‹ CalvinChapitre 121 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Genève ; Calvin trouva le chant presque à créer, et l'importance qu'on le vit mettre à cette création devrait peut-être modifier un peu ce qu'on a tant dit de sa froideur, de son mépris pour tous les moyens esthétiques. Dès 1537, dans un mémoire sur l'organisation de l'Église : « Certes, disait- il, .comme nous faisons, les oraisons des fidèles sont si froides, que cela nous doit tourner à grand honte et confusion. Les psaumes nous pourront inciter à élever nos cœurs à Dieu, et nous émouvoir à une ardeur tant de l'invoquer que d'exalter par louanges la gloire de son nom. » Luther n'aurait pas dit mieux. Mais, ce but, comment l'atteindre? « La manière d'y procéder, poursuivait Calvin, seroitsi aucuns enfants, auxquels on ait auparavant recordé un chant modeste et ecclésiastique, chantent en l'éghse à haute et distincte voix, le peuple écoutant en toute attention et suivant de cœur ce qui est chanté de bouche, jusqu'à ce que petit à petit un chacun s'accoutumera à chanter en commun. »

C'est ce plan qui fut suivi. Calvin fit imprimer quelques-uns des psaumes de Marot, accompagnés de notations musicales très simples. Un maître , payé par l'État, donnait trois leçons par semaine à des chœurs d'enfants, et, lorsqu'un psaume était

suffisamment préparé, on l'exécutait « au sermon

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le plus voisin.)» Le psautier s'augmenta, en 1548 , d'autres psaumes traduits par Théodore de Bèze. Mais Calvin exigeait qu'on imprimât au bas de chaque page la traduction exacte, en prose, du texte hébreu ; il ne voulait pas qu'on pût attribuer au psalmiste ce qui pouvait n'être dû qu'aux exigences de la versification.

L'instruction religieuse laissait beaucoup à désirer ; beaucoup de gens, même bien disposés pour l'Évangile, étaient encore presque totalement dépourvus de connaissances positives en Histoire Sainte et en dogme. On comprenait peu, dans le peuple, la nécessité d'en savoir davantage ; on voulait avoir foi dans les ministres de la même manière que jadis dans les prêtres, laissant la religion aux hommes de la religion, et se contentant d'adhérer, en gros, à renseignement officiel. Mais Calvin entendait que le changement du principe fût le changement des conséquences, et que la foi devint individuelle comme la responsabilité. Non qu'il accordât à l'individu, comme la suite ne le fit que trop voir, le droit de se faire une croyance qui ne fût pas celle de l'Église ; mais il voulait que celle de l'Église devtnt individuelle, en chaque homme, par une acceptation réelle, une appropriation intelligente et rai sonnée. Quand, en géométrie, vous enseignez les propriétés du triangle

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