TROISIÈME PARTIE
Théologie de Calvin.
Ex entrant dans la carrière, Calvin trouva la Réformation déjà faite ; il ne la précéda pas, il la suivit; il ne créa pas ses principes , il les embrassa. Il étudia une théologie éclairée sous des hommes qui avaient euxmêmes. puisé leurs principes auprès de Luther, Zwingli et autres Réformateurs; il n’est pas étonnant qu'il ait adopté, presque sur tous les points, leur système de théologie. La croyance de ses amis était basée sur la Bible : aussi regardait-1l le. livre saint avec une vénération aussi profonde que Luther. Ce livre formait le principal élément de sa doctrine , etil ne voulait enseigner que ce qu'il enseignait, et ne rien laisser tomber de tout
ce qu'il croyait y voir recommandé en ter-
mes exprès. Honneur à lui, puisqu’il bâut
son œuvre sur ce fondement et s'y maintint avec persévérance ! Sans cet appui, il n’aus rait exercé aucune influence, malgré ses brillantes qualités. En effet, beaucoup de Réformateurs s’élevèrent dans ce siècle; mais ceux-là seulement produisirent des effets étendus et durables, qui s’attachérent fortement à la parole de l'Eternel, comme Zwingli, Luiher et quelques autres. Lorsque Calvin discutait sur une matière de théologie, les preuves tirées de la Bible lui paraissaient toujours les plus convaincantes , et il apportdit le plus grand zèle à les défndre. La plupart de sés écrits consistent en commentaires sur les saintes Ecritures , et ils embrassent les livres les plus importans de l’Ancién-Testament et tous ceux du Nouveau , à l'exception de l'apocalypse de saint Jean. — Le Réformateur de Genève partageait entièrement les idées de l'Eglise luthérienne sur l'inspiration des saimtes Ecritüres, ainsi que sur le respect qui leur est dû, et il niait avec Luther l'inspiration ascendante (for tgehende ) des änabäptistes CT ju
) F. Son Zhstitutio. A établit ce qui suit sur les
( 89 ) aussi formellement le principe , qu'on ne doit regarder et admettre dans les Eglises, comme parole de Dieu, que ce qui est contenu dans la loi, les prophètes et les écrits apostoliques , et qu'il ne faut rien enseigner de ce qui n’est pas renfermé et ordonné dans celte auguste parole. Aussi lorsque Socin lui écrivit qu'il ne croyait pas à la résurrection des corps, mais qu’il pouvait seulement attendre que nous recevrions des corps nouveaux, Calvin lui répondit-il seulement par
écrits des Prophètes, à la fin de son avant-propos, au commentaire d’Ésaïie. « Lorsque les Prophètes & avaient tenu un discours devant le peuple, ils l’é- « crivaient en peu de mots et l’affichaient aux portes « du temple, afin qu’il fût connu de tout le monde. « Quelques jours après, les prêtres prenaient l'écrit « pour le-conserver dans l’intérieur destemples. C’est « ainsi qu’on a formé Îles livres des Prophètes, ce « qui explique pourquoi leurs discours séparés n’ont « pas toujours été rassemblés dans l’ordre le plus « exact. » Calvin trouve le fondement de eette hypothèse dans Habacuc, 1]. 2, et dans Æsaie, VIIL. 1, Il traduit ainsi te dernier passage : « Prends une « grande feuille, et écris avec une grosse écriture, « de manière que tous puissent lire. »
C:g0 ), la vénération due aux: Ecritures, qui enseignent toute une autre doctrine (*)..
Pour ce qui cencerne la théorie du Ch üanisme , qui embrasse la Trinité , le péché. originel , l'impuissance morale de l’homme, la réconciliation ; la pénitence,, la justifica+, tion ; le nombre des sacremens , la personne: du Christ, la résurrection , le jugement, etc. , il partage en entier les principes de la Réformation de son siècle ; il est vrai que, selon lui, l’égarement d'Adam ne peut être imputé à ses descendans , et qu'il rejette la doctrine de la communication des langues de la nature divine de Christ à la nature hu-
(*}:« Je me repose avec tant de confiance sur ces « témoignages de l’Ecriture , lui répond-il, que mon « âme ne peut pas être ébranlée par des pensées con- « traires. » — Il ajoute encore dans une lettre postérieure : « Ce que je L’ai écrit (sur la résurrection } « me paraît si certain et si bien établi par la parole « de Dieu, qu'aucun doute ne vient troubler-mon « repos. Cette assurance me sert encore à mépriser « tranquillement la mort. Si tu en désires davantage, « il faut l’adresser à d’autres. Câr tu n’attends pas « de moi que je franchisse les limites iracées par « le maître pour remplir tes désirs, ».
(gr)
maine , doctrine mise en avant par les partisans de Lüther, pour soutenir la controverse sur la sainte Cène ; mais ces différences ne sont pas assez importantes pour mériter notre attention. Les doctrines qui lui furent surtout particulières , et qu'il introduisit dans son Eglise , roulent sur la prédestination et la sainte Cène.
Calvin envisage sous une double face, dans son système de théologie , la doctrine d’une prédestination de toutes choses ; il la trouve en partie dans Île fait de la conversion de l’homme à Christ et du bonheur qu'il peut ainsi espérer, et ensuite dans l'idée d’une providence. Il adopte l'avis de saint Augustin sur le péché originel et sur l'incapacité totale de l'homme qui en est la conséquence , incapacité qui l'empêche de commencer sa conversion à Christ, ou même d’y coopérer : il la fait dépendre presque entièrement, ainsi que Luther , de l'esprit divin. Mais il résulte irrévocablement de là, que la conversion ou la non-conversion de l'homme est tout-à-fait dépendante de la volonté de Dieu , et que ceux-là seuls seront purs et heureux, que Dieu aura voulu pu-
( 92) rifier et béatifier. D'un autre côté, Calvin conçoit l'idée la plus juste de la toutepuissance de Dieu et de sa parfaite justice.
Tout donc, ainsi qu'il le pense, vient de Dieu (*); il n’y a ni sort heureux ni hasard; ce sont Jà des locutions païennes, qui n'ont qu'une apparence subjective. Il suit de là que Dieu prend aussi part aux actions des méchans; tout arrive d’après sa providence, le bien comme le mal, et il est inexact et faux de éroire que le mal puisse être admis ou rejeté (**). Mais il établit une différence entre l'ordre et la volonté de Dieu, et il pense que le mal arrive, à la vérité, par la wolonté, mais non par l'ordre de Dieu; il en conclut que le méchant est digne de punition , parce qu'en commettant le mal, il a obéi, à dire vrai, à la volonté de Dieu, mais non dans l'intention d’obéir à son ordre, puisqu'il a agi sciemment d’une manière opposée à cet ordre. Il développe son opinion, en l'appuyant de l'exemple de grands crimes his-
(9) V: Znstitutio religionis christian.
(**) Ces doctrines sont toutes extraites de l’ouvrage cilé plus haut.
toriques , et tire de leurs circonstances diverses la culpabilité subjective des criminels, avec une vigueur de raisonnemens qui ferait honueur à un juge en matière criminelle. Par suite de ce système , il soumet aussi les actions indifférentes de l'homme, que l'Eglise de Luther regarde comme des actes du libre arbitre, à la décision de la volonté divine. Il cherche à dépouiller la doctrine de Ja prédestination de toutes ses difficultés par le raisonnement suivant : que Vordre de Dieu est clair, reconnaissable et fixe, qu’au contraire la volonté de Dieu ou ses conseils sont cachés et impénétrables ; qu’ainsi, l'on doit suivre l’ordre, sans s'imquiéter aucunement de la volonté.
::Si l'on demande comment Calvin arriva à cette doctrine, nous pourrons fournir plus d'une réponse. Il pouvait lavoir puisée dans saint Augustin, dont il possédait parfaitement les œuvres, et qu'il cite souvent, comme appui, dans ses ouvrages théologiques. IL pouvait encore ÿ avoir été conduit par l’habitude de raisonner avec une précision sévère et même par les saintes Ecritures. Un célèbre théologien (Æmmon) dit avee beau-
coup de sagacité : « Des esprits tels que « saint Augustin, Luther, Calvin, Frédérica le-Grand, sont toujours portés vers la « croyance du fatalisme par l'énergie de leur « pensée ; tandis que d’autres ; tels que « Pelage, Erasme, Melanchion, sont plutôt .
« poussés par le tour de leur caractère et « de leurs idées, à penser que la casualité « et le libre arbitre dirigent | les affaires hu- « maines (*).» L'observation d'Ammon peut être quelquefois. vraie sous le rapport psy-
chologique, mais elle n’est pas applicable à Calvin. Le raisonnement l’a vraisemblablement entraîné à cette croyance : car il reconnaît lui-même que toute la prédestination serait détruite par sa base, si l’on admettait un libre arbitre qui pût seulement influer en partie sur la félicité de l'être, humain ; de même qu’en niant la prédess nation , la volonté et les conseils. de Dieu
{) On pourrait encore citer à l’appui de cette remarque ingénieuse l’exemple de Bonaparte, qui crut ‘au fatalisme par les mêmes raisons que César, Caton et Frédéric Il. ES à LL À (Note du traducteur. )
(95) ‘déviendraient incertains et dépendans des résolutions humaines. Il est encore certain que ce fut l'Ecriture qui lui fit adopter cette doctrine, quil conserva et défendit avec opiniâtreté : on peut en effet fixer assez exac- ‘tément l’époque où il se forma cette croyance’: ce fut celle de son séjour à Strasbourg, où plutôt de ses travaux exégétiques sur l’'Epitre aux Romains, qui paraît “établir positivement la prédestination. Dans la première édition de son 1nshtutio, en 1536, il n'avait pas “encore celte croyance ; mais dans la seconde, qui parut en 1559, avec le Commentaire sur l'Epître aux Romains , il l expose dans trois livres particuliers, et envisage aussi la doctrine de la providence. Il établit les mêmes principes dans son Commentaire précité, et.
J'on voit par ses autres écrits exégéliques, qu'il croyait les trouver partout dans l’Ecri- «ture (?). C'est: pourquoi il fit à ce sujet la
vi ! s “ AÀ
(*) 7: son Traité particulièr De predestinalions, “dans le recueil des Zractatus theoligici ; — le Commeutaire sur l’Epître aux, Romains, chap. 9; — le Commentaire sur la Genèse, pour.ce qui concerne Pharaon ; — le Commentaire sur les lamentations
(96) déclaration solennelle qu’il se conformait entfèrement à l’Rcriture, et qu'il n’était permis de cacher au peuple une doctrine contenue dans ce livre, quelque épineuse qu’elle fut; mais qu’en la développant, on ne devait point passer les bornes tracées parl’Ecriture (*). « Au contraire, dit-il dans son « Institution de la religion chrétienne; plu- « sieurs rejettent cette doctrine, parce qu'ils « ne veulent pas accorder à Dieu plus de « puissance que ne leur dicte leur propre « intelligence. Mais ils nous persécutent .ef- « frontément, parce que nous enseignons que « le monde est régi par des conseils.cachés, « comme si c'était un rêve de notre cer-
de Jérémie, chap. 3, vt. 38; sur Ezéchiel, 4.9; sur Daniel, 1. 7; sur le Psaume 141, vt. 3. — F7. aussi ses lettres.
(*) Calvin ne se dissimulait pas la difficulté de cette doctrine. Il appelle , dans une lettre à Melanchton, Questionem impeditam et spinosam ; et, dans son Traité De scandalis, il reconnaît que la même doctrine a été une forte pierre d’achoppement , qu'ellea soulevé beaucoup de personnes contre la Réformation, et qu'il ne faut pas lui donner une plus grande étendue que ne le fait l’Ecriture.
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& & te
veau, et que. me" saint ne l'annoncAt pas dans toute l'Ecriture , et qu 11 néglis seat de l'appuyer par de nombreuses apä plications. » — « Noûs devoris savoir, écrit:
il ailleurs, qu'aussitôt que nous sortôns de
là parole de Dieu, noûs quittôns le che muni droit el nous t6ümbons dans les ténè= bres, 6dil n'y a qu'écärerhens, chûtes et pierres d’achôppement. Soyez dont per:
suadé qu'il serait aussi iisensé de chere cher une prédestination différente de celle renilermée datis lEcriture, que de vouloir parcourir une région impraticable où voir dans l’obscurité. L'Ecriture est l’école dé l'Esprit saint. Comme elle n'a rien omis de ve qu'il nos est nécessairé et avantageux dé sävoir ; de tièmé elleñne noûs ap:
prend äucune chose; dont là tontiäissäncé nous serait inutile, C’est pourquoi il ne faut riéh täiré aû croyant de ce qu’elle enseigne sur la prédestination } cdr on semblerait le cacher méchaniment ; soit pour trom2 per la bonté divine ; soit pour blâmer où censuretr le St: -Esprit, comme s'il pouvait
faire connaître quelque chose qui fut meilz
leur. Nous devons donc persuader äu Chrée
(98) « lien d'ouvrir l'oreille à tout ec qui est con- « tenu dans Ja parole de Dieu , -avec.cette «. seule restriction , qu'à l'instant où Dieu « ferme sa bouche , il n'a pas lé droit de‘ « rien demander de plus: Car la:meilleure « règle de conduite. est non-seulement de « nous laisser toujours conduire par!les ins- « tructhions. de FEire-Suprème,, mais encore «, d'imposer aussitôt des linntés à notre cu» «.riosité,, Ja où sa. parals: nous mate: »
Calun crut donc, qu'un home ŒUL POSsÉdait aussi bien l'Ecriture: que Mules deva partager soi ophuion.dans cetie doc irine!, et il.se plaigait à Slecdan:: dans ne de.ses léttres,, de ce que le-professeur de Watemberg ne,s’était pas encoré déclaré sur ce point, soit quil fut vendu aux! philosophe es, soit.que la crainte: lui, fit, cacher :sa conviction. Li, écrivit liu-même ce qui Suit ; à Melanchton, en, 1552: «El, w’est pas.ques- «: lon dé décider qui de nous le cède à. Pau:
EN
s,tres mais nous devons Wavailler de, con- &.cert à nous. accorder sur là, pure vétité dis « vine. Quant à. moi, je t’avoue que ma cons «| cierice. m'a. souvent | empêché de penser » conne toi. sur ce point » parce que {u me
( 99 ) « sembles parlertrop philosophiquement sut « le hbre arbitre. »
L'éntétement ou l'envie de dominer ne’ dictait pas sa condaite, lorsqu'il soutenait si Vivement ses principes sur la prédestina= tion contre ses adversaires intérieurs et exteurs ; mais 11 le faisait par respect pour PEcriture/, "où il croyait les trouver clairement cYprimés.
On peut raisonner de même sur là seconde de ses doctriñies particulières, concérnant la présence! ct! l'efficacité di corps ét du sang de Olérist dans la Sainte Cène. Zwingh avait déjà enseigné avant li, qué lé pain ete vin ne sont que des signes du Christ absent, que des nioyens matériels pOur nous rappèler sa mort et ses bienfaits. Mais CalVin préten= dait que le éommuniant dans la sainte Cène, à! Ja réception da pain et'du vin , eprous Vait au-mêmé Stistant net jouissance rt tuelle du corps” glorieux de Chriét : qu'à à Ja vérité, cé corps démeurait au Ciel, ; niais que otre Ame s'élevait à Jui par Ja! foi, ét qu'il sortait du corps dé Clirist une force surnäturelle, par laquelle l'âme du croyant était vivifée et fortifiée d'une manière mysté-
rieuse; qu'enfin, celte jouissance spirituelle par la loi n'avait lieu que chez le croyant, mais que lincrédule recevait seulement du pain et du vin. D’après la doctrine de Luther, au contraire le communiant goûte, avec et dans le pain et le vin, la substance du corps et du sang de Christ, et il en jouit avec sa bouche , même sil est incrédule. Les. deux opinions s’accordaient donc dans l'affirüon d’une œraie jouissance , et elles différaient uniquement en cela , que, d’après Luiber, la substance du corps lui-même de Jésus-Christ est reçue dans la sainte Cène, avec sa force et son efficacité ; et que, d'après Calvin, on ne recoit pas la substance, mais seulement la force et leffcacité.
La théorie de Calvin est si évidemment un moyen terme entre les idées de Luther et de Zwingli, qu’on a cru y découvrir Pins tention de réconcilier les deux Eglises sur cet arucle. On a souvent reproché à Calvin; qu'étant intérieurement du même avis que Luther, il n'avait mis en avant ce terme moyen, après son relour à, Genève, que
(rot) pour plaire aux Suisses (*). Ce reproche n'est pas fondé. Calvin parla, il est vrai, dans la. première édition de son Jnstituio, et dans sou écrit sur la sainte Cène, publié à Strasboùrs (1540), de la jouissance du corps gt du sang de Jésus-Christ; mais il entendit toujours par-là une jouissance spirituelle par la foi et non par la bouche. Il se déclara contre l'opinion de Luther avec tant de force, qu’on put voir facilement qu'il l'adoptait aussi peu que celle de Zwangl. D'ailleurs, Calvin n'élait pas homme à tergiverser et à se cacher sous les mots dans ces matières, Iorsque Melanchton et Bucer eurent rédigé, à FRegensbourg , une formule sur la sainte Cène, qui pouvait être admise par les Catholiques comme par les Luthcriens, Calvin signifia clairement, dans une lettre à Faret en 154r, qu'il n'en était pas content, et qu'ik rie trouvait rien de plus condamuable que ce double sens dans les termes ; que pour lai, sans s'inquiéter s’il plairait où non, il s'était franchement déclaré contre toute pré-
(*) 7 Plank, Zistoire des doctrines &u Protestan-
éisrre.
(102 sence réelle de Christ dans la saute Cène.
Etant convaincu, comme nous l'avons déjà" dit,.que Melanchton partageait ses principes, il s’emporta contre lui, sur ce.que la craute des partisans de Luther l'empêchait d'en faire la déclaration publiqne (*). Comment pour-
(*) « Tu sais, lui écrit-il en 1559, que nos devoirs « ne dépendent pas de notre espérance dans Pave- « uir, mais que, même daus la situation la plus « désespérée, nous devons attendre un heureux ré- « sultat, en faisant la volonté de Dieu. Quelle que « fut la colère de nos adversaires contre toi, il ne « pourrait rien arriver de plus ficheux que de te « forcer à quitter Wittemberg , circonstance qui, « selon moi, serait peut-être à désirer pour plusieurs « motifs. Mais quand même tn aurais à craiudre des » choses pires, tu devrais néanmoins penser une fois « sérieusement à ce que ta dois à Christ, afin que « tu ne paraisses pas, en refusant de reconnaitre pu- « bliquement la vérité, appuyer les horames mé- « chans qui veulent la renverser, »,— Melanchton répondit, en peu de mots, qu'à son âge il ne devait craindre ni Pexil ni d'autres dangers. — Calvin lui adressa alors une réplique très-sévère, ce qui fit interrompre sa correspondance avec Melanchton pendant trois ans. — Calvin avait aussi vivement blâmé la facilité de Melanchian dans la querelle sur lis
rait-on croire ensuite qu’un esprit aussi ferme et décidé que celui de Calvin, ait eaché péndant long-temps sa théorie sur la sainte Cène par crainte et par politique, ou qui l'ait seulément adoptée, comme moyen de paix entre les deux partis ? Comment accorder celle conduite avec ses sentimens profonds sur l'obligation de la véracité et sur la sain teté de sa vocation ? Et alors pourquoi auraït- 1l énoncé avec tant de franchise sa doctrine sur la prédestination, qui fut non-seulement un motif d'irtitation pour les Luthériens’, mas qui: trouva même une vive résistance dans le sein de sa propre Eolise (*)?
terin , en lui rappelant qu'il.ne devait pas abandonner la parole de Dieu et la vérité, pour plaire aux hommes.
(‘) Plauk, dans son ouvrage déjà cité, rappelle, à la vérité, que Calvin fut incertain de décider s'il pablierait ou non un éerit polémique sur la sainte Cène, et qu'il en écrivit à l’un de ses amis en. 1548 : « Je désire que tu me disès st tu trouves utile de ‘« publier maintenant eet écrit ; car tu sais que je «'ine retiens prudemment, pour ne pas me laisser « entrdiner trop vivement vers l’un où l’autre côté. » Mais cette iudécision be concerne pas sa doctrine
On doit dire encore que sa théorie sur. la sainte Cène vint de son respect pour PEcriiure sainte , dans laquelle il pensait la rencontrer. LE trouvait, dans Les paroles mêmes de linsütution de ka sainte Cène, une Jouissance réelle de Christ, « parce que (comme il le dit dans la dédicace de sou Commentaire sur Damel ) « Jésus-Christ, en inst & tuant la sainte Cène, n’a pu énoncer quel- « que chose de faux, ni jouer avec des for « mes vides, mais 1} a représenté, par des « signes extérieurs, ce qu'il donnait réelle-
« ment.» — « Ces mols : Prenez, mangez, « buvez, ceci est mon corps, etc. , elc., ne « doivent ni nous égarer, ni nous trornper, « écrit-il dans un autre endroit (*); car For- « dre, prénézs, montre que ce qui nous est « donné , nous apparhent; l'ordre, manger, « mopire encore que c'est une substance « identifiée avec nous. » Il trouvait surtout
Fe A s 3,28
sur la sainte Cène, car il lavait déjà longuemeut développée ; tout le fait se réduit donc à cette quesÿon + Est-il convenable de publier maintenant un écrit polémique sur ce sujet, ou d'attendre encore ? e) V. {nstitutio religionis christian.
la preuve d'ane jouissance réelle, mais aussi spirituelle, dans sat Jean , chap. 6, vt. 48- | 63% et dans-ses controverses à çet écard, chaïl toujours ce passage comune le plus concluant ; « L'importance du sacrement, dit- « il, ne consisie pas en ce que le corps de « Christ nous soit donné seul et sans une re- « lation plus haute , mais ben dans la pro- « messe faite par Jésus Christ, que sa chair « est une vérilable nourriture , son sang un -wéritable breuvage , qui conduil le croyant à la wie éternelle , et, dans Fassurance « qu'il donne, que c'est le pain de sie, et « que quiconque en mangera, vivra en éters mité. » Lorsque Calvin veut expliquer la Jouissance en elle-même ; 11 s'appuie encore, avant tout, sur le passage de saint Jeam , et ajoute: « Il faut êire entitrement irréligieux « pour nier que le Christ soit le pain de wie, « par lequel les croyans sont appelés à la « vie éternelle. Les avis sont seulement par- « tagés dans la question de saroïr comment « on le recoit. Quelques-uns pensent que « manger le corps de Christ, boire son sang, « n'est rien auire que la foi en Christ; mais « il me semble que le Seigneur a voulu en-
La
« seiener quelque chose de plus positif et de « plus élevé dans son divin discours (saint « Jean, chap. 6 ), c'est-à-dire que nous « recevons la vie par une vraie participation «au Christ ( ver4 sut participalione!) ; cé « qu'il exprime parles mots masger ef boire, « afin que persontie ne puisse croire avoir « acquis sans lui la vie que ous tenons dé « lui seul et de sa seule connaïss ince. » Calvin ajoute encore plus bas: « Je n'approuve post « non plus ceux qui, admeltant à la vérité « une communion avec le Christ, déclarent « cependant que l'esprit seul.du Seigneur y « prend part, et passent sous silence le corps « et le sang, commeisi Jésus-Christ avait dit | « en vain que sa chair est une véritable nouts « riture , son sang un véritable breuvage ; « et qu'aucun n'aura la vie, qui n’aitmangé « de sa chairet bu de son sang. 5 Hpuisait aussi, dans le même passage de “saint Jean, son opinion sur leflicacité vivifiante du sacrement: :: « Après, ditl, que cette « source de vie ( la parole divine ;stinitifean » « chap. 1, vt. 1-14) eut ‘commencé à des « méurer dans un corps Humain elle orina
«+ le corps lui-même, dans lequel «elle 56
«'journa , nous donnant ainsi la vice, afin « qu'en la recevant, nous fussions nourris « pour lmmortalité. — Je suis, annonce- « t-1l, le pain de vie, et ce pain que jè « donne est mon corps, que j'offre pour la « que du monde. T1 montre par-là qu'il est « la vie, non-seulement parce qu'il est a « parole divine descendue du Ciel, mais en- « core parce que Le corps qu'il avait revêtu « était doué d’une efficacité vivifiante, de « sorte que par lui nous puissions aussi par- « ticiper à la vies »
Il est donc clair que Calvin ne consiüléra pas la sainte Cène comme un simple repas de la pensée ( Gedaechtnissmahle }, altendu que les paroles de Jésus (saint Jean, ch. 6) établissent , d’une manière évidente, que le corps de Christ est pour le croyant un repas de vie et d'immortaliié, recu d'une manière mystique dans la sainte Cène. Cé sacrement Jui paraissait un mystère , insaisissable par l'esprit et inexplicable par les mots (*). Si
(9) « te conviens volontiers, dit-il dans son Ins= « tilutio, que l’on ne doit pas calculer Ja So bhrtles k de ce sacrement avec la mèésure, de mes enfan-
toutefois il rejeta l'opinion de Luther sur la présence matérielle du corps de Christ et sur la jouissance par la bouche de sa substance, ce ne fut vraisemblablement point par complaisance pour les Suisses, mais par couviclion ; 1l soutient effectivement , quelque part, que l'opinion de Luther présente une idée trop sensuelle , trop grossière de la chose , et qu’elle entraîne des diffieultés 1mportantes et nombreuses, dont la pénétraüon la plus subtile ne peut venir à bout.
Il partageait pleinement la doctrine des
RE RINNENPEPIE À (M 7
« tillages ( infantiæ meæ modulo ). Au contraire, a j'averiis fes lecteurs de ne bas resserrer daus ces « étroites limites les pensées de leur âme, mais de « chercher à les élever aussi haut qu’ils pourront les « conduire. Car moi-même, chaque fois que je parle « sur ce sujet, je crois toujours en avoir dit trop « peu pour sa dignité, quoique j'aie cherché à tout « vous dire, En effet, quoique l’âme ait là-dessus des « idées plus grandes que ne le peut exprimer la lan- « gue, elle est cependant subjuguée et écrasée par « la grandeur de ce sacrement. il ne me reste vien « autre à faire, qu’à envisager avec admiration c& « mystère, qu'il est impossible à l'âme d’embrasser « et à a laugue d'exprimer. »
Htthérieris sur la nature et les marques éx2 térieures de l'Eglise ; toutefois il s’en écar: tait sur un point, c'est-à-dire qu'il n’accordait pas le droit d'excommunication aux simples pasteurs , ni même à tout le clergé, mais seulement à la commiuriauté. « Il n’est pas « vrai, dit-il (*), que l'Église consiste dans & l'assemblée des pasteurs. » Cette remarque ne devrait pas échapper aux membres des synodes ecclésiastiques , établis maintenant dans l'Eglise luthérienne, ni à ceux qi demandent la nomination de quelques ecélésiastiques aux Diètes, en les considérant comme les représentaüs de l'Eglise. — Nous croyons devoir accorder ici une place aux idées de Calvin sur l'Eglise, sa constitution et le clergé (**).
L'Eglise possède le droit d'enseigner, la faculté de faire des ordonnances ecclésiastiques et la juridiction ecclésiastique.
Par rapport à l’enseionement , elle à le pouvoir d'érioncéer et d'expliquer les doctri<
(*) VA Znstitutio religionis christian.
(**) La plupart des observations qui vont suivre
sont tirées de l/zstitutio religionis christiurre,
({inot)
nes, L’explication de la Bible apparent aux synodes dèg ecclésiastiques. Les précepteurs: spirituels n’ont d'autorité qu’au nom et par la parole de Dieu; ils ne doivent pas énoncer, leurs propres opimions, et leurs avis ne sont obligatoires qu’autant qu'ils sont basés'sur la parole de Dieu. Les pasteurs sont tous évêques (*},' et appelés à instruire le peuple dans la piété par les saintes Ecritures, à admunistrer Les sacremens, à maintenir enfin la discipline ct le bou ordre. Ts conduisent le tronpçau de Pieu dans l'Eolise, tâchant d'y couserver la concorde , et lui sont aussi nécessaires que larlumière et la chaleur, le manger (et le boire, à la vie de lhomune ; leur emploi doit donc être considéré commé la chose la plus précieuse ; mais eux, aussi doivent remphr fidèleraent ieur devoir, quand mème ils auraient les luttes cs pins violentes à soutenir. né att
L'enseignement ne se reuferme. pas, uniquement dans les instructions publiques , mais 1l demande aussi des exhortations privées. Il faut établir une différence entre les
he
{*) Ce mot signife ici irépecteur, gardiens,
précepteurs spirituels etles pasieurs, Les pré-
cepleurs ue s'occupent qu'à expliquer l'Ecri-
ture ; les fonctions de pasteur ; au contraire,
embrassent la discipline, l'exposition et Pad-
ministration des sacremens, « Quelque titre
« « € « « « « « & « rc « « « € « «
que possèdent les pasteurs, ditsl, leur plus augusle pouvoir est. de tout tenter avec confiance, en s'appuyant sur la parole de
Dieu; de soumettre à la majesté de cette
parole, jet de forcer à lobéissance tout ce qui porte dans ce monde le nom de puissance ; .hannèur, sagesse et grandedr ; de commander: aux plus grands comme aux plus petits, en puisant leur force‘dans les saintés Ecritures ; d'élever le royaume du
Scigneur et de:renverser: celux:de Satan ; de guider les brebis:et de poursuivre les
loups; d’instruire et de fortifier ceux qui admettent la divine. doctrine ; mais de mepacer ,{ poursuivre et châtier les opposans el les incrédules ; de lier et délier;:et enfin,
‘s'il est nécessaire, de lancer les éclairs et
la foudre , mais toujours au nom de la parole dé Dieu. »
Calvin assigne le droit d'élection des pas-
teurs à la communauté, avec la restriction
(1134) £ toutefois que cette élection doit se faire soûë la présidence des autres pasteurs, afin que la mulutude ne se laisse pas séduire par des menées coupablés et ne comreite aucuné faute au milieu du tümulte- Îl érnet À cet sujet l'opinion suivante dans l’une de ses lettres : Les ecclésiastiques ne peuvent pas nommer eux-mêmes leurs collègues, sans la participation des autotités et dû peuple ; parce que celte manière d'acir est défendue par les lois canoniques ; mais ils doivent, d'un autre côté, prendre garde qu'on tie leur donne: pour:coilèque un homme qui les haït ; ou que Les autorités ne s'arrogent le droit de nommer leurs créatures; à d'exclusion des ecclésiastiques : ce droit est opposé aux an ciens usages , déjà: en- vigueur au temps des Apôtres ; il deviendrait htéserdis , funeste , tyrannique. — Dans un autre: endroit des correspondance ; 11 bläme aussi les ‘auto:
rités , lorsqu'elles destituetit des pasteurs ; sans la participation et le Sr de la communauté :
Le pouvoir de faire des! lois dans P Belisé consiste uniquement , suivant lui, dans le droit de régler les usages ecclésiastiques et
l'ordre du service divin. Il rejette avec Lus ther les nombreuses cérémonies que l'Eglise catholique a introduites , sans s'appuver sur Fleriture, et qu’elle déclare indispensabies pour le salut et même l'existence du culte divin, El refuse à l'Eglise le droit de lier les
consciences par des réglemens qui ne concernent que le service extérieur. Dieu seul,
ainsi qu'il Pénonce clairement en plusieurs endroïis, est le grand législateur de l'Eglise;
sa volonté seule est la: règle suprème de
toule justice et sainteté ; 1l est Le roi des âmes,
et possède sur elles le droit de vie et de mort,
L'Eglise ne peut donc rien ordonner comme
nécessaire, si elle n’y est autorisée par la
parole de Dieu. Les cérémonies ne doivent
pas, à la vérité, être entièrement exclues
de l'Eglise, mais il faut qu’elles servent à glorifier le Christ et non à l’obscurair ; elles
nous font approcher du Seigneur , si elles
sont utiles ; mais elles ne peuvent jamais être
considérées comme absolument nécessaires :
au salut. Leur but est de faire en sorte que
Je culte divin se célèbre avec pompe et dignité,
et que le troupeau soit attaché par elles à
un ordre commun, comme par une espèce ; 8 Le
de lien. Il n'y a que très-peu de cérémonies ordonnées par Dieu et indispensables; l'on doit donc garder une juste mesure sur ce point, et ne conserver que les cérémonies faciles à observer , claires et imposantes par leur signification. Il est bon de les changer, de les supprimer ou les renouveler , suivant les besoins des Eglises; mais il n’est pas permis de le faire inconsidérément , mi les uns après les autres, pour des motifs légers.
Il est connu que Calvin haïssait tout l'éclat superflu du culte, et qu'il ne voulait conserver qu'un pelit nombre de cérémonies et de fêtes; s’il ne fut pas le créateur de la grande simplicité du culte réformé, 1l s’en montra du moins le zélé partisan, et cette conduite lui attira souvent des reproches. Le jésuite Maimbouro (histoire du Calvinisme) prétend que le Calvinisme est une ombre de religion, sans vigueur, sans onction, sans pompe, privée de tout ce qui commande la.
vénération , pénètre dans Îles profondeurs de l'âme par les sens , parle au sentiment et élève l'esprit des choses ‘visibles au Dieu invisible. — On a cherché à expliquer la nudité et l'exiguité du culte, institué par Cal-
(115) vin , en disant qu'il était penseur trop sévère, pour pouvoir connaître convenablement les besoins des êtres qui mettent le sentiment dans l'exercice de la Religion. Mais Luther eut aussi les mêmes opinions que Calvin sur le culte, malgré sa profonde sensibilité et sa poëtique imagination ; il voulait aussi que les Eglises ne fussent honorées que de cœur; il blâmait cette pompe, ce fracas, ces vêtemens magnifiques, avec lesquels l’Eolise romaine fascine les yeux des hommes; et s'il laissa subsister un plus grand nombre de cérémonies ultrà-montaines que Calvin, ce fut seulement pour céder aux vœux de ceux qui l’entouraient (*). Il était entièrement sé-
(*) On voit par une lettre de Calvin à Farel, qu’il a aussi discuté avec Melanchton sur cet objet. « Je « lui ai dit en face, écrit-il, que la quantité des « cérémonies de l'Eglise luthérienne me déplaît. Il « me semble en effet que la forme de leur culte n’est « pas très-éloiganée du Judaisme, Comme j'apportai « des preuves, il ne disconvint pas que les siens « eussent conservé beaucoup de cérémonies vaines « ou peu importantes, mais qu'il avait fallu céder sur ce point à l’entètement des cauonistes de la « Saxe. Voici Le résultat de notre discussion: Luther
paré des Catholiques ; Calvin, au contraire, s'en voyait entouré. Ce dernier s'apercut qu'un grand nombre d'individus, à Genève et en France, ne se faisaient aucun scrupule de célébrer avec les Catholiques la messe et autres cérémonies romaines : 1l dut donc trouver des motifs suffisans pour tonner contre cette espèce de catholisation , dans la crainte que cet usage ne fit quitter à plusieurs le parti de la réforme (*). 11 voyait trop avant, pour ne pas remarquer que le culte est le lien extérieur de la commupaulé, etil avait trop de sagacité pour regarder comme indifférentes les cérémonies de Eglise romaine , qui ne sont presque toutes que des conséquences de ses dogmes et de sa conslitulion, — Outre ce mouf prépon-
« approuve aussi peu les cérémonies. conservées par
« lorce, que votre parcimonie à cet égards »
(*) Il remplit ce dessein dans un ouvrage parti-
culier , intitulé: De vitandis superstitionibus:;\et»
dans un autre, sous ce titre : De verd ecclesiæ re-\
Jfornandeæ ratione, 1l 1evient souvent sur le même
sujei dans ses lettres ct dans ses commentaires sur’
Vicriture. : TA
(17) dérant, d’autres causes le faisaient encore arriver au même but. Il avait remarqué que l’on placait trop fréquemment l’essence de la Religion dans l'observance des cérémonies et des rites prescrits, et qu'’alors on ne cherchait plus la vraie piété dans une conduite pure et vertueuse ; 1l avait éprouvé combien peu ces vaines cérémonies amélioraient les mœurs. Il dut donc faire en sorte que la piété chrétienne de son Eglise, qui brille avec tant d'éclat dans une vie exemplaire, ne fut pas éloignée par la passion des rites extérieurs, et il ne regarda point comme indispensable à la considération du culte divin, cette pompe mondaine, qui remplit les yeux et, Jes orcilles, et change l'Eglise en théâtre.
« Le but de l'institution du culte divin, écrit- & il (*), est, d’abord, que les cérémonies » appellent la vénération sur les choses sain- « tes et réveillent la piété, ensuite, qu’elles « amènent avec elle la décence et la dignité. «. Il ne faut donc pas regarder comme néees- « saire, à Son essence ce qui n'est qu'une
« vaine idolätrie, comme cette pompe théà-
— Eee
(*) V. Znstiéulio religionis chrishane:
(118 ) trale dans Le service divin du Catholicisme, où l’on ne voit rien qu'un clinquant factice et un luxe inutile. Il n’y a de vraiment essentiel que ce qui attire le respect pour les saints mystères, vivifie la piété , et j'a- Jouterai que certains ornemens convenables aux actes qu'on vient faire dans les temples, ne seront pas inutiles, s'ils invitent les croyans à pratiquer les choses saintes avec humilité , recueillement et vénération. » Il qualifia franchement de now-
veau Judaiïsrrie les cérémonies de l'Eglise ro-
maine, dont il parla en ces termes dans sa
profession de foi, adressée à l’empereur
Charles-Quint et à la Diète germanique, as-
semblée à Spire : « Ces cérémonies ne
te
sont pas seulement condamnables, parce qu'elles ont remplacé Dieu et ne servent aucunement à la piété, mais surtout parce que l’on croit avoir tout fait, quand on a pris part à ces scènes théâtrales, comme si toute l'essence de la piété et du service divin s’y trouvait renfermée ; mais, bien loin de là, c'est le renoncement à nous-mêmes qui est le vrai sacrifice. »
Quant à la 7uridiction de l'Eglise, al dit
(119) qu’elle ne consiste pas dans le droit du glaive, et que l'Eglise ne peut employer aucuns moyens violens, miinfhiger des peines civiles. Les saints évêques , en effet, n’ont point signalé leur puissance par des emprisonnemens, des amendes et autres punitions de cette espèce, mais seulement par des exhortations, comme il convient à leur caractère.
La peine la plus sévère, infligée par l'Eolise, doit être l’excommunication : car le but de Ja discipline n’est pas que le pêcheur soit puni contre sa volonté , mais qu'il fasse connaître son repentir par un châtiment volontaire. L'Eglise doit exercer la police spirituelle ({spiritualem pohitiam ), aller au-devant des inimitiés, les prévenir et les apaiser autant que possible. L'exeommunication a un triple but : d’abord, elle empêche que te nom de Dieu soit prononcé en vain devant des Chrétiens, qui mènent une vie honteuse et coupable, et voudraient considérer la sainte Eglise comme une assemblée d'hommes vils et coupables; elle prévient aussi la profanation de fa sainte Cène, qui aurait heu par une distribution inconsidérée ; car si celui qui Ja distribue admet de plein gré et en con-
naissance de cause à la table sacrée un homme indigne qu'il aurait pu justement - éloigner, il se rend aussi coupable par cette profanation des choses saintes, que:sil avait abandonné aux chiens le corps de Christ:
Le second but de lexcommunication: est d'empêcher les bons de se corrompre par la société empestée des méchans ; le troisième but, enfin, est de jeter lopprobre sur ceux-ci et de les forcer à se repentir de leur honteuse conduite,
Calvin accorde l'exercice de la discipline ecclésiastique ,: et surtout de Pexcommunication, à l'assemblée des Ænciens , etnon aux seuls pasteurs. « Je n'ai pas reconnu « l'utilité,: dit-il (*), de laisser aux ecclé- «:siastiques seuls le droit d'excommunier ; « cet acte, en effet, est déjà odieux en lui- « même ; de plus, il pourrait facilement dé- «© générer en Ayrannie ; enfin';' les Apôtres » ont introduit ‘un autrel usage: » Mais il regarde l'assemblée des “nciens comme une inStitution apostohque.:« Dans FEolise apos-
nf) V: sa Correspondance. sie #4
« tolique, écrit-il (*), des anciens, choisis « par le peuple | étaient à la tête du trou- « peau; 1ls exerçaient , de concert avec les « évêques, la censure des mœurset la dis- « cipline ecclésiastique. Dans les commen «.cemens du Christianisme, chaque Eglise « avait son sénat, composé d'hommes pieux, « respectés el vertueux , qui possédaient le « droit de censurer les vices et de les «punir. »
Il voyait la nécessité d’une discipline ecclésiasuque, d’ahord dans la chose en ellemême , ensuite dans la crainte juste qu’elle inspiräit aux ennemis de la Rehision. « Puis- « qu'aucune société, aucune famille, ne peut « conserver l'ordre sans une discipline , dit- «.1l quelque part, combien plus cette disci- « pline doit être introduite dans l'Eglise, qui « exige un ordre si parfait et si constant !
«. Comme la doctrine salutaire de Christ est
«: f'âme de l'Eglise, ainsila discipline remplace
les nerfs, par lesquels Les différens membres