DE L'ÉGLISE DE GENÈVE
nissemenl, a le traitant gracieusement, attendu la requête des seigneurs de Berne el sa longue détention ». La sentence était d'autant plus douce, que Bolsec n'était pas citoyen de Genève et ne demeu-
L même pas sur le territoire de la république. Il conserva des partisans dans la rille; quelques-un allèrent même en prison- Plus tard, il rentra dans l'Église romaine, el, comme gage de son retour, il publia contre Calvin un pamphlet calomniera auquel il ne sut même pas donner un air de vraisemblance'.
A coté des grands proies, les petites affaires suivaient leur cojirs, C'étaient tantôt des citations devant le Consistoire avec renvoi devant le Conseil, tantôt des refus de comparaîtra punis de prison. Les collègues de Calvin abusaient parfois du droit de réprimande publique que leur conféraient les Ordonnances; quelques-uns d'entre eus donnaient même prise par leur propre conduite. Au reste, pour bien des gens qui gardaient le souvenir de l'ancienne Genève, les ministres n'étaient que des novateurs importuns et des étrangers. Le Conseil, de son enté, maintenait jalousement ses droits, et continuait du se considérer comme l'autorité suprême à la fois dans l'Eglise et dans l'État; il lui arrivait s de régler les heures du service religieux. Il ne se passait presque pas de jour sans que Calvin eût à faire valoir une réclamation ou une plainte. II usait en de stériles disputes sa patience, son
1. Voir Henry Ko«y, Prneèi i/e Jcriîmc Boitte publié d'âpre» les documente originaas, (.ienève, lHtiâ. — Les Actes du ]>rucè« ie VIII des Œuvres de Calvin.
temps, sa santé. Dans ses moments de tuent, il s'épanchait dans le sein de son Au mois de décembre 1547, répondant que Farel avait donnés a son opuscule su du concile de Trente, il écrivait : o Me Commence a me plaire, depuis i[ue tt
lecou rageuni Farci.
Ils éloges les Ni'ii'.- 1 Antidote las tant approuvé; car d'abord j'en étais peu satisfait. Toi
exercent ma patience ou plutôt qui l' épuisent, tu
excuses sans doulo les endroits faibles de won écrit ; et moi-même je ni étonne de pouvoir produire encore quelque chose qui supporte la lecture. Tu nous exhortes, mes collègues et moi, a persévérer et à ne point faiblir dans notre tâche. Quant à moi, ni les désagréments ni les dangers n'abattront mon courage. Cependant , dans la confusion où nous sommes plongés , je ne sais souvent quel parti pjendre, et alors te voudrais que Dieu m éloignai de ce poste. Un vteu insensé! diras- tn. Mais Moïse, ce modèle admirable de patience, ne se plaint-il pas de ce qu'un fardeau trop lourd lui a été mis sur les épaules ?.., Si tu pouvais me réconforter par ta présence ! » Farel, en effet, vient de temps en temps a le réconforter h ; il emploie même pour lut le crédit qu'il a conservé dans la ville. Un jour, à propos d'une lettre interceptée, écrite par Calvin, et sur laquelle on lui demande de s'expliquer, Farel paraît devant les conseillers et leur représente « qu'on ne devrait pas faire répondre ainsi Calvin, que Calvin ne cherche que le profit et le salut de la ville, que c'est l'homme le plus excellent en savoir qui soit, qu'il a remontré leurs fautes à beaucoup
organisation de l'église de rbhbve, 149
de personnes, même a Luther cl à Mélanchlon, par conséquent il ne faul point croire un las de gens mal coroplexionnéi, venant par les tavernes dire du mal de lui et des magistrats ».
Farel- pensait sans doute que lu ville de Genève n'appréciait pas assez l'honneur d'avoir dans son sein le défenseur attitré du protestantisme en Kurope. Le dur de Somerset, protecteur d'Angleterre sous la minorité d'Edouard VI, avant voulu, en 1548, constituer l'Eglise anglicane sur le modèle de la Réforme suisse, Calvin lui envoya des instructions détaillées sur l'organisation du culte et de la discipline. La même année, il écrivit une réfutation de ['Intérim d'Augsbourg, celte n H ('-formation bâtarde >• sur laquelle Charles-Quint prétendait édifier la paix de l'Eglise. Pour l'impression, il fallait l'autorisation du Conseil. Un syndic et un conseiller furent donc chargés de vérifier si l'écrit ne contenait « nul blâme eonlre les princes ». Au mois de décembre, Calvin écrivait à l'arel : s La publication de mon pu-mie a enfin été permise, après que j'eus fait onieàbeauroup de conseillers de le m s hésitations 1 .»
■ni Colvi
h 1. Aux jirroccupuliuiii dp toute sorte qui usai ■'ajoutaient de- s soucis domcstiiniea, hleletl« di donné, le 58 juillet 15'i2, un fils qui vécut peu aejam, M depuis elle n'avait plus retrouvé su santé, Elle miuitut le 2U mur* 1649; Calvin écrit a Ful'el le 2 uvril suivant : » Je foi» tous mes efforts pour ne pus être anéanti par le clingrin. Mes omis in'culoureiil et font ImiL te qui >'.~l possible pour apporter quelque soulagement à ma souffrance. » Et 6 "e lu lettre : • Main ter
inquer
. Bien plus
liibaU, .
ISA cai.yix.
Dans celte guerre d'escarmouches entrecoupée do
gr ta tombais, on s'étonnerait si Calvin, avec le
tempérament qu'on lui connaît, avait toujours gardé son sang-froid. El l'on comprend aussi qu'il ait parfois repoussé avec un geste superbe certaines attaques contre lesquelles on l'obligeait à se défendre . I n ancien moine, natif de Genève, nommé Jean Trolliet, qui avait vainement cherché à se faire agréer comme pasteur, et qui avait fini par être notaire, reprit, à un ait de distance, la thèse de liolsee sur la prédestination. Il fut plusieurs fois confronté avec Calvin, se montra faillie dans 1 argumentation, mais ne voulut jamais se déclarer convaincu. Enfin le Conseil demanda aux deux adversaires de mettre leurs arguments par écrit. Calvin commença son mémoire par ces mots : « Premièrement, Messieurs, quant à ce qu'il appelle son écrit soutènement de la dispute qu'il a eue contre moi, je ne sais à quoi il prétend, ni à quel propos il dit cela, sinon pour acquérir réputation envers les ignorants de ce qu'il aura disputé contre Jehan Calvin, » Trolliet en fut quitte pour « reconnaître sa faute et toucher la main de Calvin » ; il fut nu' nie déclaré, sur sa demande, « homme de bien et bon citoyen ».
Le crédit de Calvin baissait à Genève, pendant que son autorité grandissait en Europe. Les élections de 1553 lui furent décidément défavorables. Ami Pcrrin devint premier syndic et fut continué dans sa charge de capitaine généra!. 11 réunissait eu sa personne, comme un empereur romain, les plus hautes fonctions de la république. Il y eut alors un
OntîANTBATIOK m: LEGLI8E DE CKNEVE. 161
parti perriniste, qui attira lous les mécontent C'est sous l'administration de Pétrin, c'est-à-dire sous un gouvernement hostile â Calvin, que s'um r-î i te procès de Michel Servci. Mais Servfil n'eul paa
lien tic s'en féliciter, l'our être récalcitrant à la discipline, on n'en Était pas moins orthodoxe; on tenait même d'autant plus à le paraître. Les avis pouvaient se partager sur la prédestination : c'était une doctrine qui passait pour essentiellement calvinienne, bien qu'elle lut inscrite dans la confession de foi; clic avait, du reste, quelque chose d'insondable et de mystérieux qui effrayait les Ames. Mais le jour où Scrvet avança une opinion qui heurtait un des dogmes fondamentaux de l'Eglise, il trouva devant lui Calvin, le plus redoutable des contradicteurs, et, parmi les ennemis de Calvin, aucun ne se leva pour le défendre.
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Michel Servet, ou, de son nom complet, Miguel Serveto y Rêves, était né, selon les calculs les plus probables, en 1511, le jour de la Saint-Michel, c'està-dire le 29 septembre, ;ï Tudela sur l' libre, dans le royaume de Navarre, alors occupé par Ferdinand le Catholique. Revès était le nom de sa mère, d'origine française; il la perdit sans doute dès l'enfance, rai il n'est plus jamais question d'elle dans la suite. Son père était un notaire originaire de Villanova dans l'Aragon; c'est en souvenir de lui qu'il s'appela dans ses derniers écrits Michel de Villeneuve. On lui apprît de bonne heure le latin, le grer et même les éléments de l'hébreu. Puis on l'envoya à l'université de Saragosse, alors la plus renommée de l'Espagne, où il s'appliqua surtout au* mathématiques, à l'astronomie, enfin à la géographie, .i laquelle les découvertes récentes ouvraient des horizons nouveaux. A dix-sept ans, il vint à Toulouse; il devait étudier le droit, en vue de sa carrière future; mais il lui arriva ce qui était arrivé à Calvin : la théologie l'enleva au
LE l'IttlCKS l>E SEItVET.
droit. Une; Iïib!e lui tomba entre les mains, et il décida qu'il ne Ferait plus désormais que sonder ee > livre descendu du ciel, source de toute philosophie i'i Ai- tonte science ■■.
Ainsi le point île dépari de Servel est le même que celui des réformateurs; mais la préparation a été toute différente, Servct n'a été destiné à aucune fonction ecclésiastique; il a été formé à l'école des Bciencea exactes. Il ignore encore les Pères de l'Église; il ne les connaîtra jamais à fond, et plus tard Calvin le réfutera sans peine dans les témoignages qu'il en tirera. Il n'a subi en aucune manière Ht! Il il on ce de la théologie scolastique. Il entre de plaîn-pied, pour ainsi dire, dans les Évangiles, et qu'y troOTO-t-îlf Un Christ qui se dit fils de Dieu, en raison de son union intime avec Dieu, mais qui ne demande aucun acte d'adoration pour lui-même, un Christ qui marche au milieu des hommes comme un de leurs semblables, qui console, soulage et guérit, et qui amène les siens, par la sanctification de leur à la même union intime avec le Pfert céleste. Il lui sembla que le Christ métaphysique, imaginé par les théologiens, la seconde hypostnse de la divinité, [l'était qu'un masque trompeur dont on rouvrait le Christ véritable, le Christ homme parmi les hommes, qui avait offert sa vie en sacrifice pour le salut de es frères.
Il est probable que Scrvet, dans la ferveur de son premier enthousiasme pour la Bible, esquissa dès lors Cfl livre qu'il publia quelques armées plus tard
■ les Erreurs de lu Trinité. En 1520, c'est-à-dire au après son arrivée à Toulouse, il entra comme
secrétaire au service de Jean de Quinlana, chapelain cl cnsuile confesseur de l'empereur Cliarles- Quînt. 11 lii avec lui un voyage en Italie pour le couronne nt de l'empereur à liulogne. 11 assista a Li
diète d'Augsboui'g, el il conféra avec les docteurs luthériens, uns pouvoir s'entendre avec eux. ("Erolampade lui dit dans une lettre : « Ta confession à toi la voici : il y a un Dieu unique et tout-puissant, absolument simple et nullement composé, qui par sa Parole et son Esprit a créé et corroboré toules choses : il dit et elles furent, il commanda et elles existèrent; et il y a un Seigneur unique, Jésus-Chrisl, (ils de Dieu, engendré par la Parole éternelle du Père, el qui a élé constitué par lui comme nuire
Sauveur » C'est, en effet, ce que Serve! croyait ;
mais Gicolaïupade ajoute : « Nous aussi nous professons un Dieu simple dans sa nature et nullement composé; mais dans celte nature toute simple nous reconnaissons trois livpostases, dont la diversité ne porte aucun préjudice à sa simplicité. Nous disons, nous aussi, que toutes choses ont élé créées par la Parole et l'Esprit de Dieu ; mais, pour nous, la Parole et l'Esprit sont coéternels au Père, et nous ne répugnons pas à dire que t'est par son lils qu'il a rivé tontes choses. Nous professons, nous aussi, un seul Seigneur, Jésus-Christ, lils de Dieu, conçu miraculeusement par l'opération du Saint-Esprit, mais déjà lils de Dieu avant sa conception; car quoiqu'il ait commencé à être lils de Dieu comme homme, il Tétait déjà antérieurement comme Verbe '. «
s.J..- Ciùvi,:
LE PIKICEft lllï SRRVET.
Ainsi à peu près s'exprimai! le symbole <]•• Ni< i e. ijui \eui an'on croie au Fils, « ron substantiel an Père, engendré par lui, mais non créé, par lequel toutes choses soûl devenues, el qui est descendu du ciel pour nous sauver ». La contradiction intime qu'impliquait Hdée d'un Dieu unique en trois personnes, d'un fils (|ui a été engendré et mm créé, et ijui a existé avanl d'avoir été engendré, n elfrapii pas plus les réformateur» qtt'elk n'avait effrayé les docteurs du moyen à<*e. Nous appelons contradictoires deux termes entre Lesquels nous ne pouvons concevoir aucun lien. Or la loi, qui aime le mystère, suppose volonliers que ce lien existe, mais qu'il échappe a notre courte vue. La contradiction, loin de la déconcerte]', ia séduit et l'attire. De là, I adage connu : Credo ouia absurtlum. Le dogme de In Trinité était un de ces mystères <|ue les réformateurs enteudaieul conserver à l'Église nouvelle. Il répondait même à leur propre idéal religieux. Le luit de
b ftéforo était-il pas d'établir un rapport aussi
direct, un lien aussi intime que possible entre l'homme et la divinité ? A re point de vue. la Rédemption c'était Dieu descendu sur la terre, el la divinité de Jésus- Christ c'était l'homme élevé jusqu'à Hieu, devenu ronsubstaiiliel à Dieu. De plus, les réformaleui's, peu poi'lés ans spéculations abstraites, étaient plutôt conservateurs pour tout ce qui ne tenait pas directement à la reforme des insurs. Tout en déclarant qu'ils n'admettaient d'autre autorité que la Bible, ils comprenaient volontiers les trois premiers siècles dans le cercle des léinuignages qu'ils invoquaient : c'était une concession qu'ils faisaient
lithologie catholique. Servet leur reprochait cette
c lesBÎon comme une inconséquence; il voulait
s'en tenir au Christ réel, visible et palpable, des évangiles, qui est Dieu n non par nature, mai* par grâce, parée que le Père la sanctifié' ».
Quand la diète se fui séparée, Servel résigna sa charge de secrétaire, soil qu'un travail régulier et souvent fastidieux répugnât à son libre esprit, suit que ses opinions, qu'il ne cachait pas, déplussent à sou maître. Vers la fin de l'année 1530, on le trouve à Baie, et ensuite ;i Strasbourg. Au eo m m en ce ment de 1531, il lit paraître à Ilagtienau en Alsace son ouvrage en sept livres sur les Erreurs de la Trinité 1 . Il avait vingt ans; il était fort jeune pour se prononcer sur une matière aussi grave. De plus, la rédaction ayant été plusieurs fois interrompue, il en résulta que, si la partie polémique est vive et pressante, la doctrine resta quelque peu flottante d'un livre à l'autre. Il n'y eut qu'une voix, parmi tes protestants comme parmi les catholiques, pour condamner l'ouvrage et pour jeter l'anathème sur l'auteur. Quintana, malgré la protection qu'il avait accordée jusqu'alors à Servet, ne fut pas lo dernier à protester contre « celle pestilence ». Servel publia encore l'année suivante deux dialogues sur le même sujei 2 , pour répondre à quelques objections, s'expliquer plus nettement sur certains points, atténuer ça et là un passage, faire enfin au parti protes-