LIVRE DEUXIÈME
sa naissance et de son éducation. Son frère, d'une rare piété, et aveuglé par son amitié pour moi au point d'oublier ses propres intérêts, me pressait d'accepter, et les instances de sa femme se joignaient aux siennes. Que faire? J'allais avoir la main forcée, si le Seigneur ne m'eût tiré d'embarras. Je réponds que j'accepte, si elle veut bien, de son côté, s'engager à apprendre notre langue. EUe demande à réfléchir, et je charge aussitôt mon frère, avec un de nos amis, d'aUer demander pour moi la main d'une autre personne qui m'apportera, sans fortune, une dot assez belle, pour peu que ses qualités répondent à ce qu'on en dit. Si, comme je l'espère, ma demande est accueillie, les noces ne tarderont pas au delà du 10 mars (1840), et tout mon désir est que tu viennes bénir notre union. » Ce projet ne se réalisa pas. Quelques détails révélés à Calvin sur sa fiancée le forcèrent de retirer sa parole, et, quelques mois après, il se . montre assez découragé. « Je n'ai pas encore trouvé, écrit-il à Farel. Ne serait-il pas plus sage de renoncer à mes recherches? »
11 n'a donc « pas trouvé, » mais parce qu'il a cherché en homme sérieux et en chrétien, et n'a pas voulu se contenter de ce que le monde aurait trouvé suffisant, brillant. Il a voulu la femme selon la Bible, la femme « couronne de son mari, »
comme disent les Proverbes, et il n'a pas estimé que la richesse ni la naissance pussent former cette couronne. Non-seulement il refuse le riche parti qu'on lui offre, mais il le refuse sans hésitation, sans effort ; il ne cherche aucun accommodement avec lui-même, et, frappant aussitôt à une autre porte, il s'enlève tout moyen de renouer l'affaire. N'oublions pas qu'il n'avait rien, et que son modeste salaire était toute sa fortune.
Il trouva enfin ce qu'il cherchait. Un anabaptiste, Jean Storder, ramené par lui à l'Évangile, était mort peu après, laissant une veuve et des enfants. Elle se nommait Idelette, Idelette de Bure, du nom d'une petite ville de la Gueldre. Bucer la connaissait ; il avait vu ses belles et solides qualités se développer encore, dans son veuvage, sous le poids de l'épreuve et du devoir. H parla d'elle à Calvin, et le choix de Calvin fut fait. Elle lui apportîiit en dot une piété sérieuse, une tendresse vigilante, une âme, enfin, à la hauteur de tous les sacrifices.
Le mariage eut donc lieu en septembre. Des députés de l'Église de Neuchâtel y assistèrent ; on ne sait pas si Farel fut du nombre. En partant, peu après, pour Worms, Calvin confia sa femme aux soins de son frère Antoine et d'une famille distinguée, celle des Richebourg, dont il avait instruit