LIVRE TROISIÈME
un arsenal où les habiles puiseront, à point nommé, ce dont ils auront besoin, mêlant ou ne mêlant pas, selon les cas. Vidée et l'action, sortant du vague ou y rentrant, arborant ou n'arborant pas le drapeau, mais toujours formant une armée.
YIII
La lutte allait donc recommencer, et recommencer pour neuf ans. Luther venait de s'endormir en paix; Calvin restait à l'œuvre, condamné à des combats incessants dans l'intérieur même de ce camp dressé par ses mains au centre de l'universelle bataille. Neuf ans il fut à tout moment sur le point d'être, non pas vaincu, car il n'était pas de ceux qu'on peut vaincre, mais écrasé ; neuf ans il put s'attendre, chaque mois, chaque semaine, à être chassé de cette ville qu'il continuait cependant à rendre illustre et puissante au dehors ; neuf ans il la mena comme le vaisseau incendié qui brûle les pieds du capitaine, et qui obéit cependant toujours, et qui, dans le combat, n'en est pas moins redoutable et redouté.
Il est vrai que ce sont, au fond, comme deux histoires distinctes, liées seulement par la person-
ualité de Thomme qui jouait, dans Tune et dans l'autre, le grand rôle. La Genève de Calvin et la Genève des Libertins ne sont réellement pas la même. La première était celle de tous les hommes graves, moraux et pieux, de tous les exilés qui venaient demander abri sous le drapeau de TEvangile, de tous ceux qui venaient chercher la lumière pour la porter ensuite, à travers prisons et bûchers, par toute l'Europe; la seconde était celle d'une poignée de gens qui ne comprenaient rien à la première, gens dissimulant sous l'audace leur petit nombre , et ne cherchant même pas à dissimuler leurs désordres sous quelques formes de respect pour la religion et les lois.
Un jour, dans la yaste salle du Cloître, derrière la cathédrale, Calvin donnait sa leçon de théologie. Autour de sa chaire se pressaient des centaines d'hommes, et, parmi eux, nombre de futurs prédicateurs et de futurs martyrs. On entend tout à coup, au dehors^ des rires, des cris, un grand tapage. Ce sont quinze ou vingt Libertins qui viennent, en haine de Calvin, donner un échantillon de leurs allures et de ce qu'ils appellent liberté.
Voilà l'image des deux Genève. L'une des deux devait nécessairement périr.
L'histoire de celle qui tomba nous appellerait à