LIVRE TROISIÈME
Seryet sont ceux qui n'en éprouvent aucune devant les trente ou quarante mille bûchers que l'Église romaine dressa dans ce même siècle, — ou est, nous ne dirons plus la justice, mais la plus simple bonne foi et la plus vulgaire pudeur?
Nous ayons laissé Servet à Paris, en 1634, demandante Calvin une conférence qui n'eut pas lieu, Servet n'étant pas venu.
Né en Espagne en 1509 , envoyé en France par son père qui redoutait pour lui les rigueurs de l'Inquisition, converti, à Toulouse, aux idées nouvelles qu'il avait entrevues en Espagne, mêlant, dans ses études, le droit, la médecine et la théologie, il apportait en toutes choses cette ardeur juvénile qui peut également être admirée comme généreuse, courageuse , ou condamnée comme orgueil, imprudence et témérité. Travailleur comme le seizième siècle, hardi déjà comme le dix-huitième, il fouillait tout à propos de tout. Dans son premier ouvrage contre la Trinité, au cinquième livre, est un passage auquel lés contemporains ne firent aucune attention, et qui s'est trouvé renfer-
mer la théorie complète de la circulation du sang. Auteur déjà de deux ouvrages, nous le trouvons en 1835, ti Lyon, simple correcteur d'imprimerie, mais publiant, avec notes, une édition delagéograplrie de Ptolémée. En 1537, à Paris, il professe avec succès Ja géographie, les mathématiques, et même l'astrologie, ce qui lui valut une dénonciation de la Sorbonne et une sentence du parlement. Nous le trouvons enfin fixé, comme médecin, d'abord dans les environs de Lyon, puis à Vienne, en Dauphiné.
C'est delà qu'il se remit en relation avec Calvin. Poursuivi par la pensée que les réformateurs s'étaient arrêtés trop tôt, et que le christianisme, pour redevenir vrai, avait besoin d'une restauration beaucoup plus intime et plus complète, il espérait amener Calvin à se mettre à la tète de l'œuvre ainsi reprise. C'était le connaître bien peu, et, d'ailleurs, eût-il été d'un esprit plus flexible, c'était demander beaucoup que de vouloir qu'il déclarât n'avoir enseigné jusque-là qu'une demi-réformation. Puis, ce que demandait Servet, ce n'étaient pas seulement des modifications à la formule de tel ou tel dogme : le panthéisme anabaptiste était mis à la base, et Calvin avait grandement raison de considérer cette base comme la ruine des choses mêmes que Servet respectait encore. Ainsi, comme le montra le procès