‹ Calvin et l'église de GèneveChapitre 5 sur 12 · TRE · texte numérisé non relu

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doctrine , ainsi que la lecture attentive qu'il fit de la Bible. Il avait recu ce livre précieux de Pierre Olwetan, qui en était lui-même le traducteur. Cette circonstance donna à ses opinions religieuses et morales une direction plus juste, ét à ses connaissances théologiques une base plus solide. Il ne mettait pas moins de zèle à continuer ses études en théologie qu'a approfondir la science du droit , et il se vit consulté et recherché dans Orléans même ; par ceux qui désiraient la réforme de la Relision. À Bourges, il apprit le grec de Melchior #f’olmar, alors professenr (Allemand né à Rothweil), et de quelques autres amis zélés de la doctrine de Luther; 1! prêcha quelquefois dans les environs de cette ville, et se rendit à Paris à l'âge de vintg-quatre ans, où il se voua tout entier à la théologie, et se ha plus intimément avec les sectateurs de Ja Réformation ; qui se trou vaient alors dans la capitale. Son séjour n'y

fnt pas de longue durée. Dans un discours qu'il composa pour le recteur nouvellement élu de la Sorbonne, discours que ce dernier lut en entier, sans concevoir le moindre soupcon', Calvin avait intercalé adroitement quelques-uns des principes de la Réformation , notamment la jusüfication par la foi, ce qui produisit un grand scandale dans la Sorbonne. L'enquête que l’on commenca alors fut suspendue par la sœur du Roi, à laquelle Calvin avait été recommandé. Toutefois, celui-ci trouva prudent de quitter Paris. Il se rendit, pour quelque temps, dans le canton de Saintonge , où il traduisit de courtes exhortations destinées à être lues, dans les églises. Bientôt après il fit paraître , à Or- Jéans, son ouvrage sur le sommeil des âmes:

À son nouveau retour à Paris, il se lia, pour la première fois, avec Michel Servède; médecin Espagnol, qui acquit, plus tard, quelque célébrité par ses opimons contraimes au dogme de la Trinité et par les circonstances de sa vie. Ce dernier ayant témoigné le désir de soutenir publiquement une controverse sur la Religion, Calvin s’offrit courageusement pour entamer celle lutte, quel-

que danger qu'il y remarquât d’ailleurs. Mais au moment décisif, Servède changea de résolution, et les troubles naissans, dont on accusait personnellement Calvin, obligèrent encore celui-ci à fuir loin de la capitale. Il tourna d’abord ses pas vers Noyon, où il renonca volontairement à ses prébendes , lorsqu'on lavertit qu'il avait atteint l’âge requis pour devenir prêtre et lire la messe, et il abandonna tout-à-fait la France en 1554.

Il se dirigea vers Bâle, où il contracta une amitié durable avec Simon Grynaëus et Wolfoang Capuo, apprit l'hébreu, et ne vécut enfin que pour les études théologiques.

Cependant la persécution contre les réformés de France continuait toujours sa marche sanglante , et le gouvernement de ce pays tâchait le premier de justifier ses attentats auprès des Etats protestans de l’Allemagne ; en annonCant que les malheureux persécutés n'étaient que de fanatiques anabaptüstes, ennemis des puissances temporelles et des lois existantes. Calvin ne put laïssér passér soûs silence cette fausseté hautenient proclamée, qui calomniait ses co -réligionnaires dans les pays étrangers. L'homme qui avait

(46) ose faire entendre à la Sorbonne des vérités proscrites et se présenter pour soutenir une lutte religieuse au milieu de Paris, devait avoir assez de courage pour chercher à jusüfñer l'innocence contre les assertions d’un roi puissant. Il se moatra si ingénieux, si éloquent , si persuasif dans l’exécution dé cette lâche, que la justification des Protestans fait un égal honneur à son courage, à sa modération et à son esprit. En effet, pour établir une lisne de démarcation bien précise entre les partisans de la doctrine réformée et les fanatiques anabaptistes , il rassembla toute la doctrine de ses co‘religion2 uaires dans un écrit particulier ( fns#tulio religionis christianæ ), et le dédia au ro Francois I." (*). Cette production st célèbre

{*} On place ordinairement la première édition de cet ouvrage en 1536. Bayle prétend qu'il parut, pour la première fois, en 1535. Il faÿ souvent réimprimé, et Calvin y fit des corrections et des additions avec un zèle infatigable. La dernière édition qu'il soigria eut lieu en 1559. Uue fièvre opiniâtre, qui mit alors Ja vie de Calvin en danger, ne lui fit pas abandonner son travail. « Plus la maladie me Lourmentait, écrit-

« tit dans l’avant-propos, plus j'apportais dé zèle à

neconlenait, à la vérité, lors de sà première appariuon, que J'ésquisse de lou vragé qui porta le mème titre; mais clle était très-spiritue}lemont arrangée pour le but que Calvin voulait atteindre , et la dédicace apo+ logétique au roi est un chef-d'œuvre d’éloquence , qui peut être placé à côté des meilleurs écrits de ce genre. Il avertit courageusement lé roi de ne pas condamner les Protestans sans les entendre, et seulement d’après les clameurs mensongères de leurs en nemis. « Je connais, lui ditil, les noires ca- « lomnies dont on à rempli tes oreilles et « ton cœur pour te faire haïr, autant que & possible, la Réformation ; mais tu dois sa « voir que personne ne pourrait se flatter de « rester inriocent dans ses actes ni dans $es « paroles, sil suffisait d’une dénonciation « pour preuve unique. » Il peint ensuite la haine et l’aveuglement des ennemis du Protestantisme , et exhorte ainsi le monarque :

« Puisses-tu ne pas fermer lon orerlle ni ton

« mon ouvrage, afin que je, pusse laisser un écrit « qui me mérilât quelque reconnaissance de la part « des hommes pieux. »

(48) «cœur à cette défense juste et lécitime. L'af=, « faire mérite toute ton attention; elle. esé. « digne que tu t'en occupes pour la con-- « naître et la juger, Celui-là seul est vrai-: « ment roi, qui pense qu'il n’est qu'un délé- « gué de Dieu dans Fexercice de, son pou « voir; car celai qui ne règne point pour « glonifier Dieu, ne commande pas à une « armée respectable, mais à des brigands. ».

Il établit pius bas une différence entre la personne des Réformés et leur croyance basée sur Ja parole divine, afin que ce dernier ob= jet ne puisse leur être reproché ; comme on l'avait déjà plusieurs fois essayé ; 1] justifie le principe, de la Réformation , c’est-à-dire la prépondérance exclusive de l'Ecriture dans les choses de foi et de conduite; il peintavee les plus vives couleurs les abus scandaleux qui dégradaient alors la Relision romaine et ses munistres ; 1] combat les objections les plus plausibles de ses adversaires avec précision et solidité; il montre enfin l'immense intervalle qui sépare ses co-religionnaires des fougueux anabaptistes. « O roi ! dit-il en ter- & minant, j'ai retracé maintenant avéc assez æ de détails la méchanceté empoisonnée de

nos. calomniateurs, afin que tu n’ouvres pas

facilement ton oreille à leurs mensonges ;

peut- -être me suis-je même trop étendu,

puisque ce discours préliminaire est devenu une ‘apologie presque complète, qui doit nou-seulement servir à notre Juslification, mais peut-être encore préparer ton cœur À écouter la chose elle-même, Ce cœur , à la vérité, nous est maintenant fermé , et même , il faut en faire l’aveu 3 est enflammé de colère contre nous: ‘mais nous espérons férmement de | pouvoir récupérer sa faveur, si tu consens à hre une fois avec calme et ordre cet ouvrage que.

nous présentons à Ta Majesté comme no-

tre jusüfication. Mais si des insinuations

perfides s'étaient tellement emparées de

ton esprit, que lu ne voulusses pas entendre la justification des vaincus ; si des

tyrans subalternes devaient encore assouvir leur rage, avec ton autorisalion, par

Ja prison, les fers, les tortures, les con-

fiscations et le feu, alors nous souffririons à Ta vérité, comme les troupeaux conduits

à la boucherie, les peines les plus cruelles,

mais nous saurions, forts d’une patience

< invinaible, songer au salut dé nos Ames, et placer notre confiance dans la main de Dieu, qui paraîtra sans doute un jour et « se montrera dans toute sa puissance pour

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