LE TRIOMPHE DE LA THÉOCRATIE
Calvinistes et Pcrriiiisles sciaie.nl uni* un instant contre Servet, ijuî paraissait l'ennemi commua, ou plutôt les Perrinistes n'avaient pas osé se séparer des Calvinistes dans une cause qui touchait à la législation religieuse de la cité. .Mais à peine le jugement fut-il prononcé, que la lutte recommença, plus ou moins ouverte. Au cours même des débats, Philibert Berlhclicr, le fils de celui qui avait laissé sa vie pour la liberté, avait été exclu de la Cène, et l'interdiction prononcée par le Consistoire pesa sur lui pendant des années, sans <|uc le Conseil voulût se prononcer pour ou contre lui. Le Conseil, tout en maintenant son droit, hésitait ;t heurter de front le réformateur, qui, lui, était « décidé à ne pas reculer d'une semelle ' n. Par moments, on se réconciliait, ou dînait même ensemble, mais chacun gardait ses positions.
I, Lettre ù
IF. TJ1IOMPHF, DE LA ÏHÉI
Les Perrinistcs abusaient de leur pouvoir poui |"insM'r leurs parcnls et amis aux fonctions publiques, et même, ai l'on en croit Donivard, po vendre la justice. Ce fut sans doute la cause revirement qui se produisit dans l'esprit populah et qui se manifesta au* élections de février 1555. Les quatre syndics élus étaient -les partisans déclarés de Calvin. Le renouvellement des conseils se lit dans le même sens. C'était au Conseil étroi à désigner les Deux- Cents et les Soixante pour I. prochaine législature. « Le Conseil étroit, dit Bonivard, racla bas toute une trentaine de brouillons, ivrognes et telles canailles par Perrin introduits, y mit en leur place autant de gens de bien craignai Dieu, et principalement un tas de jeunes gens d'âge, mais- d'esprit mur et rassis. » Le vocabulaire I Bonivard pour désigner les partis est des plus simples : les amis de Calvin sont « gens de bier ses adversaires des brouillons et des ivrognes.
Le parti de Calvin se fortifiait de Ions les étrangers, surtout des Français, admis à la bourgeoisie. Les admissions devinrent pho les élections de 1555; on eu dans le seul mois d'avril, Les t comme les anciens, votaient I iitTiiiin-ri I rang dans la milic début, ne leur firent pas mau le prix dont ils payai la caisse publique
où ils purent craindre conseils ne fut déplacée
inbreuses ;
mpte trente-trois
veaux bourgec
u Conseil général i
. Les Perriuistcs, au
nivais accueil, parce qui
ir prérogative emplissait
s'alarmèrent que le jour
la
najorité dans trop c
dérable d'étrangers. La Genève nouvelle, la Genève cosmopolite, menaçait de déborder M lin il jiar déborder en effet la vicilh' Genève, nelle des purs
patriotes ijiii avaient combat tu pour I Jiidi'i n-i .il ni r ( - Pétrin i'l les siens, d'il lïoniiard, craignaient que le royaume de Dieu ne remplaçai le leur, delà veut dire ipie l'ancienne génération sentait qu'elle devait céder le pas à une génération nouvelle. Mais Bonivai-d, qui ordinairement ne se pique pas d'impartialité, parait historien véritable lorsqu'il raconte les scènes qui se passèrent iui Conseil. Un jour, on propose de nouvelles admissions. « Perriii alors, en colère, s'y opposa, niant ri jelanl son bonnet à
terre, selon sa eonlu , et disant que les Français
chasseraient encore les anciens de la ville dehors, et, comme dit le commun proverbe, que la dernière soupe jetterait la première hors de l'écitelle, et à la fin trahiraient la ville au roi ou à quelque autre prince. » Et le frère de Brrtlielier, François-Daniel, qui n'était pas du Conseil, disait toul haut par la ville que bientôt le roi de France -serait bourgeois de Genève, mais que, quant à lui, il n'y serait pas ce jour-là. H ajoutait mémo que si l'on continuait de faire des bourgeois, il y aurait bientôt « des têtes rompues <■.
En fait de tètes rompues, il n'y eut qu'un homme blessé au cou. Le jeudi lu mai, les Perrinisies soupaient dans deux tavernes situées dans deux quartiers différents de la ville. « Tout en Taisant collation à beaux coups de langue », ou parla de « déchiqueter les Français >. ; et, ■■ après que la langue eut fait son oflicc, le vin émut les pieds cl les mains à
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faire le leur i. Après le souper, on se répandit dans la vUle, C'est alors que le serviteur d'un conseiller fui attaqué et blessé par un batelier. Les voisins et les passants accoururent, les uns pour défendre le blessé, les autres pour soutenir l'agresseur; une bagarre R'ensuîvil. In syndic enjoignit à la l'ouïe de se disperser, et Perriu eut le tort de lui arracbef son bâton syndical, ee qui constituait une grave offense envers l'un des plus hauts magistral s de la république. Il était neuf heures du soir. Dix-sept conseillers se réunirent à la hâte à la Maison de ville; on décréta d'arrestation te batelier et son frète cpii l'accompagnait. A dix heures, le calme était rétabli. Quant aux Français menacés, « le Seigneur, écrit Calvin a Bullinger, lit sentinelle pour eux et épancha sur eux un sommeil profond, en sorte qu'au milieu de ce vacarme ils reposèrent doucement dans leurs lits ».
L'échaunourée du l(i mai 1555 ne fut donc ni un complot prémédité, comme le disent certains historiens protestants, ni, selon la version catholique, un piège tendu par le gouvernement à ses adversaires. Que les Perrimstes n'eussent pis recula devant une démonstration bruyante pour intimider les conseils, cela est possible, mais c'est huit ce que, d'après les documents officiels, on petit mettre à leur charge. Une information fui commencée, et jamais si petit événement n'eut de si graves conséquences. On invita d'abord, selon la coutume, tous ceux qui pouvaient être compromis à se constituer prisonniers. Perrin aima mieux quitter la ville cl se mettre sous la protection du sénat de Berne; plu-