‹ CalvinChapitre 122 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

OU du cercle, yous n'admettez pas que personne puisse les entendre autrement que vous; vous exigez pourtant qu'on ne se contente pas d'en accepter l'énoncé, et vous voulez que chaque proposition devienne, par l'examen, l'opinion réelle, la conviction propre de l'élève. Ainsi faisait Calvin en religion. Le droit de croire autrement que rÉglise, autrement que lui, il ne l'accordait pas ; le droit de s'approprier, par l'examen, la croyance commune, — non-seulement il l'accordait, mais il entendait, il exigeait que chacun en usât.

De là des mesures qui ne peuvent guère non plus trouver grâce devant nos idées plus larges, mais qui, vues à leur jour, s'expliquent, sinon se justifient. Calvin trouvait tout simple que le peuple ignorant fût contraint d'aller à l'église, comme on contraint les enfants d'aller à l'école ; le pasteur, responsable de leur instruction religieuse, devait pouvoir les obliger de venir chercher ce qui leur manquait, et l'État chrétien p juvait tout aussi naturellement imposer le sermon, le ca'échisme, que l'État guerrier imposait les exercices militaires. Il y eut, cela va sans dire, des gens qui ne voyaient là qu'une continuation du régime catholique , et qu'une fâcheuse ressemblance entre le sermon et la messe ; les gens de la campagne, surtout, eurent quelque peine à comprendre que, la messe abolie,

on eût encore besoin d'être assidu dans la maison de Dieu. La contrainte matérielle fut cependant rarement employée. On vit souvent les pasteurs de campagne parcourir leurs villages, le dimanche matin, pour presser les gens de se rendre au culte ; Calvin lui-même fit plus d'une fois cette tournée dans les localités suburbaines des Eaux-Vives et du Petit-Saconnex. Rien ne lui semblait au-dessous de lui pourvu que l'œuvre se fît, que l'armée chrétienne se recrutât, et que Genève, peu à peu, devînt la citadelle qu'il rêvait. Esclave lui-même de ce glorieux idéal, ne nous étonnons pas trop qu'il lui sacrifiât, au besoin, la liberté des autres.

Dans ce laborieux enfantement de la Rome protestante, un des grands soucis du réformateur était de ne pas avoir en ses collègues des ouvriers tous dignes de la tâche. Nous le voyons, peu après son retour, se féliciter de deux choix qu'on vient de faire ; Blanchet et De Geneston, écrit il à Farel, promettent d'excellents pasteurs, et le peuple les aime. Quelques autres, en particulier Cop et Des Gallars, le secondent avec non moins de zèle et de succès. Mais d'autres étaient incapables ou indignes. De 1542 à 1846, cinq durent être renvoyés. Calvin avait fait tous ses efforts pour garder Viret et pour ravoir Farel. Mais Farel avait dû rester à Neuchâtel, et Viret retourner à Lausanne. Dieu

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