‹ CalvinChapitre 147 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

compagne de ma vie, celle qui ne m'eût jamais quitté, ni dans Texil, ni dans la misère, ni dans la mort. Elle m'étadt une -aide précieuse, ne s'occupant jamais d'elle-même... Je comprime ma douleur tant que je puis ; mes amis font leur de- Toir, mais, eux et moi, nous gagnons peu de chose. Tu connais la tendresse de mon cœur, pour ne pas dire sa faiblesse. Je succomberais, si je ne faisais effort sur moi-même pour surmonter mon affliction. » La lettre à Farel n'est pas moins touchante. « Adieu donc, cher et bien -aimé frère ; que Dieu ie dirige par son Esprit et m'assiste dans mon épreuYe. Je n'aurais pas résisté à ce coup s'il ne m'avait, du ciel, tendu la main. C'est lui qui relève les cœurs abattus, qui fortifie les genoux tremblants. » Calvin eut cependant la force d'accomplir tous les devoirs de son ministère, et sa constance, au milieu de ses larmes, excita l'admiration de ses amis. Mais le souvenir de celle qu'il avait perdue ne s'effaça jamais de son cœur; quoique jeune encore, il ne songea jamais à former d'autres liens, et il ne prononçait le nom d'Idelette qu'avec un profond respect pour ses vertus et une tendre vénération pour sa mémoire.

» Jamais hommage plus légitime et regrets plus mérités. En perdant Idelette de Bure, Calvin ne perdait pas seulement la compagne de son minis-

tère et de sa \ie : il perdait aussi une vertu. Si le rdle de la femme chrétienne est de consoler et de bénir, de rappeler aux hommes les droits de la charité, trop méconnus dans les siècles de révolutions, personne ne fut plus digne qu'Idelette d'accomplir auprès du réformateur une telle mission. Souvent malade et chagrin, aigri par les résistances des hommes et par celles des choses, qui ne se plient que lentement aux desseins du génie, Calvin perdit trop tôt ces affections domestiques pour lesquelles il était si bien fait, et dont il n'éprouva que neuf ans la salutaire influence. Que de -fois, sans doute, dans ces années de luttes héroïques et de secrètes défaillances dont sa correspondance ]^eproduit les phases, il retrouva le calme auprès de la femme courageuse et douce qui ne savait pas transiger avec le devoir ! Que de fois peut-être il fut modéré, attendri, par une de ces paroles qui viennent du cœur, et dont la fenmie a le secret ! Et quand enfin vinrent des jours plus sombres, quand la controverse des opinions, se mêlant au choc des partis, suscita Bolsec, Servet, GentiUs, qui peut dire combien les conseils et la miséricordieuse influence d'Idelette de Bure manquèrent au réformateur? »

Page 1