‹ CalvinChapitre 104 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sont grandement portés « à l'induire de secourir l'Eglise de Genève. »

Cependant, trois mois après, au moment de partir pour Ratisbonne, il semble plutôt moins porté à quitter l'Église de Strasbourg. Il a appris que Yiret est à Genève, ce dont il a été, dit-il, fort joyeux, car « maître Pierre Viret est de telle fidélité et prudence que, en l'ayant, vous n'êtes pas dépourvus. » Il ne paraît pas savoir que Viret a été « prêté » pour six mois seulement, et, sans dire qu'il se considère comme libéré de sa promesse, il ne parle plus positivement de la remplir. « Je vous prie d'aviser tous les moyens de bien constituer votre Église, afin qu'elle soit régie selon l'ordre de notre Seigneur. »

Ces paroles, qui étaient presque un adieu, ne furent point acceptées comme telles. La prédication de Viret, en ramenant de mieux en mieux les esprits et les cœurs à l'Évangile, les ramenait aussi de mieux en mieux à celui 4ont le nom était devenu comme le symbole de l'Évangile et de l'ordre à Genève. L'insinuante charité du pasteur de Lausanne adoucissait en même temps les haines politiques ; il obtint le retour des enfants de Jean Philippe, enveloppés, selon les cruelles lois du temps, dans la condamnation de leur père. On le pria d'agir lui-même auprès de Calvin, et Calvin,

dans une lettre écrite en même temps que sa troisième au Conseil de Genève, nous donne la clef du vague où il s'était renfermé dans celle-là. « Tu me dis que, si j'abandonne Genève, l'Église est en danger. Je ne puis répondre autre chose que ce que je t'ai dit : c'est qu'il n'y a aucun lieu qui m'effraie autant que Genève. Non que je garde aucune haine contre eux ; mais je vois tant de difficultés, que je me sens incapable de m'en tirer. Chaque fois que le souvenir des temps passés me revient, mon cœur se glace d'épouvante. » Mais Viret sait bien que cette frayeur n'ira pas jusqu'à l'empêcher de venir, si une fois le devoir est clair, indubitable. «Maître Pierre Viret, dit le registre à la date du 28 février, à exposé qu'il seroit bien convenable d'écrire encore à maître Caulvin. Ordonné de lui écrire. » On lui faisait écrire, en même temps, par ses amis de Bâle et de Zurich, et ou redoublait d'instances auprès du Conseil de Strasbourg, afin que, lui accordant positivement son congé, il lui ôtât un des motifs de son hésitation. Et si Calvin avait pu craindre que le vœu des magistrats ne fût pas celui du peuple, une lettre du pasteur Bernard l'aurait pleinement rassuré. Bernard lui raconte qu'un jour, en février, étant en chaire, il a vu les fidèles profondément émus à la pensée du dénuement où se trouvait

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