‹ CalvinChapitre 144 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

aimée. Mais, de bonne foi, Thistoire de leur conduite antérieure autorise-t-elle à les ranger parmi ces proscrits honorables? Et quand leur cause eût été ce qu'ils prétendaient, celle de la liberté, qu'ayaient-ils fait, comme hommes, qui ne les montrât incapables de la comprendre, indignes de la soutenir?

Mais revenons. Nous ne devons pas dépasser, pour le moment, l'exil des Libertins, en mai 1555. C'est, dans la vie de Calvin, la clôture de cette importante période que nous avons vue commencer en 1546. Nous venons de la parcourir sur le terrain politique; reprenons-la sur le terrain religieux, beaucoup trop voisin, malheureusement, du premier.

Il est une remarque qu'on ne pourrait guère ne pas faire à chaque nouveau détail de la longue lutte que nous venons d'esquisser. Dans quel état d'esprit et d'âme devait se trouver un homme enveloppé de ce tourbillon, heurté de tous ces chocs, perpétuellement en cause dans les plus petites comme dans les plus grandes affaires? Ce dernier

trait est surtout à noter. Dans les grands combats, on peut plus facilement rester calme, maître de soi; rimportance même de la lutte, le rôle élevé qu'elle vous donne, vous aide à vous maintenir à une hauteur digne d'elle. Mais avoir, à la fois, et la conduite de la guerre et le souci des plus misérables détails, combattre le lion et être assailli, en même temps*, par des nuées de mouches, — voilà qui peut aigrir, exaspérer le plus doux des hommes, et à plus forte raison celui qui sera déjà, de sa nature, irritable et ardent. Tout, d'ailleurs, tend à s'user dans ce monde, même la constance d'un Calvin. Ce même homme que nous avons vu, dans les premiers temps de la lutte, mépriser de si haut les fureurs de ses adversaires, nous lui verrions, quelques années après, des moments d'épuisement, courts, mads cruels. c< Mieux me vaudrait, écrira-t-il à Wolff en 15S5, être brûlé une bonne fois par les papistes, que d'être incessamment torturé par ces gens-ci... Une seule chose me soutient dans ce rude service : c'est que la mort viendra bientôt me donner mon congé. » Prenez donc, dans ces neuf années, un jour quelconque, et allez à Genève voir Calvin. Vous venez pour le réformateur , pour l'homme dont le nom remplit l'Europe, et, certes, vous le trouverez ; mais savez-vous qui vous trouverez aussi? Un homme

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