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Mlha, 2 vol., Par
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di.' l'autorité civile doit être suspendu non s sur les hérétiques, nais encore, sur ceux qui demandent l'impunité pour l'hérésie. Dans sa discussion, il ne fait que reproduire avec moins de Vigueur les arguments que Calvin avait déjà Gril valoir dans sa Licclaraiwtt. Sa brochure n'augmenta ni nu diminua le nombre des bnllianistcx, comme on les Appelait, on îles partisane de la tolérance, et les deux opinions restèrent en présence, sans conciliation possible, Pendant que Bese réfutait Castellii.u, oetal-ei s attaquait directement à Calvin dans un nouvel écrit d'une forme originale ei piquante. C'était un dialogue entre Calvin et un contradicteur imaginaire, qui prenait le nom de Vaticanus, comme pour indiquer que ses ohjeetions pourraient aussi bien être mises dans la bouche d'un catholique que dans celle d'un protestant, roiume pour unir les deux Eglises rivales dans un sentiment de réprobation commune. La question est nettement circonscrite dans la préface : « Ce n'est pas la doclrinede Servct que je défends, c'est celle de Calvin que jaltaque. Je laisserai complètement de coté le débat sur la Trinité, le baptême et autres questions plus ardues : je n'ai pas les livres de Servct pour Savoir au juste ee (pi il suuienail, et quand son adversaire, après avoir l'ait brûler les livres avec 1 auteur, a I audace
de nous y renvoyer en citant les pages, c'est CD î
si, après avoir réduit une maison en cendres, l'incendiaire nous enjoignait d'y aller chercher les meubles, i Vient ensuite une discussion très serrée, âpre et pressante, où chaque proposition extraite de la Déclaration de Calvin est: aussitôt suivie d'une
contre-proposition qui l'annule. L'impression du pamphlet fin interdite par le sénat Je Baie 3 il ne nu publié qu'au siècle suivant avec, d'autres œuvres de Cas tell ion, par les Arminiens île la Hollande '. Le sénat pensait sans doute que, de quelque côté que fût la vérité, il était temps d'arrêter la querelle entre Bàlois et Genevois, et qu'il était de l'intérêt de toutes les Églises suisses de ne pas affaiblir l'autorité de Calvin.
On a dit que si le bûcher de Charupel avait été allumé par des mains catholiques, on n'en aurait pas tanl parlé r il n'y aurait eu qu'une victime de plus, à ajouter à tant d'autres! Cela est vrai. La faute de Calvin en est-elle diminuée? Non, cela prouve seulement que la condamnation de Servet n'était pas dans la logique du protestantisme. Le protestantisme, qui déclarait ne reconnaître d'autre autorité en matière de foi que la Bible, qui faisait même de ce principe sa loi et sa justification suprême, sortait de son programme en étouffant la voix d'un homme qui, lui aussi, ne s'autorisait que de la Bible, et qui l'interprétait en toute loyauté.
D'ailleurs, ce qui montre la vanité de certaines formules pour lesquelles une époque se passionne, c'est le peu qui en reste quand elles ont subi l'épreuve du temps. Aujourd'hui, dans les Kglisos issues de la Réforme, on prie et l'on baptise régulièrement au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit; mais ni le pasteur qui prononce ces paroles,
1. Contra llbeUam Calviaî in ijun ostciuhrr conatur htere- Ueotjare glattii eatreeiidai eue, 1l'.l:l. En liiilluiidai» l'année
ni les fidèles qui les entendent ne se demandent s'ils invoquent ainsi trois personnes réelles et distinctes, ni comment l'une est engendrée de l'autre. Le pasteur le plus orthodoxe de nos jours, si on l'interrogeait à fond sur le dogme de la Trinité, aurait risqué d'être taxé d'hérésie devant le tribunal de Genève. Guizot, qui dans les dernières années de sa vie s'était érigé en chef de l'orthodoxie protestante, présente l'incarnation de Jésus-Christ comme un symbole de l'action de Dieu sur l'humanité. « Qu'est-ce que l'homme, sinon une incarnation incomplète et imparfaite de Dieu? C'est l'instinct naturel et universel de l'homme de se représenter, sous la forme de l'incarnation de Dieu dans l'homme, l'action de Dieu sur le genre humain f . » Servet, qui pensait que Dieu est en tout et soutient tout, aurait pu signer ces paroles, mais les anciens magistrats de Genève auraient condamné l'auteur au bûcher 5 .
1. Méditations sur l'essence de la religion chrétienne, Paris, 1866; p. 79-80.
2. Un pasteur de Magdebourg, Henri Tollin, a consacré sa vie à la réhabilitation de Servet ; on trouvera la liste de ses publications dans la brochure : Michel Servet, portrait-caractère, par Henri Tollin, traduit de l'allemand par Mme Picherat- Dardier, Paris, 1879.