‹ CalvinChapitre 152 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

et comme le montraient déjà les livres de Servet, développés par lui dans cette correspondance avec Calvin, c'était de sa théorie panthéiste que découlaient ses objections contre la Trinité. Si, pour le grand public et pour l'histoire, la querelle s'est concentrée dans le champ de ce dogme^ c'est qu'il est naturel qu'une théorie générale se résume et s'incarne, à chaque époque, en une question spéciale, celle qui mettra le plus enjeu les sympathies et les antipathies du moment. Le panthéisme, aujourd'hui, est souvent enseigné ou combattu sur le terrain des questions sociales; il l'était, entre Calvin et Servet, sur le terrain du dogme. Donc, fût-on disposé à donner dogmatiquement à la question de la Trinité 'moins d'importance que né lui en donnait Calvin, il faudrait reconnaître encore que Calvin eut raison d'apercevoir, dans le système et dans la méthode de Servet, un renversement du christianisme. Aucun chrétien, même des plus larges, n'en jugerait autrement aujourd'hui avec un nouveau Servet ; il n'aurait besoin que d'une conversation comme celle que Calvin raconte avoir eue un jour, devant le Conseil, avec l'hérétique espagnol. «Comment! disait Calvin, si quelqu'un frappoit ce pavé ici avec le pied , et qu'il dit qu'il foule ton Dieu, n'aurais-tu point hoiTeur d'avoir assujetti la majesté de Dieu à tel opprobre? — Alors

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il dit : Je ne fais nul doute que ce banc, ce buffet, et tout ce qu'on pourra montrer, ne soit la substance de Dieu. — Derechef, quand il lui fut objecté que donc à son compte le diable seroit substantiellement Dieu, en se riant il répondit : En doutez-vous? Toutes choses sont une partie et portion de Dieu. i>

Voilà ce que le réformateur avait vu ou entrevu, sept ans auparavant, dans la correspondance de Servet, et c'est ce qui lui dictait, en 1546, sa fameuse lettre à Viret. « Servet, disait-il, m'a envoyé dernièrement un gros manuscrit de ses rêveries, m'avertissant, avec une fabuleuse arrogance, que j'y verrais des choses étonnantes. Il m'offre de venir ici, si cela me plaît; mais je ne veux pas y engager ma parole, car, s'il venait, je ne souffrirais pas, pour peu que mon autorité eût de poids, qu'il sortit vivant de Genève. » Les historiens de la Réforme ont quelquefois nié cette lettre, dont l'authenticité, en effet, était douteuse, mais est devenue incontestable. Pourquoi tiendrait-on à pouvoir effacer ces lignes? Que Calvin ait parlé d'avance de demander, le cas échéant, la mort de l'hérétique, n'est-ce pas bien mieux, au fond, que s'il l'avait plus ou moins ménagé, lui cachant ce qui l'attendait à Genève? Cette lettre, d'ailleurs, a l'avantage d'établir clairement comment la question se

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