I. Du Tillel retour»» ileux an» ii[>nVsn AngouDme, ot abjura
Genève était tinc ancienne ville épisrupale, sortie du dém cm lire me ni de l'empire de Charlemagne. lïAtic sur les deux rives du IHhôtie il sa sortie du lac, elle commandait les roules qui relient la Suisse, la France et l'Italie, cl sa position centrale en faisait, malgré l'exiguïté de son territoire, un objet de convoitise pour ses puissants voisins. Les ducs de Savoie, l'État de Berne, les rois de France euxmêmes, lui offraient à l'envi leur protection. Mais elle savait ce qu'un tel mol voulait dire, et elle vivait dans la crainte perpétuelle des dangers qui menaçaient son indépendance.
Au temps où elle entendit pour la première Cois la voix de Farel, elle comptait à peine une quinzaine de mille habitants. Sur la colline qui borde la rive gauche du Rhône s'élevaient la cathédrale de Saint- Pierre et la maison municipale. Là battait le ecetir de la ville; là était le siège de sa vie politique et religieuse. Sur l'autre rive s'étendait le faubourg Saint-
Gervais, portant également son église principale à son point le plus élevé. Les deux quartiers étaient entourés d'un rempart, garni de bastions avancés et aboutissant au Rhône.
Le gouvernement était partagé entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil, qui furent souvent en désaccord, et qui finirent par se dresser en armes l'un vis-à-vis de l'autre.
D'après les anciennes franchises, codifiées en 1387, l'évéque était prince de Genève ; il battait monnaie ; il fixait les impôts; mais il n'entrait dans ses droits de souveraineté qu'après avoir juré sur le missel, dans l'église Saint-Pierre, de respecter les franchises. Il avait pour vassal le vidomne, ou vice-seigneur, installé dans son château fort au milieu du Rhône. Le vidomnat avait été inféodé au comté de Savoie en 1290; les comtes, puis ducs de Savoie le confiaient à un de leurs officiers. La charge du vidomne était de veiller à la sécurité de la ville; il avait aussi à exécuter les sentences prononcées par le pouvoir judiciaire, surtout les sentences capitales. Mais plus d'une fois il s'érigea en juge, exécutant ses propres arrêts.
Primitivement, l'évêque était élu, selon la règle ordinaire, par le chapitre. Mais, vers le milieu du xv« siècle, la cour de Rome s'empara de l'élection, et, à partir de ce moment, grâce aux liens d'amitié ou môme de parenté qui unissaient les papes à la maison de Savoie, leurs choix tombèrent, presque sans exception, sur des cadets de cette maison. On vit successivement plusieurs évêques très jeunes. Pierre de Savoie n'a que dix ans lorsqu'il entre en
Kl» CALVIN.
Ion ri ion, et il faut qu'un archevêque prèle serinent à sa place. 11 meurt avant d'avoir atteint 1 âge canonique, et son frère. Jean-Louis lui succède à l'âge de dix-sept ans ou de douze ans, car on soupçonne la bulle papale qui l'a nommé de l'avoir vieilli de cinq ans. Le pire de ces évèques fut le bâtard Jean de Savoie, fils d'un de ses prédécesseurs et dune courtisane, « un homme de cœur vil, dit la chronique de Bonivard, et qui n'avait pas grand égard de son honneur ni de sa conscience r. Jean cède ses droits temporels au duc de Savoie, et lui ouvre les portes de Genève. Les patriotes sont arrêtés, torturés, mis à mort. C'est alors (pie Bonivard subit sa première captivité 1 ; Bezanson Hugues s'enfuit; Philibert Berthelier, « qui ne laissait d'aller et venir comme devant, de telle sorti 4 que l'on eut dit qu'il ne fuyait pas la mort, mais lui courait après », fut « décollé » sur la place de l'île, devant le château du vidomne. Heureusement le duc de Savoie, mêlé aux guerres entre la France et l'Empire, avait d'autres intérêts à sauvegarder. L'évèque Jean, qui avait perdu toute autorité et toute considération, se retira dans son abbaye de Pignerol; il mourut en 1519. Jean de la Baume, qui lui succéda, homme mondain et grand amateur de bonne chère, ne lit que de courtes apparitions dans sa ville, où il ne se sentait pas en sûreté, et finit par ne plus y rentrer du tout. I/évèché de Genève s'éteignit, pour ainsi dire, de
1. .Vu château de Grolée, sur les bords du Rhône, où il fut retenu deux ans, et où il put prendre un nvuiit-tfmU de In captivité plus longue et plus dure qu'il subit plus tard au
Vtenuae CUillon, sa «seconde Passion >«, comme il disait.
lui-même, avant d'être officiellement supprimé. Il n'aurait peut-être tenu qu'aux évêques de conserver la ville au catholicisme, si, au lieu de s'appuyer sur l'étranger, ils avaient voulu unir franchement leur cause avec celle de la bourgeoisie. Les patriotes comme Bezanson Hugues et Philibert Berthelier ne demandaient pas autre chose que l'indépendance politique et la liberté civile sur la base des anciennes franchises. Trahie par ses évêques, toujours en butte aux incursions des bandes savoyardes, Genève se jeta dans les bras du protestantisme bernois. Dès lors, l'idée d'un schisme, devant laquelle les plus hardis avaient longtemps reculé, entra peu à peu . dans les esprits, et la Réforme apparut enfin comme l'aboutissement naturel et inévitable du mouvement libéral.
En même temps que la ville de Genève se rapprochait de la Confédération suisse, elle complétait ses institutions démocratiques sur le modèle de ses nouveaux alliés. D'après l'ancienne coutume, tous les citoyens et bourgeois se réunissaient deux fois par an en Conseil général, dans le cloître de la cathédrale, en janvier pour l'élection des quatre syndics, et en novembre pour celle du lieutenant de la justice et de ses assesseurs. Mais le Conseil général pouvait être convoqué en séance extraordinaire pour toute affaire importante, pour Ja sanction des lois, pour la ratification des traités. Aux syndics appartenait la justice criminelle; c'est entre leurs mains que les évêques prêtaient le serment de fidélité aux constitutions de la ville. Seize citoyens désignés par le Conseil général formaient, avec les quatre syndics en
les quatre syndics de l'année prir/ilim. , i le trésorier, ce qu'on appelait II- Pelil Conseil, 011 le Conseil étroit, ou simplement le Conseil; c'était une
sorte de e ité executif, auquel revenaient toutes
les affaires courantes, civiles ou politiques. Le Pettl Conseil pouvait dans certains < ;i- s adjoindre jusqu'à trente-cinq citoyens notables des différents quartiers; il devenait alors le conseil des Soixante '.
Cette organisation, assez compliquée, mais très souple, se prêtait an\ besoins variés et journaliers de la vie municipale. De plus, elle pouvait facilement s'adapter aux institutions des autres villes suisses. Le (i lévrier 151:1, la république de Genève c.oncliii. sa première oui bourgeoisie avec Friliourg; elle fut obligée de la dénoncer deux mois après, par suite des înlrigues de l'évêque Jean de Savoie; mais elle la renouvela en 1520, et elle entra en même temps dans la rombourgoisie de Berne. Uue conséquence des deux traites fut la création du conseil des Deux Ceuls, semblable à celui qui fonctionnait à Berne et à Frîhourg, un pouvoir intermédiaire entre le Conseil général ei le Petit Conseil, plus permanent que le premier, plus important que le second. Une partie des attributions du Conseil général, spécialement l'élection des membres du Petit Conseil, fut transférée aux Deux Cents. Désormais rien ne put se traitei 1 en Conseil général avant d'avoir passé devant les Deux Cents, ni en Deux Cents avant d'avoir été délihéré eu Pelil Conseil. Les pouvoirs
e du Petit Cow
c'est-ù-dire oui bourjjco.o ...
cilojuii ùtuit une lorto de douait buii
Étnil l'éservéa aux citoyens, hoiirgeois. Lu qualité do
lublies s'étageaient l'un an -dessus de l'autre;
affaires importantes allaient d'appel en appel dev.
des assemblées de plus en plus nombreuses, et la
décision finale était entre les mains du peuple. En 1527, les armes de Savoie Turent enlevées du ihâleau de l'Ile, et les fonctions du vidomne confiées
au lieutenant delà justice. Trois ans après, une petite ie secours envoyée par l'Yihourg et Ben
thassa devant elle les bandes de pillards qu'on appeau les chovalierfl de la Cuiller, et porta à son tour
a dévastation SOT le territoire ennemi '. Dés lors, mpture avec l'évéquc et avec la maison de Savoie n fait accompli.
Déjà, de temps à autre, des prédicateurs venus 3 France ou des cantons suisses avaient passé dans i ville. Le Conseil les laissait parler, aussi longtemps que leur présence ne devenait pas une occasion de rixe. Des prêtres aussi se déclaraient « partis de l'Evangile », quelques-uns, il est vrai, pour marier au lendemain de leur conversion, ceux selon l'expression de Calvin, ne voyaient le ist que sous la ligure d'une femme; mais d'autres laîent poussés par une conviction sincère, et devenient à leur tour dos apôtres do la foi nouvelle qu'ils ivaîenl embrassée. Enfin, en 1532, Guillaume Farel !itr;i en scène.
Né en 1489, fils d'un notaire de Gap, Farel avait é élevé dans les pratiques d'une dévotion étroite.
L'un d'eus, un juin- qn'i
1s liLmqu.'iiiî.'iil piiueuible,
m failli rrai que je lin
n* cette cuiller, noua aval
ève. ,> El tons, pour m
nfirmer son dire, avaient
cuiller en sautoir.
A Paris, où il était vi;mi faire se- éludes, Le Ffevrfi i'ÉtapIes lui avait fait connaître la Bible; et dès lors,
dit-il dans son Épttre ■'• tous seigneurs, il se serait cru erveillensemenl ingrat 81 méconnaissant, si
jour et nuit il n'avait pensé à un tel bienfait, s'il ne sciait etiq>Wc a tacher i|iie tous soient participants d'un tel et si grand liien, pour louer, servir et invoquer purement Dieu ». tl vécut pendant trois ans dans de cruelles angoisses, imaginant tons les biais pour concilier son respect pour l'Église avec ce qui lui apparaissait de plus eu plus comme claire el unique vérité; et, la crise terminée, il n'eut plus d'autre pensée que de publier partout la nouvelle dit salut gratuit par la Toi en Jésus- Christ, Il avait été attaché comme régent au collège du cardinal Le Moine; mais, ne pouvant dissimuler stfs opiiii"Ti>, et ne le voulant pas, il dut quitter Paris, tl retourna d'abord à Gap, où il apprit par expérience que nul n'est prophète en son pays. A Bile, il fut expulsé par ordre du magistrat. 11 eut plus de succès à Monthcliard, où il laissa un petit groupe de fidèles. Il passa ensuite nue année à Strasbourg, où il retrouva Le Fèvre, exilé connue lui. Enfin il se mit à parc ii' les districts romands sujets de Renie, prêchant partout, dans les églises quand il pouvait, sur les marchés quand on lui fermait l'église, ne reculant ni devant les injures ni devant les menaces, et souvent eu danger de mort. Petit et trapu, large des épaules, de figure osseuse et brune, l'œil ardent, la lèvre épaisse, la voix tonnante, Farel est le type de l'orateur populaire. Aucun de ses discours n'a été mais ses contemporains, favorables ou
être figui
rilE.MlF.ll SK.IOLI1 A EBNÈVE.
parlent unanimement du puissant eflfei qu'il iduisaii suc les masses, i Ses prières, dîl 'l'In'-i >— e de Rùze, Étaient si ferventes qu'on ne pouvait
entendre sans être ravi et pour ainsi dire élevé
[U*an ciel. >• Il improvisait, même quand il tenait
une plume, et toute visée littéraire était loin de son
esprit, II demande un jour à Calvin de lui corriger
quelques lettres, et il ajoute : « Ma tête est trop
j'ai été si longtemps Farci, que je ne puis plus
in autre en écrivant; je ne puis chasser tues
ires, mes barbarismes, mes soléeismes. » Il avait
publié, dès 1524, un Sommaire de la doctrine évan-
gélique : quand l' Institution de Calvin parut, il écrivit,
dans un avertissement nui lecteur* fi,li-fcs, que désor-
lis son « petit livret « était inutile, > que l'eau
:leste n'y tombait qu'à petites gouttes, taudis qu'elle
mlait en abondance dans l'Institution, et que de là
'y avait qu'à se transporter à la mer de toute
irîté, la Bible »,
iu mois d'octobre 1532, il est de passage à nève. Aussitôt les prêtres s'assemblent chez le I vicaire et le mandent devant eus. Farel pense .'est pour disputer, mais ou l'accueille par des au Rhône ! au Rlu'uie ! Les syndics ont beaucoup peine a le Sauver, et ses amis le incitent dans mie ■que, qui le conduit sur la rive septentrionale du en terre bernoise. Il revient au mois de décembre l'année suivante, sous la protection de Berne. prêche d'abord dans les maisons ; le nombre adhérents augmente; eultn, le dimanche i 1534, une foule le porte an couvent de l'installe dans la chaire du grand auditoire.
« El depuis, raconte un témoin, tous les jours du Carême, le dit Fanllus lii ses Bewnons en ladite église et chaire, les aprcs-dlnées, publiquement et au son de la cloche, étant veto eu homme séculier, avec une cape à l'espagnole et un bonnet à rebras ' . » Los magistrats de Genève hésitaient encore à se prononcer entre le parti protestant, soutenu par Berne, et le parti catholique, qui s'appuyait sur Fribourg. Enlin ou eut recours au moyen qu'os employait d'ordinaire eu pareil cas, une dispute publique. Elle dura du 30 mai au 24 juin L535; elle fui conduite principalement par Fare! et par son disciple Pierre Vircl, plus lard pasteur à Lausanne. Le catholicisme n'eut que deux champions à présenter, uu dominicain et un docteur en Sorbonne, qui se laissèrent battre. Farel, sur de lui-même et des idées qu'il défendait, aurait voulu une discus-
sion serrée, bien prieur de l'iainpah qu'il n'avait pas d'
Le S a
3 de part et d'autre. Le ni l'on s'adressa, répondit ; lettrés dans sou couvent <ere viras Hiierams . Celait . Farci continuait de prêcher, i l'entraîna à la cathédrale. Mais ni lui, ni les syndics qui réglaient ces assemblées no purent contenir l'élan populaire. Pendant deux jours, une foule composée d'hommes, de femmes et d'enfants alla d'église en église, brisant les images ou, comme on disait, les idoles, et répandait! les hosties. Dans le même temps, les bandes de pillards soudoyées par l'évoque cl par le dm
1. Procii île Baadickon de ta .Waiionneuiie, n 11 Lyon ta tSSi, publié paril. G. B«um; Gcntï.
infester les environs. Une troupe de secours accouru)
de Nettchatel, e( lys Bernois occupèrent la ville.
[ilée au dedans, la petite république élait encore
menacée au dehors, et son éreque se montrait son
mciliable ennemi.
Il fallait prendre une résolution. Le dimanche
21 mai 15.1(5, > au son des cloches et de la trompette,
ainsi qu'il est de coutume », le Conseil général
I s'assemble dans le clottre de Saint-Pierre. Le premier syndic présente un arrêt du Petit Conseil, déjà ratifié par les Deux Cents. L'assentiment est unanime, et le procès-verbal continue : « Sur quoi il i été généralement arrêté et, par élévation des mains en l'air, conclu et à Dieu promis et juré que tous, unanimement, a l'aide de Dieu, voulons vivre en celte sainte loi évangélique et parole de Dieu, ainsi qu'elle nous est annoncée, voulant délaisser toutes messes et autres cérémonies et abusions papales, images et idoles. »
l'nc seconde résolution, prise dans la même séance, complète la première. .1 Ici a aussi élé propre' l'article des écoles, et sur icelui, par une même voix, est résolu que l'on tache à avoir homme à cela faire savant, et que Ton le salarie tellement qu'il (misse nourrir cl enseigner les pauvres sans leur rien demander, cl aussi que chacun soit tenu envoyer ses enfants à l'école et les l'aire apprendre. »
Ainsi du même coup étaient instituées l'Eglise et l'Ecole. Mais l'Église manquait de toute organisaii"ii. Les conseils, à ce moment, représentent à la fois l'Eglise et l'État. La loi religieuse ne se dislingue en rien de la loi civile. Elle ne demande pas
;i Réforme, et avant s sont mis en prison
l'acquiescement de la conscience, mais la soumission de la volonté; elle esige l'ûlic'issance. Toute marque d'attachement a l'ancien culte, toute négîigenea dans le culte nouveau, est considérée cmiiine une atteinte à l'ordre public. Dans le mois dejuin qui suivit l'introduction officielle d l'arrivée de Calvin, deux prêtres pour avoir continué de célébrer la messe. Un conseiller, ancien syndic, est banni pour avoir fait baptiser son enfant par un prêtre; il l'ait amende honorable, et sa peine lui est remise. Un édit précédent avait enjoint â tous les habitants de la ville d'assister au sermon le dimanche ; il fut décidé que dorénavant une amende de trois sous sérail iulligée au \ récalcitrants, Le 24 juillet, un conseiller, nommé Iîalard, qui refusait obstinément « d'ouïr la parole de Dieu », est sommé do justifier son refus devant ses collègues. Il déclare que nul ne peut le forcer d'aller au sermon contre sa conscience, qu'il veut bien vivre scieur l'Kvaugilr, mais que personne n'a le droit de le lui interpréter. Le Conseil décide que si dans dix jours Iîalard n'a pas paru au prêche, il devra quitter la ville avec sa famille. La sentence ne fut pas exécutée.
Calvin n'eu! point à introduire la discipline ecclésiastique à Genève ; elle v existait avant lui, bien que souvent on en modérai les applications ; et Genève ne faisait que se conformer à l'usage des villes suisses. Partout aussi la discipline ecclésiastique entraînait la surveillance des moeurs. A Zurich, il était ordonné « que chacun, de quelque condition qu'il fût, homme on femme, maître ou serviteur, se rendit au moins
PBBM1RH sv.iiii .( A GBMÈVE.
lous les dimanches au service a l'heure prescrite ». Il était Interdit, sons peine d'amende, de jurer, de
jouer aux dés ou aux cartes. L'adultère était puni de la prison ou de l'exil. A Bille, la fréquentation de l'église élail obligatoire. Une ordonnance du Conseil de Berne, rendue eu 1")'2S. disait : « Les dis livres qu'on payait autrefois pour avoir mangé de la viande ou des œufs eu jour maigre, nous voulons qu'on les paye .1 l'avenir lorsqu'on se sera sonlé ou qu'on sera demeuré à boitv après neuf heures. » Dans les pays romands soumis à Berne ut voisins de Genève, la danse était prohibée, u à l'cvreplion de trois danses honnêtes un jour de noces »; les époux infidèles riaient mis an pain et a l'eau pondant cinq jours.
L'organisation de l'Église de Genève était d'autant. plus difficile que la ville elle-même venait à peine de Be constituer et que d'anciens levains de discorde y fermentaient encore. Les droits do l'évéque avaient passé aux conseils, mais l'évéque n'avait pas cessé' d'avoir quelques partisans |i;inni les conseillers euxmêmes. Iles magistrats étaient soupçonnés d'intrigue pour le compte du roi de France. Enfin Berne n'était pas tout à l'ail désintéressée dans la protection dont elle couvrait la jeune république. L'accord u'éuil pas plus complet en religion qu'en politique. La lié-for avait bien été volée en assemblée générale « d'une même vois », comme on disait; mais tons les assistants ne se rendaient pas également compte des obligations que ce vote leur imposai i. et pour beaucoup d'entre eus la Réforme consistait surtout à ne plus aller à la messe et i confesse.
■ Notre ville, dit un historien genevois, présen-
[ail une regret table analngii' avec les républiques italiennes du xv" siècle '. » C'esl peut-être donner trop d'importance aux querelles qui agitaient la ville de Genève nu moment de ["arrivée de Calvin; en tout cas, l'issue en était moins trafique que celle des luîtes entre Guelfes el Gibelins, < lidinaircuient, lorsqu'on tirait l'épêe, elle rentrait au fourreau à la voix d'un syndic. Les familles puissantes se jalousaient. Les magistrats sortants entravaient de leur mieux l'oeuvre de leurs successeurs. Comme la ville était petite, des conjmérajfes de quartier prenaient les proportions d'un événement] et il en résultait des scènes tapageuses dans les conseils.
Calvin était arrivé au mois de juillet 1536; il n'était encore, selon sa demande, que « professeur des saintes lettres dans l'Eglise de Genève »; il expliquait 1 après-midi les Epîlrcs de saint Paul dans la cathédrale. Le 5 septembre, Farel expose au Conseil « l'utilité de la lecture commencée par ce Français, et supplie qu'on s'occupe de le retenir et de le nourrir ». Ce Français, c'esl Calvin, mais son nom n'est pas mentioniiné sur le Registre, tellement sa présence attirail encore peu l'attention publique. On ne se lutta même pas de » le nourrir h, car ce n'est que le 13 lévrier suivant qu'on lit dans les procès -verbaux : « Ici est parlé de Calvinus, qu'il n'a encore guère reçu, el est arrêté que l'on lui délivre six écus soleil. »
Farel était considéré, à ce moment, comme le chef de l'Eglise genevoise, et il pensait depuis longtemps