‹ CalvinChapitre 140 sur 212 · LIVRE tROlSlÈME · texte numérisé non relu

LIVRE tROlSlÈME

faire de ce qui n'est pas selon Dieu, il restera cependant aussi longtemps que sa voix pourra se faire entendre ; si on le contraint de se taire, alors il s'en ira. » Il avait pris pour texte le beau passage des adieux de saint Paul aux Éphésieus. Il répéta, au milieu de son auditoire en larmes, les paroles de l'apôtre : « Je vous recommande à Dieu et à la Parole de sa grâce, » — et il alla attendre chez lui l'ordre d'exil .

L'ordre ne vint pas. Il vit bientôt que sa position, au contraire, était meilleure. On gagne toujours à montrer du courage, et il avait gagné, en outre, de mettre une fois les Libertins en présence du peuple, du vrai peuple, déjà las de leurs prétentions, de leurs révoltes , de leur mépris pour tout ce qui n'était pas eux. Cette séparation entre eux et le peuple allait s'accentuer rapidement. On vit de mieux en mieux qu'ils étaient eh petit nombre, qu'ils formaient moins un parti qu'une faction, et que, malgré les beaux noms genevois portés par quelques-uns d'entre eux, la nation genevoise était ailleurs.

Farel eut aussi son triomphe. Il était venu de Neuchàtel pour remplacer Calvin malade, et aussi, il faut bien le dire, pour assister à la mort de Servet, car le procès de Servet, commencé en août, s'entremêlait à tout ce que nous venons de racon-

ter. Dans un de ses sermons, il ménagea peu les Libertins, les s^pelant même athées, soit qu'il fit allusion au panthéisme de quelques-uns, soit qu'il ne parlât que de leur vie sans Dieu, sans foi. Eux, aussitôt, de crier, et le Conseil fait signifier à Farel, déjà retourné dans son Église, qu'il ait à venir répondre sur ce dont on l'accuse. Les magistrats de Neuchâtel voulaient le retenir. Il part ; il arrive à Genève. A peine entré dans la ville, quelques Libertins le reconnaissent, l'insultent, parlent de le jeter dans le Rhône. « Yoilà bien, leur dit-il, comme criaient, il y a vingt ans, les prêtres et les papistes I )> Mais il n'était pas seul, heureusement, à «e rappeler ce qu'il avait fait , en ces temps-là, pour Genève. Une foule de gens* accourent. On disperse les Libertins , et un nombreux cortège l'accompagne jusque chez Calvin. Le surlendemain,'comme le Conseil venait de le faire appeler, des citoyens en grand nombre entourent rflôtel-de-Yille, et quelques-uns, au nom de tous, demandent audience. Ils venaient, nous dit le registre de la Compagnie des Pasteurs, (c s'opposer à rencontre de ceux qui s'étoient plaints de maître Farel. » Aucun père de famille, dirent- ils, ne s'était joint à ces plaintes, et, quant à eux, ils tenaient Farel pour un bon et vrai serviteur de Dieu. « Sur quoi fut ordonné, poursuit le même régis-

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