‹ CalvinChapitre 14 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dans le \ieux courant, croire ou paraître croire comme tout le monde? Pourquoi se jeter dans ces tourments, au risque de n'y gagner que la persécution ? » Calvin n'était pas de ceux pour qui le péril a des charmes, et qui y voient un argument en faveur de la cause à embrasser. Cette idée chevaleresque n'était pas et ne fut jamais la sienne. Non-seulement il était trop logicien pour qu'une circonstance extérieure, accessoire, lui dictât son avis sur le fond des choses, mais, nous dit-il, de sa nature, il était a timide, mou au danger * ; » triste aveu chez qui aurait cédé à cette faiblesse naturelle, noble aveu chez qui n'y céda jamais. Calvin ne l'écouta donc pas, cette voix qui conseillait le silence, le repos, et, s'il n'entra dans la carrière qu'après examen, par raison, par devoir, par conscience, sa marche n'y fut pas moins ferme que s'il s'y était jeté par un enthousiaste entraînement. Quant à cette autre voix qui essayait de lui faire peur de son audace, il l'écouta encore moins. Les erreurs du catholicisme lui étaient trop bien démontrées pour qu'il craignît sérieusement d'être téméraire, devant Dieu, en les frappant au nom de l'Évangile ; quant à l'être devant les hommes, il s'en inquiétait peu. Une seule chose, à ses yeux,

I Préface sur les Psaumes.

était à respecter dans ce monde : la vérité. Aucun

* respect, aucun égard d'aucun genre ne lui paraissait dû à ce qui n'était pas elle. On a aujourd'hui d'autres maximes, et ces maximes ont certainement du bon ; elles se lient à d'incontestables progrès dans la charité, dans une juste et chrétienne défiance de soi-même. Mais elles se lient aussi, et trop souvent, à des faiblesses et à des lâchetés que Calvin ne connut jamais.

Connut-il ces luttes plus intimes dont l'âme de Luther avait été le théâtre?

Ce qui l'amena, Luther, à douter du catholicisme, ce fut le sentiment du péché, l'impossibilité de trouver la paix dans les expiations que lui in-

* diquait l'Église. Il chercha et se tourmenta jusqu'à ce qu'il eût trouvé, et ce fut là, pour lui, la révélation par excellence, le grand jet lumineux qui lui éclaira tout l'Évangile. Calvin, sur ce point, n'eut pas à chercher ; Olivetan peut-être et certainement Wolmar lui dirent ce qu'avait trouvé Luther, et la justification par la foi lui fut de bonne heure indiquée comme la solution du grand problème. Mais, connaître la solution, c'était peu : il fallait qu'elle devînt vraie pour Jui, pour son âme; qu'il la comprît et l'acceptât comme doit être compris et accepté tout ce qui est de foi, sous peine de n'être jamais qu'une formule. C'est sur ce terrain qu'eut

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