LIVRE TROISIÈME
lampes licencieuses, scènes de l'Aretin, trop bien rendues, scènes bibliques, ignoblement travesties. Il appelait ce recueil son Nouveau-Testament, le portait partout avec lui, et se plaisait surtout à le montrer aux jeunes gens. On lui fit son procès; il fut condamné à mort. Les Libertins n'essayèrent pas de le sauver, soit que le crime leur parût assez grand pour qu'ils ne s'exposassent pas à en devenir solidaires, soit, comme le raconte Bonivard, que Monnet eût porté le désordre et le déshonneur dans la maison de plusieurs d'entre ^ux. Sa mort ne fut donc pas, au moins visiblement, une cause d'irritation.
Mais il restait assez d'autres causes, et les plus futiles concouraient avec les plus graves.
Les Ordonnances défendaient de donner aux enfants, à leur baptême, certains noms auxquels s'était attachée, sous le catholicisme, une signification superstitieuse. Claude promettait longue vie; BalthasarfUne santé florissante ; etc. Or, quelques Libertins portaient de ces noms, Claude Genève, par exemple, et Balthasar Sept. Ils s'obstinaient à les donner aux enfants dont ils étaient parrains ; les pasteurs s'obstinaient à refuser, et le Conseil, à moins de violer ouvertement l'Ordonnance, était obligé de donner raison aux pasteurs. Alors les Libertins se plaignaient qu'on leur ôtât
le droit d'être parrains , droit qu'ils se mettaient tout à coup à considérer comme infiniment précieux.
Il en était de même du droit de communier, — et ceci nous conduit à un des plus graves incidents de cette longue lutte.
Berthelier, fils du glorieux martyr politique de 1521, ne se soutenait guère de son père que pour se croire tout permis. Cité plusieurs fois en Consistoire, il n'avait comparu qu'en insultant ou en se moquant, et ses moqueries étaient moins celles d'un homme que d'un écolier mal-appris. Ce fut lui qui, en 1553, remit sur le tapis la grande affaire de l'excommunication, toujours pendante, mais assoupie ; le moment lui parut propice pour amener le Conseil à s'emparer du droit laissé jusquerlà au Consistoire, mais, comme nous l'ayons vu, contesté, contestable même, pour peu qu'il y eût mauvais vouloir contre ce dernier corps.
Excommunié , pour divers scandales , peu de jours avant la Cène de septembre, Berthelier en appelle au Conseil ; le Conseil, dominé par les amis de Berthelier, casse l'arrêt, déclarant que si, dans sa conscience, il croit pouvoir communier, il est libre. Selon nos idées d'aujourd'hui, rien de mieux; nous voulons que le pécheur soit averti, et, une fois averti, soit juge de ce qu'il devra faire