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LIVRE PREMIER

Appelé par François I", Alciati, désormais Alciat, avait été reçu avec des honneurs presque royaux. Douze cents écus d'or, somme énorme pour le temps, étaient son salaire à Bourges, et, dans une lettre au chancelier Duprat : « Le roi, disaient les échevins de la ville, a bien placé les douze cents écus qu'il octroie à messire Alciat, car jamais la ville n'a été si brillante et si heureuse. » Voilà l'homme qu'allait chercher Calvin, et son attente fut dépassée. Alciat savait le Droit romain comme peut-être aucun Romain ne l'avait jamais su, et, de plus, enfant de la Renaissance italienne, il portait dans l'aride champ des lois ce poétique enthousiasme dont sa patrie l'avait nourri. Calvin, que la poésie seule eût probablement laissé froid, fut subjugué par ce curieux mélange. On le vit enthousiaste et du professeur et de la science, mais enthousiaste à sa manière, c'est-à-dire en consumant au travail toute l'ardeur allumée en son âme. Il veillait,' nous dit Bèze, jusqu'à minuit, heure extraordinairement tardive en ces temps d'habitudes matinales, et le matin, « étant éveillé, il se tenoit encore quelque temps dans son lit, remémorant et ruminant ce qu'il avoit appris le soir. » Alciat rembarquait, au pied de sa chaire, ce regard profond fixé sur lui, ce sourire que l'admiration pouvait seule arracher au grave jeune homme, et, comme

à Orléans, on put le croire irrévocablement conquis à la science qui avait pour lui de tels charmes.

Mais Calvin , distrait un moment, avait recommencé à soupirer après une science plus sérieuse encore que celle des lois humaines, et cette autre science avait, à Bourges, un représentant éminent. Melchior Wolmar , appelé aussi par François I" , enseignait ostensiblement le grec d'Homère, de Démosthène et de Sophocle, et, moins publiquement, quoique sans se cacher beaucoup, le grec d'un autre livre tout autrement important et puissant. Il l'avait connu, ce livre, en Allemagne ; il l'avait vu, dans leg mains de Luther, changer la foi du pays. Là, disait-il, était la réponse à tous les problèmes, le remède à tous les abus ; là était le repos pour toutes les âmes travaillées, celles des savants comme du peuple.

On a nié, ^e nos jours, que la Bible pût être, à cette époque, une si grande nouveauté. On a montré qu'elle existait, imprimée, avant la Réformation, et en Allemagne et en France; on a cru réfuter par là tout ce que disaient les protestants

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