire se tait, la légende a libre murs. On s'est plu à montrer Calvin comme un apôtre, préchant l'Évangile jusque sur les marches du trône papal, et, « semblable à Mithridale, allant combattre Rome dans Rome même ». Emprisonné par l'Inquisition, il aurait été délivré à main armée et, comme

LmliiT devant la Wartbourg, enlevé par des sauveurs inconnus. Est-il besoin de dire que les nuitemporains de Calvin ne savent rien de ce roman, 61 qu'il n'y est pas fait la moindre allusion dans sa correspondance? Tout porte à croire, au contraire, qu'il vécut à Ferrare dans la plu* grande réserve; ne dissimulant pas ses opinions, mais nu cherchant pas it les produire devant les foules, agissant dans lu cercle de ses amis par le don de persuasion qui était eu lui, mais na faisant pas, à vrai dire, u'uvre de prosélytisme, su bornant enfin à cet apostolat littéraire (jiii était dans ses goûts, el auquel il serait sans doute pesté fidèle, s'il n'avait jamais eu qu'à

La personne qui devait sentir le plus directement son influence, c'était la souveraine, Itcuce de France. Fille du roi Louis XII et d'Aune de Bretagne, par conséquent cousine au second degré de François I", Renée avait pris modèle sur Marguerite de Valois, qu'elle appelait sa stcur. Sou ambition aurait été de faire de sa ville de Ferrare un autre Nérac au milieu de l'Italie papale. « Cette princesse, dit Brantôme, avait le cœur fort grand et haut. Je lui ai vu en Italie et à la cour gardée aussi bien sou rang qu'il était possible; et encore qu'elle apparût n'avoir pas l'apparence extérieure tant grande, à cause de la gâture de son corps, si est-ce qu'elle en avait beaucoup en sa majesté, montrant bien en sa grandeur et en son visage royal et en sa parade qu'elle était bien fille de roi el de France. » Suc la gelure de son corps, il y a différentes versions : selon les uns, elle était contrefaite; selon les autres, seulement un peu

replète. Mais t'ilc avait do beau* chevet» blonds,

des yeux bleus pleins de douceur, et surtout un esprit très orné. Marut, qui fut aussi mi de ses protégés, achève son portrait par les trois vers suivants :

»Rnfanl il" cii'l pur connaissance D* Celui <|ni liumn, File était contrecarrée dans ses opinions religieuses par son époux, le duc Hercule II, un fils de Lucrèce Borgîa, ei qui avait les mœurs italiennes du temps de la Renaissance; beau cavalier du reste, aimant les lettres, tournant même assez bien le vers latÎDi d< v.ii par habitude et par polilî([uc. Apcs avoir demandé la main de Renée pour s'assurer l'appui de François I", Hercule s'était jeté dans le parti de Charles-Quint. Les dissentiment entre les den\ époux éclatèrent seulement après le départ de Calvin. Hercule, après avoir renvoyé la dame d'honneur et deux dames de compagnie de Renée, lui enleva ses deux Qlles pour les mettre dans un couvent. Enfin il la lit citer devant l'Inquisition, et elle dut consentir à recevoir la communion catholique. Calvin écrivait, à ce sujet, à Farel, en 1554 ; « La duchesse de Ferraro a succombé, vaincue par les menaces et les outrages : que dire, sinon que la constance est rare chez les grands? » Après la mort àe s. m époux, en 1559, sur le conseil de Calvin, elle rentra en France, et son château de Monlargis devint un refuge des proscrits pendant la guerre civile qui commençait.

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■ de Cal

! lui C

leur de conscience, et il ne semble pas que, dans cette activité toute discrète et en quelque sorte hailiait?, il ail été inquiété par les autorités ecclésiastiques. Il est peu probable que son séjour se soît prolongé au delà île deux mois. De Ferrare, il retourna à Raie avec son compagnon de voyage. Ensuite Ou Tillet se dirigea sur Genève el s'y éùf Mil temporairement. Calvin, d'après ce qu'on peut induire de sa correspondance, se rendît à Paris, où il avait donné rendez-vous à sou frère Antoine et à sa Bceur Marie. Sun intention étail de chercher encore une fois une retraite paisible, soit à Haie, soit à Strasbourg, deux villes qui, sous l'Impulsion de la Réforme, devenaient de grands centres d'études. Mais, la guerre s'élant rallumée entre François 1" et Charles-Quint, et les routes de l'Est éiani couvertes de troupes, il prit un détour par Genève, où il arriva au mois de juillet 1536. Il ne voulait qu'y passer; mais sa présence fut dénoncée par Du Tillet à Farel, qui courut à son hôtellerie. Et alors eut lieu une scène mémorable, qui change;! brusquement les projets de Calvin et donna une direction inattendue à sa carrière.

H faut ici laisser la parole à Calvin lui-même qui, après des années, ne pourra parler encore de celte scène sans émotion. « Je fus arrêté à Genève, dit-il dans la Préface sur les Psaumes, non tant par lavis et la persuasion que par l'adjuration étonnante de Guillaume Farel, comme si Dieu m'eût saisi alors du ciel par un coup violent do sa main. La guerre ■n'ayant fermé le droit chemin pour aller à Strasbourg, je ne voulais que passer dans la ville en dili-

genre, ri y séjournant pas plus d'une nuit. Le papisme en avait été dus» peu de temps auparavant, Dieu a 'étant servi en cette oeuvre de ce bon

personnage et de Pierre Vire! ; mais les choies étaient encore en désordre; la ville était divisée en de malheureuses fartions. Un seul homme, lequel aujourd'hui s'est lâchement révolté, me fit connaître incontinent '. Là-dessus, Karel, tout hriilanl d'un /.êle incroyable d'avancer l'Évangile, déploya toutes ses forces pour me retenir. Et comtnd il me voyait avoir assez d'attachement pour mes études particulières, que je voulais continuer sans paraître, ne pouvant rien gagner par sis prières, il en vint ju. ques à l'imprécation, afin que Dieu maudit ma vie retii '<■ et mon loisir, si je tue tirais eu arrière, ne voulant lui aider en une telle nécessité. L'effroi que j'en reçus, comme si j'eusse été frappé du ciel, nie lit discontinuer mon voyage; en telle sorte pourtant

tr, sachant bien quelle était ma timidité ei mou meiir réservée, je ne m'engageai point à faire une ■laine charge. « Cette charge était la prédication et la fonction Btorale proprement dite. Calvin ne consentait ur le moment qu'à donner un enseignement ihéologique : c'était une dernière retraite qu'il se ménageait, mais où le fougueux Farel ne laissera pas de le poursuivre.

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