‹ CalvinChapitre 13 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sur l'oubli dans lequel elle était tombée, ou sur le soin que l'Église avait mis à la cacher.

Les preuves qu'on apporte, fussent-elles toutes exactes, tomberaient toutes devant un fait, lequel ne peut pas être contesté : c'est que docteurs et peuples furent surpris, profondément surpris, lorsqu'ils ouvrirent la Bible et se mirent à l'étudier. Que les uns, comme Luther, ne l'eussent précédemment jamais lue, jamais vue, et que les autres, comme Calvin, eussent eu peut-êt r occasion delà voir et de la lire, —qu'importe? Les uns comme les autres, sous l'influence d'un môme travail intérieur, ils se sentirent, avec ce livre, dans un monde nouveau, et, chacun selon son génie, ils se mirent à en fouiller les trésors longtemps ignorés. Luther, homme d'imagination, cœur chaud, pousse un cri à chaque découverte, et chacun de ces cris est répété par des millions de voix; Calvin, plus calme, ne parlera au monde qu'après avoir tout découvert, tout classé. Luther baise la Bible à chaque réponse qu'elle fait aux questions de son. âme ; Calvin lui demandera un système, et, mieux le système se dessinera devant ses yeux, mieux la Bible sera, pour lui, la Parole de Dieu, la vérité, la source de toute vérité. Il ne veut pas, comme Luther, attaquer le catholicisme sur un point, puis sur un autre, à mesure que ses études lui en four-

niront Toccasion ; il veut ne renverser Tédifice que lorsqu'il aura sous sa main, taillées, numérotées, toutes les pierres de l'édifice futur. Mais, comme à Luther, comme à tous ceux qui, dans ce siècle, avaient ouvert ou devaient ouvrir la Bible, la Bible lui était une révélation aussi nouvelle que si la terre l'eût vue alors pour la première fois.

Cette révélation que son âme avait pressentie, que son esprit avait cherchée, il s'agissait maintenant d'en prendre possession. Calvin se mit donc à l'œuvre avec toute l'ardeur que réclamait un tel travail. Ses autres études ne lui laissant encore que peu de temps, il prit sur son sommeil celui de lire les Saints Livres. Tantôt il en demandait le sens aux commentateurs de tous les siècles ; tantôt , laissant là les travaux des hommes, il se plaçait face à face avec les pages inspirées, et ce n'était probablement pas alors qu'il avait le plus de peine à en pénétrer le sens. Mais il s'efirayait de ce têteà-téte avec la pensée divine, et plus d'une fois, ■comme Luther, il entendit cette voix intérieure qui disait au réformateur allemand : « Serais-tu seul sage ? seul habile ? Peux-tu raisonnablement te figurer que c'est l'Église qui s'est trompée, et que c'est toi qui vois clair? » A cette voix se joignait celle de la timidité, de la paresse. « Ne valaitil pas mieux renoncer à ces investigations, rester

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