‹ CalvinChapitre 145 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

qu'on poursuit des plus ignobles taquineries, qu'on irrite à plaisir par. les plus grossiers petits affronts. Accompagnez-le par les rues, et vous entendrez ces sifflets dont il vous a parlé. Ce chien qui yient se jeter entre ses jambes, on le rappelle en l'appelant Calvin, et le chien obéit, car c'est son nom. Sur ce pont qu'il traverse, le voilà presque renversé par trois mauvais sujets qui ont feint de ne pas le voir, comme la femme de Perrin, sortant de la ville à cheval, a renversé hier un autre pasteur et a failli Le tuer. Passez un soir sous ses fenêtres, et c'est merveille si vous ne rencontrez pas quelque Libertin aviné lui criant quelque injure , ou chantant quelque abominable couplet. Jeudi dernier, en Consistoire, il lui a fallu essuyer les sarcasmes de ce jeune homme, de cet homme, de cette femme ou de cette fille qu'on enverra bien en prison , mais qui ont juré de recommencer ; jeudi prochain il en entendra tout autant, ou pis encore. Et tout cela n'est que l'accompagnement des préoccupations plus graves du dedans et du dehors, des méditations de l'écrivain, des soins d'une correspondance immense, des fatigues du pasteur et du prédicateur, des souffrances, enfin, et des angoisses du malade, car nous savons ce que souffrait, physiquement, cette tête si travaillée. On est pris de vertige rien qu'à penser à tout cela, et il

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faut y penser, pourtant, si on ne veut être injuste enyers celui à qui ses nerfs irrités firent plus d'une fois écrire ou faire ce que nous aimerions mieux qu'il n'eût pas écrit ou pas fait.

Ajoutez, enfin, Tisolement douloureux où le plongea, dès 1849, la mort de sa femme.

Nous l'avons laissée au moment où elle venait de perdre le troisième et dernier des enfants qu'elle eut de lui. « Sa santé, toujours délicate ^ , fut ébranlée par ces coups répétés. Ses dernières années s'écoulèrent dans un état de langueur et de souffrance dont on retrouve la mélancob'que expression dans les lettres du réformateur. Tantôt il prend congé de madame de Falais au nom de sa femme « qui gtt au lit, malade ; » tantôt il lui ofEre les salutations « d'une femme ressuscitée ; » ailleurs, il demande pour elle les prières de ses amis. c( Salue ta femme, écrit-il à Viret ; la mienne est sa triste compagne dans les langueurs de la maladie. Je redoute une issue funeste. Mais n'estce pas assez de tant de maux qui nous menacent dans le présent? Le Seigneur nous montrera peutêtre un visage plus favorable. » Le savant médecin Benoit Textor multiplie les avis de sa sollicitude au chevet d'Idelette ; mais les secours de l'art sont

* Nou^ reprenons le récit de M. Jules Bonnet.

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