LIVRE TROISIÈME
1494 à 1498, les registres reviennent huit ou dix fois sur la difficulté d'avoir des prêtres pour les pestiférés, ou sur la mauvaise conduite de ceux qui ont accepté cette charge; et les prêtres n'étaient pas six ou sept, comme les pasteurs de 1543, mais au moins trois cents.
Il nous resterait maintenant, pour achever cette période, à donner la liste des ouvrages publiés par Calvin pendant ces mêmes années.
C'est, d'abord, un écrit de la plus piquante ironie contre la Faculté de Théologie de Paris. Ce docte corps avait rédigé certains articles^ fort brefs et fort tranchants, espèce de manuel contre les négations et les assertions de la Réforme. Calvin suppose qu'un ami de la Faculté veut rendre ce travail encore meilleur en y ajoutant les preuves, — et cet ami se trouve être un niais qui donne les preuves, en effet, ou plutôt les raisons, mais celles que les docteurs se seraient bien gardés de dire. Elles reviennent toutes, sur chaque point, à une : « Cela est vrai, cela est divin, car l'Église en a besoin, car nous ne pourrions nous en passer, car si nous
perdions ceci nous perdrions encore cela, et puis cela, et puis tout. » L'énumération est parfois d'un haut comique; il y a là un coup d'œil de maître sur les ressorts cachés du romanisme. Chaque article est suivi d'un autre, intitulé ï Antidote^ résumé rapide, mais sérieux, de ce qu'il y a de mieux à dire contre chacune des thèses romaines énoncées.
Un autre écrit est VHumble exhortation à r empereur CharleS'Quint et à la diète de Spire, pour qu'ils veuillent bien mettre sérieusement la main à la restauration de ï Église. Calvin avait probablement peu de foi en Charles-Quint, peu en la diète, peu en tout ce qu'on pourrait faire, même avec de bonnes intentions, aussi longtemps qu'on ne romprait pas avec le catholicisme ; son but était donc beaucoup moins d'éclairer l'empereur ou la diète, que de tracer un tableau rapide, complet, des corruptions et des erreurs de l'Église. Ce travail fut beaucoup loué; rien de si serré, rien de si fort; ditBèze, n'avait encore été fait dans ce siècle, et cet éloge n'est pas exagéré. Ajoutons que la dignité, dans cet écrit, n'est pas moins remarquable que la force ; Calvin est bien ce que devait être un avocat de l'Évangile devant une telle assemblée. On ne lui souhaiterait que d'avoir eu, comme Luther à Worms, l'honneur de plaider en personne.