LIVRE TROISIÈME
bateau,» — voilà quelques-uns des échantillons que l'auteur donne. Et quelle est la relique qui ne se sôit pas multipliée, comme la croix, entre les mains des prêtres ! De quelle grandeur serais la couronne d'épines, si on réunissait tout ce que l'Église en montre? Quatre villes possèdent le fer de la lance dont fut percé le côté du Christ ; trois possèdent sa robe, et tout entière. Où n'est pas latête de Jean-Baptiste, soit entière, soit par frag* ments? Lequel des apôtres n'aurait pas au moins deux ou trois corps, si on rassemblait tous les os qui passent pour les leurs? Et quel saint un peu en l'enom n'ofirirait pas le même phénomène?
Tout cela, Calvin l'accompagne des détails les plus circQBStaneiés ; il nomme les villes, les égli* ses, les couvents. L'ironie abonde sous sa plume, mais ne se prolonge jamais ; à peine s'y est-il abandonné durant quelques lignes, que le voilà de nouveau raisonnant, s'indignant, voulant qu'on raisonne et qu'on s'indigne. <.< N'est-ce pas une tromperie par trop forte? Qui est-ce qui croira cela? Ne serait-ce pas folie à moi de redarguer des moqueries tant évidentes? » Répétitions fort inutiles d'une objection nécessairement toujours la même, et qui, partout, saute aux yeux. On voudrait pouvoir le lui dire ; on ne comprend pas qu'il n'ait pas vu combien l'ironie prolongée serait plus
piquante et plus concluante que cet entrecoupement d'ironie et de conclusions. Mais Calvin est rhomme de la conclusion ; il ne peut pas là laisser longtemps suspendue. Ce serait de Tart, de Thabileté, et il ne veut pas être habile; ce serait plaisant, et il ne veut pas qu'on rie, même pour lui donner mieux raison.
Malgré cela, il serait difficile de ne pas remarquer combien ses écrits se rapprochèrent, pendant cette période, du genre et du ton de Luther. Avait-il, pendant son séjour à Strasbourg et ses voyages en Allemagne, mieux compris comment on remue certaines classes? Avait-il demandé à Mélanchthon le secret de la popularité de Luther ? Toujours est-il que l'homme de Y Institution Chrétienne se révèle à nous, dans plusieurs de ses écrits de ce temps, sous un aspect tout nouveau. C'était le docteur des théologiens, des gens instruits, du moins, et graves ; le voici qui semble vouloir devenir le docteur du peuple, de tous. Mais il y a dans les masses comme un instinct qui leur fait discerner la vraie nature de chacun des hommes qui Tes mènent ; elles savent rester fidèles à ce qui est fondamental en eux, l'élément premier de leur génie, et subir l'influence de cet élément-là, même tenu momentanément en sous-ordre. Ainsi, malgré la spirituelle verve jetée par Calvin- dans ces ou-