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LIVRE TROISIÈME

est un peu moins qu'une plume. » Ainsi écrit-il, vers le même temps, à M. de Palais. Mais il a une autre raison, plus relevée, pour ne pas trop se plaindre de la vie que les Libertins lui font. Il sait, dit-il, quelle est « la condition des serviteurs de Dieu, » faits pour souffrir, et a nous avons encore jusqu'ici, ajoute-t-il, trop bon marché. »

Perrin en appelait donc encore une fois à ses services, et, outre l'illégalité du fait, il se trouvait que ses services étaient en ce moment fort discutés. Il revenait de France avec un traité favorable; mais on avait eu vent de bien étranges pourparlers entre lui et le cardinal Du Bellay. Il n'avait été question de rien moins que d'un corps de cavalerie qui tiendrait quartier à Genève, sous le commandement de lui, Perrin, pour la défense de la ville, et, au besoin, des terres françaises d'alentour. C'était livrer Genève à la France. Perrin fut donc arrêté comme traître. Les preuves positives ne se trouvèrent pas; on put se convaincre, d'ailleurs, qu'il avait été moins coupable que présomptueux, léger, et, surtout, fort mal conseillé. On Tacquitta, mais en lui ôtant sa charge de capitaine général, charge de haute confiance, qui lui donnait, en cas de guerre, le commandement des troupes, et quija'était évidemment ptlus faite pour lui,

Les Libertins jetèrent les hauts cris ; d'autres, en grand nombre, trouvaient la peine trop douce. Les Conseils étaient divisés; la ville était en proie à la plus violente agitation. Le d2 décembre, les pasteurs se rendent à THÔtel-de-Ville ; ils viennent remontrer qu'il se fait a beaucoup d'insolences, débauchements, dissolutions, inimitiés, qui tournent à la ruine de l'État. » Le 16, comme le Conseil des Deux-Cents entre en séance pour discuter les mesures à prendre, une querelle s'élève entre quelques membres; elle devient bientôt générale, et de telles menaces sont proférées contre les pasteurs, contre Calvin surtout, que quelques personnes courent les prier de ne pas venir. Ils étaient à Saint-Pierre. Calvin laisse ses collègues, va seul à THÔtel-de-Ville, entre seul dans la salle. Les cris redoublent ; quelques épées sont tirées. Calvin s'avance au milieu, froid, impassible, et on se tait. « Il sait, dit-il, que la première cause de toutes ces discordes, c'est lui. S'il faut du sang, qu'on verse le sien. » Le silence redouble ; il continue. « Si Ton veut décidément qu'il s'exile, il s'exilera; si l'on veut essayer encore une fois de sauver Genève sans l'Évangile, qu'on l'essaye. » A ce défi, qu'appuyaient tous les souvenirs du désarroi où l'on s'était trouvé pendant l'exil de Calvin, plusieurs des plus irrités réfléchissent. Cet

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