‹ CalvinChapitre 11 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Réforme à Genève, fut aussi, parait-il, un des premiers à qui Calvin l'entendit prêcher ouvertement. Mais Calvin n'était pas homme à se passionner du premier coup ; il fallait que l'idée nouvelle s'élaborât lentement dans son esprit, si prompt, cependant, mais dominé par le besoin d'une conviction logique, logiquement inébranlable. Calvin ne pouvait accepter le renversement du romanisme avant de se sentir en posses^on d'une doctrine régulière, complète, prête à remplacer l'autre. Flotter était contraire à sa nature, et nous admettrons volontiers qu'il aimât mieux renoncer à la théologie que de rester théologien avec des doutes dans l'esprit et des vides dans le cœur.

Il partit donc pour Orléans. Là professait un jurisconsulte habile, aigu^ comme on disait alors ; c'était Pierre de l'Étoile, qui fut plus tard président au parlement de Paris. Les succès de Calvin dans cette nouvelle carrière nous sont attestés, comme ses succès d'écolier, par RsBmond. Il se distinguait, nous dit cet historien, par «( un esprit actif et une forte mémoire, avec une grande dextérité et promptitude à recueillir les leçons et les propos qui sortoient de la bouche de ses maîtres, qu'il eouchoit après par écrit avec une merveilleuse facilité et beauté de langage, faisant parottre à tous coups plusieurs saillies et boutades

d'un bel esprit. » — « Au bout d'un an, on ne le tenoit déjà plus, nous dit Bèze, pour écolier, mais pour enseigneur. » Plusieurs fois, en effet, il fut chargé de suppléer les maîtres, et sa place semblait marquée parmi les sommités du Droit. Dieu en avait décidé autrement.

Nous ignorons quels progrès le séjour d'Orléans lui vit faire vers les vérités évangéliques. Selon Desmay, qui évidemment se trompe, c'est dans cette ville qu'il fut «premièrement subverti de la foi par un jacobin apostat, allemand de nation. » Selon Raemond, ce fut à Bourges, plus tard, qu' «il prit le goût de l'hérésie. » — Le goût de Vhérésie était partout, ce qui veut dire qu'il y avait partout des aspirations vers l'Évangile, partout des hommes chez qui ces aspirations commençaient à se formuler. Calvin trouva-t-il, à Orléans, un homme qui pût l'aider à formuler les siennes? C'est possible ; mais ailleurs seulement, à Bourges, l'attendait celui qui devait lui ouvrir déjËLnitivement la voie.

Ce ne fut pourtant pas pour l'aller chercher, cet homme, qu'il se rendit à Bourges; un autre l'y attirait, Alciati, le célèbre jurisconsulte milanais, probablement un de ceux que Gérard Cauvin avait en vue lorsqu'il parlait de la gloire et des richesses auxquelles le Droit pouvait conduire.

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