LIVRE TROISIÈME
impuissants , et le réformateur, témoin des soins prodigués à sa compagne, s'en souviendra pieusement un jour, en dédiant à Textor son Commentaire sur la seconde épître aux Thessaloniciens.
» Aux premiers jours d'avril 1849, l'état d'Idelette empira. Les amis de Calvin, Bèze, Hotman, Des Gallars, Laurent de Normandie, accoururent auprès de lui dans la prévision d'un malheur prochain. Détachée du monde, dont elle avait appris à « user comme n'en usant points » Tdelette ne tenait plus à la terre que par ses sollicitudes sur le sort des enfants qu'elle avait eus de son premier mari. Mais, par un scrupule délicat ou par une foi supérieure, elle se taisait sur le sujet de ses préoccupations maternelles. Une de ses amies la pressant *d*en parler à son mari : « Pourquoi le ferais-je? répondit-elle. Ce qui m'importe, c'est qu'il soient élevés dans le bien... S'ils sont vertueux, ils trouveront en lui un père ; s'ils ne l'étaient pas, pourquoi les lui aurais-je recommandés?» Dans un dernier entretien, Calvin, allant au-devant de ses secrètes pensées, lui promifr de les traiter comme ses propres enfants. « Je les ai déjà recommandés à Dieu, dit-elle. — Mais cela n'empêche pas, répondit-il, que je n'en prenne soin aussi. — Je sais bien, reprit-elle alors, que tu n'abandonneras pas ceux que j'ai confiés au Seigneur. » Tranquille
sur ce sujet, elle vit aj^^nf^cber la mort avec sérénité. La constance de son âme ne se démentit pas au milieu de ses soufirances, mêlées de défaillances continuelles. A défaut de paroles, son regard, ses gestes, l'expression de sa physionomie, disaient la foi qui la soutenait à sa dernière heure. Dans la matinée du 6 avril, le ministre Bourgoin lui adressa de pieuses exhortations. EUe s*y associait par des exclamations entrecoupées, mais ardentes, qui semblaient un élan anticipé vers le ciel. « 0 résurrection glorieuse !.. 0 Dieu d'Abraham et de nos pères!...» Mais, à sept heures, elle défaillit de nouveau, et, sentant que la voix allait lui manquer: Priez, dit-elle, mes amis; priez pour moi ! » Calvin s'approcha ; elle manifesta sa joie par ses regards. D'une voix émue, il lui parla de la grâce du Christ, du pèlerinage terrestre, de l'assurance d'une éternité bienheureuse, et termina par une fervente prière. Elle suivait en esprit ces paroles, et se montrait attentive à la sainte doctrine. Vers neuf heures, elle expira, mais si doucement qu'on ne savait si elle s'était endormie ou si elle avait cessé de vivre .
» Tel est le récit transmis par Calvin lui-même à Farel et à Yiret, et terminé par un triste retour sur son existence, condamnée à la solitude du veuvage, a J'ai perdu, dit-il à Viret, l'excellente