‹ CalvinChapitre 132 sur 212 · LIVRE TROiSIÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE TROiSIÈHE

raconter une foule de traits qui se ressemblent, impiétés grandes et petites, immoralités graves, immoralités légères mais aggravées par l'intention, révolte^ sérieuses, révoltes puériles, tout le va-et-vient d'un parti qui n'a réellement point de principes, et qui, même quand il pourrait avoir raison,, met les torts de son côté par la manière dont il procède. On a affecté, de nos jours, de ne voir dans les Libertins que des libéraux politiques, réclamant, contre le gouvernement, la liberté civile, et, contre le Consistoire, contre Calvin, la liberté religieuse. C'est ignorer tous les détails de la lutte. On prête aux libertins les idées des plus sages et des plus sincères libéraux du dix-neuvième siècle. Il y a là, d'abord, anachronisme : même loyaux et modérés, les Libertins n'auraient pas été cela. Mais furent-ils loyaux et modérés? Là est la question, et c'est ce que leur histoire ne permet pas de soutenir.

La lutte éclata, en 1S46, à l'occasion d'une femme, Benoite Âmeaux, mandée en Consistoire tt à cause de plusieurs propos énormes, » Ces

propos, plus énormesj en effet, dans la bouche d'une femme que dans une autre, étaient de l'anabaptisme tout pur; ellç ne faisait, du reste, que répéter ce que lui avait enseigné son mari. Fabricant de cartes à jouer, Pierre Ameaux détestait Calvin, qui les avait fait interdire; il le détesta plus encore lorsqu'on eut condamné sa femme à quelques jours de prison, en le désignant, lui, comme le premier auteur du scandale. Un soir, échauffé par le vin, il donna libre cours à sa colère. « Calvin n'était qu'un nouvel évêque, pire que ceux de jadis ; les magistrats, qui le soutenaient, étaient des traîtres. La vraie religion, c'était celle de lui, Ameaux, et des siens; celle de Calvin n'était que tromperie et tyrannie. » Le Consistoire le fit emprisonner, et le Conseil le condamna à paraître à THÔtel-de-Ville en demandant pardon à Dieu et à la justice. Mais Calvin sut qu'une portion du Conseil avait voulu être plus sévère, et, aussitôt, considérant le vote de la majorité comme une faiblesse dangereuse, il refuse d'accepter pour la religion, pour l'Église, l'imparfaite satisfaction qu'on leur offre. Si la faute d' Ameaux paraît au Conseil si légère, c'est donc que le Conseil regarde Calvin et ses collègues comme ayant prêché, selon le dire d' Ameaux, une doctrine fausse; il ne reste donc plus qu'à

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