‹ CalvinChapitre 150 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Pin conseille aux catholiques de ne plus « déchirer sa personne par des contes. » Contes^ en effet, dans toute la force da mot, car Bolsec ne prend généralement pas même la peine de donner quelque vraisemblance à ses récits, et on dirait parfois qu'il ne veut que contrefaire, par amusement, un menteur encore plus maladroit que hardi. Qui s'imaginerait qu'il ait pu avoir, par exemple, l'idée de faire de Calvin, ce c< grand jeûneur, » comme dit Rœmond, un insatiable mangeur pour qui on accaparait, au marché, les meilleurs morceaux? Tout le livre est de cette force. C'est la haine arrivée, nous ne dirons pas au délire, mais à la stupidité, et nous renvoyons encore une fois, pour les détails, à l'écrivain qui a eu la patience de les réfuter pied à pied, Drelincourt.

Boli^ec nous conduit à Servet, mais par un chemin tout autre que celui qui plaît, en cette affaire, aux accusateurs de Calvin.

Dans ce même livre, en effet, où le réformateur est déchiré, Bolsec, arrivé à Servet, déclare nettement n'éprouver « aucun déplaisir de la mort d'un

356 GALYm

si monstrueux hérétique. y> Servet, ajoute-iri], était « indigne de converser avec les hommes, » et il voudrait, quant à lui, que. c< tous ses semblables fussent exterminés, et l'Église de Notre-Seigneur bien purgée de telle vermine. » Ainsi, c'est le plus ardent des ennemis de Calvin, celui qui parait croire que Calvin lui eût volontiers dressé un bûcher à lui-même, c'est Bolsec, enfin, qui interrompt ses calomnieuses pages pour déclarer que la mort de Servet lui parait juste.

De là une conclusion que nous verrons sortir de tous les faits relatifs à cette triste affaire : c'est qu'il y a profond anachronisme à en charger Calvin comme d'une faute qui fût sienne, et que son siècle ait pu lui reprocher. Plaignez-le d'avoir eu occasion de la commettre; bl&mez-le de l'avoir commise avec ce zèle amer qui est toujours et en tout condamnable; mais l'en accuser, seul, quand tous ses amis, y compris le doux Mélanchthon^tous ses ennemis, sauf Castalion mais y compris Bolsec, tout son siècle, enfin, l'a approuvée, l'a commise, en quelque sorte, avec lui, — n'est-ce pas l'immoler, en quelque sorte, aux idées du dix-neuvième siècle, comme Servet fut immolé aux idées du seizième? Et quand cette immolation de Calvin est réclamée par des écrivains catholiques, quand ceux qui témoignent tant d'horreur devant le bûcher de

Page 1