‹ Calvin;Chapitre 35 sur 50 · CU.VIS · texte numérisé non relu

CU.VIS

Conseil ne fil aucune réponse à ce cri d'augnilu colère cl le désespoir arrai liaient au prisonnier. Serve! pouvait encore espérer que la consultation demandée aux Eglises suisses inclinerait l'esprit de ses juges u la clémence. I nr consultation de ce genre, lors du procès de Bol sec, avait profita - à l'accusé. Mais il ne s'agissait alors que du dogme de la prédestination, qui pour la plupart des Eglises n'était pas un article de foi. Servet, au contraire, en l'attaquant aux idées traditionnelles sur la divinité de Jésus-Christ, semblait ébranler les fondements mêmes de la cluviienlé, et, en condamnant le baptême des enfants, il donnait la main aux anabaptistes, quoique dans tontes ses déclarations il eût iTponssé toute solidarité avec eux. On comprend ainsi que les autorités civiles et ecclésiastiques des quatre cantons se soient accordées pour le flétrir et pour appelée sur lui la rigueur du tribunal de Genève. Les réponses ne contenaient aucune indica-

tion sur la nature de la peine, i :: elles approuvaient d'à

s par leur contenu e sinon une sen-

tence capitale, du

i toute répression sévère.

Les pasteurs zurichois disaient même que la Providence avait donné aux Seigneurs de Genève une occasion unique de laver l'Eglise prolestanle du reproche d'abriter dans son sein toutes les hérésies. Le messager qui avait été chargé de recueillir les réponses des cantons rentra a Genève le 1!> octobre. Le 26, les juges, .( avant Dieu et ses saintes Ecritures devant leurs yeux, disant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », condamnèrent Michel Servet à être < brûlé tout vif avec son livre tant

LE l'IiOCKS 'DE SERVET.

■ sa iiiEiin i|ii 'imprimé ' ». Cin<[ mer , sur vingt-cinq, manquèrent à la s ce jugement lui rendu. Le même jour, Calvin écrivit à Farci : « H H été condamné sans débat. Demain il -sera conduit au supplice. Noua nous sommes efforcés de luodilicr In peine, mais inutilement. » Calvin,

lepuis la séance do 17 août, désirait la mort de Servet, mais il aurait voulu lui épargner l'horreur du bûcher. I. Ii" en lui, n 'tait pas cruel, mais

e théologien était impitoyable*.

La sentence lut exécutée le lendemain, vi.tk deint heures de 1 après-midi, sur le petit plateau de Champel, i|in lotiin aujourd'hui un des faubourgs de la ville Dana la matiin e, Calvin, sur la demande de Servet, alla lu voir dans sa prison. Servet « lui

s exemplaires de le Restitution nitl échappe nu feu; ... ..cuvent l'un n In Bibliothèque imti.mule île Pari*, lutitrc ii In Bibliothèque Impériale de Vienne, la troisième {auquel manquent [e litre et les leile premières pages) à lu bibliothèque .le I université d Êdimbaurg. Tollin, le conscien- ' " torien de Servet, suppute que le premier exemplaire - «... ,i Colludon. l'uv.u-ut do Nicolas île la Fontaine; les passages incriminés sont soulignés.

!, ■ .1 satinais, j le dissimule pas, qn il était de mon

ir de réprimer, aillant qa il éliiil en moi, un liommc

voyons avec quidlc licimrc 1 impiété exerce bps rnvnge».

mime l'erreur pullule de toutes ports; et nous s, sa

ins île lapalliie de crus que Dieu a armés du irlnive pour venger riamneiir di uiventuvec tant d'unimi tilious, les magistrats „,™ aollesse, quand il s'upil d<- pmleger la vérité, » [Lettre à ' t, du SI septembre 1àâ3.) — C'est d'une logique ian.n- )le, et élira va nie. Calvin ne riHécliissait pas que le seul

jr de Servet juslifinil, ouï yeuK des catholiques, tous las

jpplices infligé» nux protestants de France.

cria merci ». divin, de son cAlé, protesta ■• qu'il n.tviiii jiiin.iis m'ii^i' : — « « r- lui aucune injure particulière o. Il aurait dû s'en tenir là. Mais il crut devoir, avec nu adversaire qui allait mourir, cl sans doute pour sauver son âme, entamer une dernicre controverse sur les trois personnes eu Dieu. A la fin, dit-il, « voyant que je ne profitais rien par exhortalions, je ne voulus point être plua aage que mon maître ue nie permet : par quoi, suivant la règle de saint Paul, je un: retirai d'un hérétique qui était Condamné de soi-même, portant sa marque et flétrissure en son cœur ' ». Il lui reproche encore de n'avoir pas pu ou voulu dire, ilevani la foule assemblée sur le lieu du supplice, pour quelle vérité il mourait : « Qui est-ce qui dira que ce soit là une mort de martyr? » Saint Augustin avait déjà dit : " Ce n'est pas la peine, c'est la vérité qui lait le martyre. » El qui est-ce qui décidera de la vérité? est-ce le hourreau ou la victime ? Aux yeux de l'humanité, ce qui distingue le martyr, quelle que soit la cause pour laquelle il se dévoue, r'est l'héroïsme

L'erreur a ses martyrs comme la vérité; l'une et l'autre ont aussi leurs persécuteurs.

Sur la question du martyre, les calvinistes euxmêmes se sont chargés de répondre à Calvin. Le 1" novembre 1003, pour le trois cent cinquantième

I. Calvin force le sens ri» passugr nuijurl il luit iilluaiiin. SaiuL Paul recumninnû'u ù Sun ilisciiile TiLe (cliap. ni) lie s'éloigner de l'hérétique, mais non île le livrer au bourreau. .Le plissage en question est le seul cntlruil île la llible où figure le mol hérétique; l'uutheiilieilé du l'ipitrc esL fort contestée.

LE l'IlOCES DE SERVRT.

la ville fie Genève pel, un monument

: A Michel Sereet :

de Calvin, mais

c de lu mor! dp Serve a inauguré, sur la place deCliai expiatoire avec celte inseriptior Fils respectueux et reonniiissm

•ndaninfint irne erreur qui fut celte de son siècle, et fermement attaches à lu liberté de conscience selon, es de In Réformation el de l'Évangile, nous néons élevé ce monument expiatoire le 27 octobre 1903. Un des orateurs qui priceni la parole à celle occasion caractérisait le monument en ces termes : « C'est une Église qui proteste contre elle-même an nom de la religion 1 . »

Cependant l'erreur de Calvin ne l'uL pas simplement celle de son siècle; elle lui est personnelle, elle reste attachée à son nom. Ce qui le prouve, ce sont les voix qui s'Élevèrent de divers côtés, au lendemain de l'exécution, et surtout après la publication de récrit où Calvin crut dévoie justifier sa conduite 2 .

En général, 1rs représentants oltick'ls des Eglises ciièmii Calvin de ce qu'ils considéraient comme acte do préservation pour la Réforme, u Je n'étonne, écrivît Mélanclilon h liullinger, qu'il se soit trouvé des personnes qui désapprouvent la sévérité déployée si justement en celte circonstance, i) Il s'en trouva cependant, et eu assez, grand

1. Discours <]f É. Doumcrgue (Monument expiatoire du tuppliee de Mùhet Servi, Génère, 19031.

•2. Defenùo orthodoxie fidet -le sacra Trinilate contra proerrores Micliuv/is Sm-rti tlis/mai, ubi astendîlur hiere- ■e eladii eoerctndo» «M*.... Renève, 15,Vi. — Vovtnge

•■raie foi, sic.

nombre, l'n des meilleurs amis il*- Cal* celier Nicolas Zurkindcn, de Berne, après l'avoir remercié de l'envoi de sa Déclaration, disait : « Après cela, je vous avouerai librement que je suis, moi aussi, de ceux qui, par ignorance ou par timidité, voudraient restreindre le plus possible l'usage du glaive pour la répression des adversaires de la foi, même de eeus donl l'erreur est volontaire. ■• A la rigueur des juges de Genève il oppose la sagesse du sénat de liàle, « qui n'a [tas voulu prononcer une seule peine capitale pour cause de religion : on s'est borné à enfermer les délinquants, sans dureté, dans un lieu ou les minislres et les gens de bien allaient les voir et lâchaient de les ramener avec humanité ». Il cite ensuite, entre autres exemples, celui de deux anabaptistes d'Augsbourg <|ui, après avoir accueilli par des injures les minislres qui venaient les instruire, « se sont si bien corrigés que l'un est devenu diacre dans une église et l'autre un des meilleurs citoyens de la ville ». Et il ajoute : « Moi-même, après une sentence capitale contre des anabaptistes, j'ai entendu l'un des juges dire, en revenant du lieu du supplice : « Ce malheureux a tendu sa tête au bourreau avec « plus de sérénité que je n'en aurai peut-être sur mon « lit de mort, moi qui l'ai condamné. » La lettre se termine par ces mots : « J'aurais voulu que la première partie de votre livre, au sujet du droit du glaive que les magistrats réclament pour la répression des hérétiques, parût non pas sous votre nom, mais au nom du Conseil, qui pouvait bien défendre lui-même ce qu'il avait fait. Je ne vois pas que vous puissiea

»E SEBVKT.

mus faire bien venir auprès des liommes de wis, en nniiopi-enant le premier de défendre professa relit- thèse odieuse à presque loua, lant que je puis le reconnaître par les jugements o j'ai déjà pu recueillir 1 . »

Ou viiii, par la lettre de Zurkinden, qu'un esprit is libre souf'llait à Bàle. Des ministres halois, qui n'avaient pas été appelés à la consultation demandée par le Conseil de Genève, se déclaraient plus ou moins ouvertement contre la répression des a crimes . C'est aussi de Bàle que partit, au mois de mars 1554, le petit Traité des hérétiques, à savoir s'il faut les persécuter, le plus ancien pamphlet et l'un des plus éloquents contre l'intolérance. Le litre portail comme lieu d'origine la ville de Magdcliourg; mais Théodore de Bèze devina bien vite que ce Magdebourg était situé sur le Rhin. La préface état] signée du pseudonyme de Martin Bellius. Les auteurs étaient un groupe do réfugiés français et italiens; le principal était Sébastien Castellion, autrefois directeur du collège de Genève, alors mailre à la faculté des Arts de l'université de Bâle. Kellius, en lion dialecticien, part d'une définition. Qu'est-ce qu'un hérétique? Il y en a de deux sortes, i dont la vie est contraire aux préceptes de l'Evangile, et ceux qui s'éeartent de la croyance tu une sur quelque point de doctrine, en d'autres termes, les hérétiques de mœurs et les hérétiques d'opinion. Les premiers sont les seuls que connût

Eiwres de Calvin, t n récits du ivr *&; Paris. 1870.

XV, p. 19. — Voir Jul

17fi CALVt\.

l 'Eglise primitive} ce sont les seuls aussi ■ puissent mériter un châtiment, et parmi eux il laudraît ranger 1rs persécuteurs eux-mêmes. Quant hii\ dissentiments de doctrine, que prouvent-ils, sinnn notre ignorance ? Car si les points contestés étaient clairs, comme il est clair qu'il y a un Dieu, on n'en disputerait pas, Quel est le devoir des vrais chrétiens, cl quelle est la vraie manière d'avancer le règne de Dieu!' C'est que chacun individuellement conforme sa vie à la régie de ['Evangile, et que tous se supportent les uns les autres. L'auteur termine par une apostrophe au Christ, qu'il prend à témoin des cruautés qui se commettent en son nom : u O Christ, commande s-tu et approuves-tu ces choses? Ceux qui fout ces sacrifices sont-ils les vicaires à cet éeorehement et démembrement? Te trouves-tu, quand on t'y appelle, à cette cruelle houclicrk'. et manifesta chair humaine? Si loi. Christ, lais ces choses, ou commandes être faites, qu'as-tu réservé à Satan qu'il puisse faire ' ? ■

Ce pamphlet produisit dans les Eglises suisses une émotion d'autant plus profonde, qu'il a 'était pat l'œuvre d'un homme, mais la voix de tout un parti, le parti do la fraternité chrétienne, opposé à celui du dogmatisme autoritaire. Théodore de Bèze, tout en n'y voyant que du fatras [/'«'■'■«^ol, écrivit, pour y répondre, son Traîiii de Cautùritê du magistrat en In punition des hérétiques*, où il soutient que le glaive

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