LIVRE PRKMi£R
lieu la lutte, et c'est à cela que se rapportent, selon toute apparence, les détails un peu vagues que le réformateur nous a laissés sur T état de son âme à cette époque. « J'étois, dit-il, bien éloigné d'avoir ma conscience en tranquillité certaine. Toutes les fois que je descendois en moi ou que j'élevois mon cœur à Dieu, une si extrême horreur me surprenoit qu'il n'y avoit purifications ni satisfactions qui m' en pussent guérir. Et tant plus je me considérois de près, tant plus rudes aiguillons pressoient ma conscience, tellement qu'il ne me demeuroit autre confort, sinon de me tromper moi-même en m'oubliant. » Mais Dieu eut pitié de lui : a Dieu, quoique je fusse si obstinément adonné aux superstitions papales qu'il étoit bien malaisé qu'on me pût tirer de ce bourbier si profond, dompta et rangea mon cœur à docilité par une conversion subite. » Cette docilité, d'après les détails qui précèdent, ce fut évidemment l'abandon définitif de l'idée romaine du salut par les œuvres, par les pratiques , idée toujours chère au vieil homme, et l'acceptation définitive, toujours pénible au vieil homme, du salut par la seule foi en Jésus-Christ. L'Évangile lui apparaissant alors dans toute sa clarté comme dans toute sa grandeur, sa vocation fut décidée ; le théologien avait définîtivemetit repris le pas sur le jurisconsulte. « Ayant donc reçu
quelque goût et connaissance de la vraie piété, je fus incontinent enflammé d'un si grand désir de profiter, qu'encore que je ne quittasse pas tout à fait les autres études, je m'y employois plus mollement. »
Mais ses amis n'avaient pas attendu la fin de ce long travail intérieur pour le forcer de leur prêcher, à eux, ces choses qu'il étudiait encore avec hésitation et en tremblant. Ils avaient instinctivement confiance en lui, en son génie, et, de même qu'on l'avait vu, simple écolier, s'asseoir quelquefois dans la chaire^des jurisconsultes d'Orléans, on Térigeait, malgré lui, en professeur de cette autre science qui a pour champ le ciel, l'âme humaine et l'éternité. « Avant que l'an passât, nous dit-il, tous ceux qui témoignoient quelque désir de la pure doctrine se rangeoient vers moi pour apprendre, bien que je ne fisse quasi que commencer moi-même. » Il en était tout ébahie d'autant, ajoute-t-il, c( qu'étant d'un naturel un peu sauvage et honteux, j'ai toujours aimé repos et tranquillité. Je commençai donc à chercher quelque ca-