LIVRE TROISIÈME
OU ne pas faire. En 1883, à Genève, c'était une violation et de la lettre et de l'esprit des Ordonnances, lois de l'État; c'était, d'ailleurs, un recul déplorable, sous la pression du vice et de l'incrédulité. Aucun moyen de croire ou de faire croire qu'il fût question de protéger une conscience honnête contre une méticuleuse intolérance ; c'était bien au débauché, au brouillon, au séditieux, que le Conseil accordait, malgré la loi, l'autorisation de communier. Calvin déclare donc qu'il ne se soumettra pas, et que Berthelier, lui vivant, ne communiera pas. Le Conseil, tout en maintenant sa décision, fait secrètement prier Berthelier de ne pas paraître au temple. Berthelier ne promet rien, et le bruit se répand qu'il, sera le lendemain à Saint-Pierre, accompagné d'une troupe d'amis.
Le lendemain donc, 3 septembre, à l'heure ordinaire, Calvin monte en chaire. Il aperçoit, dans l'auditoire, le groupe insolent des Libertins, déjà peut-être assez mal à leur aise, car ils se sentent isolés au milieu de la foule, et puis Calvin est là, devant eux. Il n'a pourtant pas l'air de les voir. Aussi calm que jamais, du moins à l'extérieur, il prêche, comme Farel en 1838, sur les dispositions à apporter à la Sainte Cène. Puis : ce Quant à moi, pendant que Dieu me laissera ici , puisqu'il m'a donné la constance et que je l'ai prise de lui, j'ea
userai, quelque chose qu'il y ait, et je me gouvernerai suivant la règle de mon Maître, laquelle m'est toute claire et notoire... Comme nous devons recevoir la Sainte Cène, si quelqu'un auquel il est défendu par le Consistoire se voiiloit ingérer à cette Table, il est certain que je me montrerai, pour ma vie, tel que je le dois. »
Les liturgies terminées, il descend de la chaire et bénit le pain et le vin. Les Libertins se lèvent, s'ébranlent pour s'approcher. Lui, alors, couvrant de ses mains les symboles sacrés : « Vous pouvez, s'écrie-t-il, couper ces mains, briser ces membres. Mon sang est à vous ; versez-le... Mais vous ne me forcerez jamais à donner les choses saintes aux profanes ! » A ce geste, à cette voix, les profanes s'arrêtent. Ils se regardent, regardent autour d'eux. Un murmure d'indignation circule dans la foule, et, sans la sainteté du lieu, évidemment ce seraient des cris. La voix du peuple est pour Calvin. Les Libertins hésitent encore un instant, puis reculent. La foule s'ouvre ; ils sortent, et la Cène est distribuée aux fidèles, émus encore, mais fiers de leur pasteur et heureux de sa victoire.
Il s'attendait à être banni ; il en parla même ouvertement dans son sermon de l'après-midi, «c C'était peut-être, dit-il, la dernière fois qu'il parlait au peuple de Genève. Fermement décidé à ne rien