‹ Calvin;Chapitre 26 sur 50 · EXIL KT RAPPEL · texte numérisé non relu

EXIL KT RAPPEL

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i Sadolet ramenai! les regards des

Genevois vers 1 h e qui confondait leur cause

avec la sienne, Mais c'était aussi, k un point de vue phis général, une justification do la Réforme. Fendant tout le siècle, les protestants n'auront pas d'autre réponse à donner à leurs adversaires. Vous nous taxez d'hérésie ? L'hérésie, c'est toute doctrine contraire à l'Evangile, c'est la vAtre. Vous nous reproche/, d'abandonner l'Église? C'est vous qui vous êtes éloignés de l'Église primitive, que nous voulons rétablir. Vous nous accusez d'ambition et d'orgueil? Voyez le peu que nous sommes, et de i. Mais quelles ambitions n'aurionsnous pas pu satisfaire, si nous étions restés avec , et de quel prix n'auriez -von s pas payé noire silence ?

le faisait rien pour hâter son science théologique, dans un s perpétuelles, lui donnait une le monde protestant. Il assista colloques de Haguenau, de Worms et de Hatisbomie, vaines tentatives de rapprochement outre des adversaires irréconciliables. C'est a la mférenee de Francfort, qui précéda le colloque de Haguenau, qu'il lit la connaissance do Mélanchton, avec lequel il resta en correspondance 1 , A Strasbourg même sa situation était celle d'un simple suffragant, Farel vendait pour lui les livres qu'il avait laissés à Genève. « En ce moment, écrit Calvin à Farel au

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Cependant Calvin retour à Genève. St temps do coutrovers grande autorité dai

1 et Luther

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e. Une seule letlrc

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son adresse.

116 CAl-vrx.

mois de mars 1539, je ne pourrais tirer un OS do ma bourse. J'ai des frais extraordinaires, et il faut cependant que je vive de ce que j'ai, si je ne veux pas tomber à charge à mes frères. Aussi, je no puis soigner ma santé, comme tu me le recommandes dans ton amour et ta sollicitude. >• Et un peu plus tard, répondant .i une offre de secours que Farci lui transmettait : « Que je reste nu que je parte, je suis menacé de soucis, d'ennuis, de difficultés. Il m'est agréable, je l'avoue, de voir mes frères si pleins de sollicitude [jour moi et prêts à subvenu 1 de leurs biens à ma disette, et je ne puis qu'être vivement touché d'un Ici amour; mais j'ai décide de 'ne pas user de ta bouté et de la leur, à moins d'y être contraint par une nécessité plus grande '. » Il prit des pensionnaires, des jeunes gens qu'il formait au saint ministère. « Combien que (quoique) je sois jeune, dit-il dans une lettre, toutefois, quand je vois ma débilite cl indisposition de mon corps, j'ai soin de ceux qui seront après nous, comme si j'étais déjà vieil. » Au commencement d'août 1540, il épousa Ideletle de Bure, la veuve d'un anabaptiste qu'il avait converti. Si, selon le vieil adage, la meilleure femme est celle dont on parle le moins, Idelette doit avoir eu des vertus, car on no sait à peu près rien d'elle, File était, selon Farel, « probe et honnête, même belle ». Sa vie parait avoir consisté à aider Calvin dans les devoirs journaliers du pastoral, la visite des pauvres et des malades.

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BXIl HT RAPPEL. 1

Calvin était au colloque de Ralisbonne, au coi icement de 1541, quand la pesle ravagea i son. Deux de ses élèves moururent, el il craignît i' les jours d^ sa femme. Ce lui une de.' lui liront hàier sou retour. L'autre, c'étaieal I nouvelles qui] recevait de Genève.

A Genève, après le départ de Calvin et de l'acrl, la vie avait repris son cours ordinaire. La surveillance des mieurs ne se ralentissait pas; on continuait de mettre à l'amende ou en prison ceux qui refusaient d'assister au prêche on de se présenter à a Cène, aussi bien que les joueurs, les blasphémales auteurs de tapages nocturnes. < >n ne cessait de sévir contre « toutes œuvres papistiques » : dire ou entendre la messe, porter des chapelets, avoir des images de sainteté dans sa maison, mettre une croix sur sa porte '. Les deux exilés avaient

C'est en l'absence de Calvin, le iî février t&W, que du

Jne ! ordouiiulicc suivante, i|ilî vuppcliiil cl

On vous fuit assavoir ù toutes muniiTes do gens que un :'uii «oïl tenu do venir les diiuunch.es ouïr In pnrole de i et Ici* mitres jours qn ils [lourronl vaquer, el idelle oleinenl limiter cl. selon icelle se repir, el i'r sus la |n'ine d'être repris par justice.

i, que nul ne doive jurer ni blasphémer le nom de ce sus lu peine lu prenn'irc luis buiser terre, la •conde baiser terre et trois sous, et lu titrer d'être mis en

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gardé des partisans dans la ville, assez nombreux, maïs surtout très décidés; o» les appelait les Cuillermhts, du prénom de Guillaume Farci : on ne disait pas encore les Calvinistes. Calvin et Farci, le premier moment d'irritation passé, leur conseillaient très loyalement et très chrétiennement de se ionmettre à leurs nouveaux pasleurs. Ceux-ci ne manquaient pas de zèle; mais leur autorité était de trop fraîche date pour ipic la succession dont ils étaient chargés ne leur parût pas trop lourde. Dès le mois de décembre, ils olli'ii'ciit leur démission au Conseil, qui la refusa. Antoine Saunier, le directeur du collège, se relira, malgré les avis de Calvin, pont n'avoir pas voulu distribuer la Cène, le jour de Noël, selon le rite bernois; on lui donna un successeur qui ne le valait pas, qui se lit mémo réprimander pour avoir battu un élève jusqu'au sang. Ainsi tous les rouages ndministrnlif.s fonctionnaient;

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e heure».

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i, ne chanter clumsi>ns déslinnnètc-s ni se c masques ni môineriea, et ce sus 11 peine cl d'être mis en prison trois jours nu pain i ihiii un fniaant du contraire, i chacun soit tenu de révéler a messieurs u'on uurn trouvés liulinqunnts nu* nrticle»

J'.XIL ET RAPPEL. 119

sentait bien qu'une grande force morale avait disparu. Ce •[ni n'avait pas changé, e"était l'esprit tortillent de la ville. On se mulinait pour un rien, sauf à se laisser réprimander ou punir; on lassait vingt-quatre heures eu prison, cl 1 on recommençait le lendemain les mêmes escapades.

Le parti qui était au pouvoir s'appuyait sur Berne. I semlil.i donc au\ conseils que le moment était favorable pour régler définitivement avee. leurs fidèles eotnbourgeois une question qui était pendante depuis lâliCi. Il s'agissait des droits de souve-

inelé el de juridiction sur quatre ou cinq villages situés .sur la rive gauche du Rhône, qui avaient ■élevé autrefois du prieur de Saint-Victor, ou qui faisaient partie des domaines de l'ancien chapitre. Ces villages étaient enclavés dans les possessions de Berne, qui comprenaient alors le Chablais, le pays de Gex et le Vaudois, et qui enserraient ainsi tout le lac Léman. Les Bernois, qui avaient prêté main-forte aux Genevois contre leur évoque, n'entendaient pas renoncer au pris de leur intervention. i Genevois, de leur côté, n'aimaient pas à voir une puissance quelconque, même une coiriliourgeoisie, s'installer devant leur porte. Ils envoyèrent à Berne, au mois de mars 1539, trois délégués, dont un seul, Jean Lnilin, savait l'allemand, qui était alors la langue de Berne, comme elle l'est encore aujourd'hui. Les deux autres prétendirent plus lard que leur bonne foi avail été surprise. En tout ras, Lullin parait avoir été le principal négociateur d'un traité en vingt et un articles, rédigé en allemand, el qui consacrait à peu prés toutes les revendications de

Berne. La seigneurie de Genève refusa de reconnaît: le r lEiitc. Le Conseil général, dans une séai geusc, intenta aux Irais délégués un procès en trahison. Mais le lieutenant chargé de les arrêter mit une lenteur peut-être calculée à oxéculer ses ordres. Ils quittèrent la ville, furent condamnés par contumace à avoir la léle tranchée, et l'entrèrent en grâce quatre ans après. Oïl les appela les Articulants, ce dont le peuple fit les Artichauts, et ce nom s'étendit ensuite à tout le parti. Ce fut dès lors, entre Artichauts et Guillermins, une lutte d'invectives et de dénonciations, jusqu'à ce qu'on en vint à la guerre

Le lendemain du jour où l'arrêt des Deux Cents avait été promulgué, le dimanche (î juin 1540, nue rixe éclata au sortir d'un banquet. On courut aux armes. Il y eut deux hommes tués, et un troisième mourut de ses blessures. Les Guillermins Unirent par avoir le dessus. Le capitaine général Jean Philippe, du parti des Artichauts, au lieu de séparer les combattants, comme sa l'onction le lui commandait, lit le coup d'épée pour les siens. C'était un homme riche, « un riche pas chiche », dit Bonivard, prodigue de sa bourse et de sa vie, brave et emporté, et grand coureur de tavernes. Le vent populaire tourna brusquement contre lui-, ou lui lit son procès, et trois jours après il eut la tète tranchée. Une enquête fut ouverte contre les meneurs de la faction vaincue; les plus compromis quittèrent la ville. Les pasteurs eux-mêmes ne se sentirent plus soutenus; on trouva bientôt, dans cette ville où tout le monde était théologien, qu'ils ne prêchaient pas le

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lut!

EXIL ET BAPPEL. lîl

r Évangile; l'un d'eus présenta sa démission aux le août; l'autre partît, sans prendre congé, 20 septembre suivant,

Dès le lendemain, le Petit Conseil chargeait un le ses membres, Ami Perrin, « de trouver moyen ne pourrait pas l'aire venir maître Calvin », iéjà précédemment, à mesure que les Al'lï-

auts perdaient de leur crédit, on l'avait fait pressentir par ses amis. Calvin se détendait, et s'il n'avait consulté ijne son goût, il aurait refusé. Au

mois d'avril lô.'il.t, lorsqu'on ror cneaît à parler de

la possibilité d<: son retour à Genève, il écrivait à Farel qu'en tout ras il ne reviendrait ijue si on les rappelait tous deux, qu'autrement on aurait l 'air de lui faire une grâce, que eu serait une satisfaction donnée à sa personne h lui, mais non à leur eause commune. Il tremblait à l'idée de se replonger dans gouffre ». A Strasbourg, disait-il, il avait bien des luttes à soutenir, mais c'étaient de ces

;tes qui exercent et stimulent, et non de celles qui lassent et découragent. Il engageait donc r'nrel à s'opposer de toutes ses forces au\ démarches qu'on voulait faire pour lui. 11 écrivait dans le même sens à Virel : « Tu me dis d'aller à Genève : lu devrais dire, au supplice [ad crucern). Il vaudrait mieux périr d'un coup que de passer par cette chambre de torture [in Ma. carniftema). »

Le 13 octobre 15'i0, l'imprimeur Michel du Bois est chargé par les Deux Cents de se rendre à Strasbourg, afin d'obtenir le retour de Calvin. Celui-ci répond ■ qu'il ne veut eu aucune manière défaillir à l'Église de Genève, mais qu'il a assumé â Stras-

bourg une charge qu'il ne peut abandonner Légèrement ». Il ajoute que pour le moment on l'attend à Worms, et il conseille d'appeler Viret Je Lausanne. Kn mémo temps il explique le fond de sa pensée dans une lettre confidentielle à Farci. Après avoir dit combien il redoutait de reprendre un fardeau dont il se crovail déchargé à j;imaia, il se demande si, malgré ses efforts, son ministère ne sera pas frappé d'impuissance. Il connaît trop bien le tempérament des Genevois : pourra-t-il lea supporter encore, et euv-mémes le supporteront-ils longtemps? Sera-t-il secondé par ses collègues? n'aura-t-il pas à les combattre? Enfin, si toutes les autres difficultés s'aplanissent, n'a-l-il pas désappris lui-même, dans sa petite Eglise de Strasbourg, l'art du gouverner les foules? Cependant, ce qu'il désire avant tout, c'est le bien de Genève, et comme il se défie de sa propre inclination, il s'en remettra au jugement des pasteurs de l'Eglise suisse.

A Worms, il est rejoint par un nouveau message, plus solennel et plus pressant, qui lui est présenté au nom des trois conseils par l'un des Deux. Cents. Le porteur du message avait recueilli, en passant, l'avis des pasteurs cl: des Conseils de Neuebàtel et de Berne, qui joignaient leurs instances à celles des Genevois. Bftle, Zurich, Strasbourg, se prononcèrent dans te même sens. Un argument qui revient souvent sous la plume des correspondants, c'est la position exceptionnelle de Genève, qui doit devenir un poste avancé de la Réforme du coté de la France et de l'Italie, un refuge pour les persécutés, un centre de rayonnement pour les missionnaires; et l'on pense

Ajir

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le deviendra sûrement sous la ma :s l'échec Ju colloque de Ratisboi

i de Calvin.

ie, lesder-

? Insinuions de Calvin on! dis para. Farel trônait qu'il avait déjà trop lardé; il venait encore de lui

îsser une » noation, dont le leMcest perdu, maie

I te contenu se devine par la réponse de Calvin.

u es effrayant, écrit celui-ci le 1" mars 1541..

■ les Foudres que tu lames, je ne sais pourquoi.

sais bien que si j'ai redouté cet appel, je n'ai

ais eu I intention de m'y soustraire. Pourquoi

c le jettes-tu sur moi avec une telle impétuosité,

jusqu'à me menacer de la perte de ion amitié? »

Calvin rentra à (.îenève !e l-'î septembre 15'i(. Des

istoriens moins soucieux de la vérité que du pitlo-

;sque lui ont l'ail, faire une entrée triomphale.

'lu'oclore de liè/e dit simplement ■ qu'il lut reçu dfl

inguliùre affection par ce pauvre peuple reconnais*

l faute ». Les Registres disent plus simple'

icnt encore « que Jean Calvin, ministre évangé-

i vi- de Strasbourg, qu'il a remis an

Conseil des lettres de la pari des magistrats ei des

rédicauls de Strasbourg et aussi de Berne, qu'il

Misé de ses longs retards, et que, cela l'ail, il

i demandé 1 qu'on rédigeât des règlements pour

l'Église et qu'on désignât quelques membres du

Conseil, pour qu'il pût conférer avec eus ». Calvin

ingeail si peu à se prévaloir de son succès, qu'il

n'était pas très sur du lendemain. Il ne demandait

i profiter du bon vouloir des pouvoirs publics

pour procéder immédiatement à l'organisation de

ORGANISATION DE L'Éfil.ISt DK IIKM-VK

Ce c'est pas sans appréhension que Calvin rentrait à Genève. Il aurait pu être séduit par la pensée de jouer un rôle, de devenir, connue on l'a dît, le poniife d'une Rome protestante. Cette pensée éiait loin de son esprit. Il ressort clairement de sa oOTrespondanec qu'il obéissait, et même qu'il obéissait à regret à la voix de son Église, Il était sincère quand il écrivait à Farel : « Mon état d'âme, le voici : si j'avais le choix, je ferais tout plutôt que d'obéir à ton désir; mais je sais que je ne suis pas le maître de moi-même, et j'oH're mon cœur en sacrifice a Dieu. » Il était sincère aussi, lorsqu'il parlait, comme cela lui arrive souvent, de sa « timidité », de son « manque de courage ». Calvin n'était pas un ambitieux, si toutefois l'ambition est un désir immodéré du pouvoir ou de la renommée. La seule ambition de sa vie, « vaquer à l'étude dans quelque honnête et libre condition », il n'a jamais pu la réaliser. Il u'élail même pas ce qu'on appelle

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