‹ Calvin et l'église de GèneveChapitre 7 sur 12 · ES · texte numérisé non relu

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et le père. On doit juger par-là combien Ke Ce

les prophètes et les pasteurs sont liés par

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leur emploi; car c’est comme si Dieu avait « confié les Âmes à leur fidélité, sous, la «< condition expresse qu'ils s’abstiendraient « de tout calcul personnel. Il ne leur’suffit « donc pas d’exhorter tantôt l'un, tantôt

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« l’autre, mais ils doivent faire en sorte d’ar- « racher tous les hommes à la perdition , « pour. les conduire à la vie et au salut. »

Il écrit aux Génevois, qui étaient mécontens, après son exil, des pasteurs restés

dans leur ville : « Rappelez-vous quel hon-

neur et quels devoirs Dieu a donnés à ceux.qu'il a établis dans son Eglise, pour être les bergers et les serviteurs de la Parole; car il ne nous ordonne pas uniquement d'entendre avec crainte et tremblement sa parole , lorsqu'elle nous est annoncée , «mais il demande encore qu'on accorde à ses ministres le respect et la vénération, ainsi qu'à des êtres qu'il veut faire considérer et honorer comme ses ambassadeurs et ses envoyés sur la terre.

Vous devez regarder à l'égal de vos pères , les serviteurs de la Parole, auxquels le soin des âmes est confié, et les respecter! à. cause d’un emploi qu'ils remplissent

au milieu dé vous pour la volonté divine. »

Guidé par ces principes, Calvin accepta, Genève ; la double charge de p#ofesseur

en théologie et de prédicateur, et l’on doit avouer que ces principes devaient être tels

dans un homme qui entreprit de réformer lesmœurs d’une ville dépravée , et de dominer des-esprits, dont le penchant républicain supportait le joug avec. peine: — D'abord Farel demeura toujours à la tête de la Ré-

(76) formation ; comme le plus ancien pasteur.

Il établit en 1537 une profession de foi, qui devait être lue publiquement chaque semaine dans les Eglises ; mais elle éprouva une forte opposition de la part de ceux qui tenaient au catholicisme , et d’autres bourgeois qui avaient embrassé les principes des anabaptistes , et surtout d’un grand nombre d'ennemis de la censure des mœurs que Farel voulait introduire. Calvin, à la vérité, en représentant avec force les dangers qui résulteraient de divisions intestines , engagea le sénat à ordonner que tous ceux qui ne voudraient pas accepter la profession de foi eussent à quitter la ville ; le peuple aussi confirma formellement cette profession le 29 Juillet 1537, ainsi que l’article qui établissait une censure ecclésiastique; mais la tranquillité fe fut nullement rétablie par ces mesures; au contraire, là haine des parts et Vopposition à la censure ecclésiastique ‘acquirent toujours un plus haut degré derviolence, et cansèrent enfin l’expulsion des prineipaux ecclésiastiques. Calvin, Farel et Corauld furent bannis de la ville par un décret ( du 23 Avril ) que le peuple confirma , et

recurent l'ordre de la quitter dans le délai de trois jours.

On n'est pas d’accord sur les causes de cette catastrophe. Voici comment Théodore de Bèze en parle dans la vie de Calvin : « La division régnait dans les premières familles et la dépravation des mœurs avait pris le dessus; Farel, Calvin et Corauld voyant donc que toutes leurs exhortations étaient inutiles, déclarèrent enfin qu'ils ne voulaient plus administrer la sainte Cène à des citoyens si désunis, et qui méprisaient toute disciphine ».Le même auteur ajoute «que cette déclaration occasionna leur exil. Quant à la divergence des cérémonies, il la regarde comme une chose peu importante et qui n'influa presque en rien sur le bannissement des Réformateurs. » Spon, dans son histoire de Genève, ne parle pas d’un refus d’administrer la sainte Cène, mais il raconte ainsi cette affaire : « Les syndics de l’année 1538 étaient encore de cœur Catholiques et ennemis de Ja Réformation. Les trois pasteurs comparurent devant le sénat, pour demander que la profession de foi, composée par Farel, fut mise en vigueur : mais le conseil

(789 prit la résolution de les exiler , sous le prétexte de protéger les libertés de la ville; attendu que ces ecclésiastiques n’avaient pas consenti à accepter les cérémonies usitées à Genève, pour la célébration de la sainte Cène. » — L'auteur des remarques ajoutées à la 3.° édition de l’ouvrage de Spon, trouve les motifs de l’acte violent du sénat, d’abord dans la répugnance qu’on éprouvait à laisser établir une censure ecclésiastique ; ensuite dans l'opposition manifeste des pasteurs contre quelques usages encore existans à Berne, que l’on voulait transplanter à Genève. En effet, déjà avant l’arrivée de Calvin dans cette ville, Farel avait renvoyé toutes les fêtes au dimanche suivant (*); on employait à la sainte Cène du pain 'ordinaire , et l’on ne se servait d’aucuns fonts baptismaux. A Berne , au contraire ; l'on avait conservé le pain sans levain, ainsi que les fonts baptismaux , et l’on célébrait encore quatre fêtes hors du dimanche, la Noël , l’Ascension , la Pentecôte et la fête de Notre-Dame. — Les trois ecclésiastiques,

(*) 7. lettre de Calvin à Haller.

(79) continue l’auteur des notes, tonnèrent em vain contre la dépravation des mœurs , et ne trouvèrent pas toujours le magistrat aussi disposé qu'ils lauraient désiré, à appuyer leurs justes plaintes. C’est pourquoi ils accusèrent non-seulement la magistrature dans leurs sermons , mais ils en désignèrent aûssk quelques membres si exactement, que tout le monde pouvait les reconnaître. On se plaignit de cette conduite auprès du conseil, et on l’engagea à donner l’ordre aux prédicateurs de ne pas s’immiscer dans les affaires de l'Etat, mais de prècher seulement l'Evangile. Le conseil suivit cet avis; 1l interdit Ja chaire à Corauld, qui avait parlé sur les hauts fonctionnaires avec beaucoup de violence du haut de la tribune sacrée, et le fit mettre en prison. Le lendemain , Farel et Calvin se rendirent auprès du sénat , et portèrent plainte à ce sujet. Mais l'assemblée leur nuit sous les yeux un écrit des Bernois, dans lequel ils exprimaient le désir de ‘voir les Génevois célébrer les mêmes cérémomies qu'eux, et leur enjoignit d'accéder à cette demande. Tous deux sy refusèrent , et voulurent renvoyer à une autrefois la dis-

cussion sur cette affaire, Alors le conseil leur défendit de monter en chaire à la fête suivante, qui était très-prochaine. Les deux Réformateurs prêéchèrent cependant deux fois, et n’administrèrent pas la sainte Cène, en apportant pour raison de leur conduite les mœurs dépravées des habitans et les divi- Sons qui régnaient dans la ville. Leur exil fut le résultat de cette action, et l’on résolut aussitôt d’éléver des fonts baptismaux, d'employer du pain sans levain , et de célébrer les mêmes fêtes que Berne.

Calvin lui-mème attribue cette catastro-.

phe à l'opposition d’un grand nombre d’individus contre la censure des mœurs et aux cabales secrètes d’autres ecclésiastiques qui craignaient cette censure , ou nourrissatent une jalousie personnelle contre lui et Farel. « Ce bannissement outrageant de Genève,

« écrit-il de Strasbourg à son compagnon « de disgrâce Farel , ne fera pas autaut de « mal à l'Eglise de Dieu que nous l’avions « craint. Les hommes sensés voient bien que « toute la faute appartient à la tourbe de « ces ecclésiastiques, qui veulent enseigner « l'Evangile sans discipline, ou qui ne sa-

(8) «.vent pas même qu’elle devrait être réta- « blie dans l'Eglise. Ils préféreraient un em- «-ploi oisif à des fonctions utiles; quelques" « uns ont introduit linsubordination au heu « de la liberté chrétienne, comme si l’on « devenait tould’un coup évangélique k pour » avoir secoué le joug du pape, On nous re- « proche cependant d’avoir voulu être Jes « tyrans de la libre Epolise, et introduire un « nouveau papisme, et autres absurdités in-

Jjurieuses de même espèce. »

Voici ce qui nous a paru le plus près de la vérité dans cette affaire, Calvin et ses collègues étaient mécoutens de la ville et des magistrats, parce que ceux-ci ne voulaient pas se servir de la censure pour corriger les vices des habitans. Ils s’oublièrent , surtout Farel et Corauld , dans des sermons pleins d'injures personnelles , et soulevèrent beaucoup de haines contr'eux. De plus, quelques ecclésiastiques , jaloux de Farel et Calvin, durent sans doute atuser le feu de la haine ; et: comme ils n'osaient pas prendre ouvertement sous leur protection Ja dépravation des, mœurs , ils choisirent avidement le prétexte des cérémonies, dont Farel ne voulait

(82) rien savoir, Cabalèrent pour les faire introduire à Genève, et peut-être même sollicitèrent secrètement l'entremise de Berne. On voit de suite que les cérémonies n'étaient qu’une occasion futile, dont on s'empara pour éloigner Farel; car toute la trame avait été ourdie contre lui, et non d’abord contre Calvin. Tarel avait retenu la première place, comme le plus ancien Réformateur , quoique Calvin eût des titres bien plus nobles pour lobtenir. Le premier avait introduit la discipline ecclésiastique et aboli les fêtes. Son esprit indocile et violent , que ne guidait pas la sagacité prévoyanté de Calvin, s’abandonna souvent à des discours emportés et à des mesures extrêmes. Aussi ne fit-on ensuite que très-peu de démarches pour le rappéler. Calvin partageait l'avis de Farel sur la discipline et l'abolition des fêtes ; mais il n’attachait aucune importance à ce dernier objet : sa conduite postérieure le montre évidemment. Il déclara , ainsi que Farel , devant un synode assembié à Zurich , où il se.

justifia sur soh exil, qu'il ne s’opiniätrait pas dans ses idées relatives aux cérémonies, mais. qu'il se réunirait volontiers avec Berne. Lors-

(85 ) que bientôt après des troubles éclatèrent à Genève , à cause de l'introduction du pain sansJevain, Calvin écrivit de Strasbourg aux mécontens , pour les inviter à se conformer à cet usage , comme à une chose, indifférente ; et après son rappel, il laissa subsister l'emploi du pain sans levain , quoiqu'il fütà cet égard d’une opinion contraire. Pour ‘ce qui concerne les fêtes, il choisit un milieu, d’après lequel il institua des prières dans les matinées de ces, quatre fêtes ; et -recommanda de fermer les boutiques , les cabarets et de s'abstenir de tout travail. Mais de sénat supprima plus tard ces heures de prières, parce qu'on ne les. célébrait pas -avec.assez de zèle (*). Calvin exhorta les Anglais exilés à Francfort à ne pas se diviser au sujet des cérémonies. « Je me, mon- «tre, ajoute-il, toujours complaisant et fa- .«. cile dans. des choses pareilles à celle des -« cérémonies, quoique je ne trouve pas con- « venable de céder continuellement aux ca- & prices de ceux qui ne veulent rien chan- « ger à leurs habitudes. » Son refus d’accep-

(") 77 lettre de Calvin à Haller.

(84) ter les cérémonies de Berne ne provint done pas du grand intérêt qu'il attachait à cekte affaire ; mais il fut indigné de la conduïte despotique du sénat, qui se mêlait de choses étrangères à ses travaux , et la défense ignomunieuse qui lui fut adressée de ne plus remonter dans la chaire, fit, pour ainsi dire, que Calvin ne put ni ne voulut se soumettre.

Que le sénat ait montré tant de zèle envers les cérémonies , par conviction ou par dé- {érence pour Berne , il n’en est pas moins vrai qu'il exila encore plusieurs personnes, outre les trois Réformateurs , entr’autres Antoine Saunier, régent d’une école étabhie par Farel, quine vonlut pas se soumettre à l'usage du pain sans levain dans la sainte Gène (*).

(”) L'observation de Sennebier ( histoire littéraire de Genève), que les cérémonies ne furent qu'un prétexte pour se délivrer de la censure ecclésiastique établie par Calvin et Farel, peut être fondée à l’égard des ministres de la religion, mais non à l'égard du sénat. En effet, lorsque Zurich et Berne se réuuirenl pour demander le rappel de Calvin et de Farel, on ne l’accorda pas avant que tous deux n’eussent déclaré qu'ils suivraient l'exemple de Berne

pour Îles cérémonies.

Farel se rendit à Neufchâtel, où 1lintroduisit, en 1542, une censure ecclésiastique très-sévère , et consolida la Réformatlion. Son, esprit inquiet lui fit souvent quitter cette ville, mais il y revint avec persévérance, se maria dans sa 69.° année, et mourut le le 13 septembre 1565. Corauld, qui était aveugle , fut appelé à Orbe, où il demeura Jusqu'à sa mort.

Calvin se dirigea sur Bâle ; mais bientôt après il fut nommé professeur de théologie.

à Strasbourg , où il rassembla en un seul troupeau les fugitifs Francais, devint leur pasteur , et introduisit au milieu d'eux; non sans une grande peine, une censure de mœurs (*). {1 demeura dans cette ville jusqu’en 1541, s’y maria, d’après le conseil de Bucer, avec Idelette, veuve d’un anabaptiste ( Jean Storder), qui avait embrassé la Réformation, et s’acquit l'estime générale par ses lumières, son zèle et sa piété Il prit part, comme député de Strasbourg , aux affaires de la réforme lIuthérienne, et assista aux conférences de VVorms et de Re-

(”) 7. lettre de Calvin à Farel.

gensbourg , où il apprit à connaître Melanchton , pour lequel il conserva toujours un respect profond.

© Vers cette époque , Calvin s'était formé un système de théologie très-complet , dont il publia les principales parties dans'la seconde édition, très-augmentée , de son Ins-!

litutio religionts christianæ ; qui parut en 1539. C'est donc ici le lieu d'examiner: ce qu'il a de particulier dans ses principes théologiques ; dont il ne se: départit plus. -

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