‹ CalvinChapitre 125 sur 212 · LIVRE tROlSÎÈME · texte numérisé non relu

LIVRE tROlSÎÈME

On s'habituait donc à regarder de toutes parts à l'Église de Genève, au chef de l'Église de Genève. Strasbourg avait renoncé à le ravoir ; aucune autre Église n'essaya, que nous sachions , de l'attirer à son service. Calvin à Genève, c'était, comme le pape à Rome, un fait acquis à l'histoire. Nul ne songeait à s'étonner, encore moins à se scandaliser, qu*il ne payât plus de sa personne aux combats d'avant-poste.

On ne pouvait, du reste, douter qu'il ne se trouvât tout prêt, le cas échéant, à retourner dans la mêlée, comme le prouva, en 1543, l'affaire de Metz. Farel, appelé par les Réformés de cette ville, puis chassé avec un grand nombre d'entre eux, était à Strasbourg. Calvin alla l'y trouver, et il ne tint pas à lui qu'ils n'allassent a tout droit à Metz, combien que ce ne fût pas sans danger , » comme il le dit dans une lettre au Conseil de Genève ; et le danger était tel, en effet, que les magistrats de ' Strasbourg ne permirent pas cette tentative.

Cette lettre au Conseil nous révèle, ainsi que

d'autres écrites pendant ce voyage, dans quelle

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atmosphère tourmentée s'agitaient toutes les affaires de l'Europe. La bataille religieuse et la bataille par les armes se croisaient et s'entre-croisaîent toujours plus. Les incendies de la guerre joignaient leurs lueurs à celles des bûchers ; l'empereur et le roi de France semblaient avoir juré de ne mettre fin à leurs querelles que lorsque la guerre aurait achevé l'œuvre des persécutions, et réduit l'Europe en un désert. Vienne une trêve, et François I" emploiera aux exterminations de Mérindol et de Cabrières les loisirs que lui laissera Charles-Quint. Puis, à l'extrémité de cette Europe ravagée, apparaissait sans cesse le fantôme du Turc, « lequel, écrit Calvin en juillet, descend avec fort grande puissance pour assaillir l'Allemagne par trois côtés. » C'était déjà miracle que les Turcs n'eussent pas, depuis longtemps, réalisé leur incessante menace. Ils pouvaient, en quelques campagnes, s'emparer de l'Europe entière, et mettre sous un même joug protestants, catholiques, l'empereur et le pape, Rome et Genève. Ajoutez aussi les terreurs que ramenail' incessamment la peste, toujours établie en quelques villes, toujours menaçant toutes les autres.

Ce fléau visita plusieurs fois Genève. Il a été dit, de nos jours, que les pasteurs se refusèrent à remplir auprès des pestiférés les devoirs de leur minis-

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tère. Nous écrivons l'histoire de Calvin, et nous poumons nous en tenir à montrer Calvin ne refusant point, pas plus qu'il n'avait refusé à Strasbourg, lors de son pastorat dans cette ville. Mais il vaut mieux que nous reprenions toute l'afiaire.

C'était en 1542. Dès la première apparition du fléau, le Conseil demande à la Compagnie de désigner un aumônier pour « l'hôpital pestilentiel. » Le pasteur Blanchet offre ses services , et entre aussitôt en fonctions. Peu après, dans une lettre à Viret : « La peste, écrit Calvin, sévit avec une violence telle, que peu de personnes atteintes échappent à la mort. Un de nous ayant dû être choisi pour assister les malades, Blanchet s'est offert. Si malheur lui arrive, je crains bien que ce ne soit moi qui le remplace, car, comme tu le dis, nous sommes tous membres les uns des autres, et nous ne pouvons faire défaut à ceux qui ont le plus besoin de notre ministère... Puisque nous avons accepté cette charge, je ne vois pas quel motif nous alléguerions pour nous dérober au péril. » Toujours le même homme ; toujours la loi du devoir, froide, mais toute puissante. 11 craint d'être appelé à remplacer Pierre Blanchet ; mais, s'il le faut, il le remplacera : cela ne fait pas question. Le fléau cesse, puis reparaît; Blanchet reprend ses fonctions, et meurt au bout de quelques jours.

Le Conseil ordonne d'en nommer un autre, mais défend que Ton choisisse Calvin, vu le besoin que toute l'Église a de lui, ou, comme dit le registre, c( pour ce qu'il besoigne à servir en l'Église et répondre à tous passants, et aussi pour avoir conseil de lui. » Quatre des pasteurs, Abel Poupin, Philippe de Ecclesia et les deux frères Champereau, déclarent qu'ils ne se sentent pas le courage d'aller s'enfermer à l'hôpital ' ; mais un autre. De Geneston, se présente, et sa femme veut partager le péril. Us s'enferment à l'hôpital et y meurent tous les deux, la femme la première, le mari quelques jours après.

Voilà la vérité sur cette affaire, dont on a tiré tant de choses contre la Réformation, contre Calvin, contre Genève. Et qu'étaient-ils, ces quatre hommes dont la faiblesse a été l'occasion de tant d'attaques? Un seul. Poupin, resta à Genève, expiant, par un ministère dévoué, sa lâcheté d'un jour. Les trois autres,' anciens prêtres, furent de ceux que nous avons vu chasser, comme indignes, avant 1546. Leur lâcheté n'était que le renouvellement de ce que Genève avait souvent eu à reprocher, avant la Réformation, à leurs confrères. De

* Une phrase du registre a pu faire croire que Calvin s*était d*a-» bord joint à eux; supposition absurde en présence de tout le reste.

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