LIVRE TROISIÈME
Nous ne pouvons louer autant ses Seholies sur r admonition paternelle du pape Paul III à rem" pereur Charles- Quint. La force y est; la dignité manque souvent. Il est vrai que le pape, dans son admonition^ prêtait singulièrement le flanc, et comme pape, et comme homme, aux récriminations de la Réforme. Dès le début, pour s'autoriser à admonester Charles-Quint, son cher /îk, comme trop indulgent pour l'hérésie , il cite l'exemple d'Héli, puni de Dieu pour n'avoir pas eu l'œil ouvert sur les fautes de ses enfants. Or, il avait des fils, Paul III , nullement au figuré ; de vrais fils qu'il avait faits princes, et dont les mœurs n'édifiaient pas, à beaucoup près, les États de leur père. Calvin s'empare du fait, le tourne et le retourne en cent manières, et, ramenant toutes les questions à celle des mœurs des papes, il s'abandonne à des boutades qu'on voudrait retrancher d'une discussion religieuse. Mais, tout en regrettant qu'il n'en ait pas été plus sobre, comprenons ce que devaient éprouver les contemporains de ces tristes papes quand ils leur voyaient emboucher, du sein de leurs désordres, la soi-disant trompette apostolique, et réclamer, au nom de la religion, des droits si complètement perdus aux yeux de la simple morale.
Deux traités plus spécialement dogmatiques vi-
rent le jour en 1543 et 154S. L'un, contre Albert Pighius, est la Défense de la saine et orthodoxe doctrine sur la servitude et r affranchissement de la volonté Aumain^; l'autre, contre Pierre Caroli, attaque Tarianisme, et parut plus tard en français sous le titre de Traité de la divinité de Christ contre les Ariens. Calvin déjdiale premier à Mélanchthon, dont il traduisit, vers ce même temps, les Loci Communes^ sous le titre de : La somme de Théologie^ ou les Lieux Communs de Mélanchthon. On s'est demandé comment Calvin fut conduit à répandre un livre où plusieurs doctrines, notamment celle de l'élection, sont présentées assez autrement que dans les siens. Il ne voulait probablement qu'entretenir l'idée d'une fusion entre les deux moitiés de la Réforme, et se montrer prêt à faire, dans ce but, toutes les Concessions qui lui paraîtraient possibles.
La question des Nicodémites, traitée dans les deux épîtres de 1637, lui fournit, en 1545, la matière d'un nouvel écrit, dont il paraît que la seconde partie était déjà publiée, en français, dès l'année précédente. Cette seconde partie, la plus neuve, est YExcuse de Jean Calvin à messieurs les Nicodémites^ sur la complainte qu'ils font de sa trop grande rigueur. Il va sans dire que cette Excuse n'en est nullement une, et que l'auteur ne demande grâce