‹ CalvinChapitre 155 sur 212 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Ce fut à ce moment qu'on décida d'écrire à Vienne pour avoir communication du procès instruit dans cette ville, et aux Églises suisses pour avoir leur avis. Calvin ne cacha pas le déplaisir que lui causait cette dernière démarche. Il se rap-^ pelait Berne et Bâle conseillant la clémence envers Bolsec; il les voyait déjà sauvant Servet.

Le procès continua néanmoins, mais bientôt sous une nouvelle forme. La question dogmatique était vidée et le cas d'hérésie suffisamment prouvé ; on entama, comme pour gagner du temps; une série de discussions sur le mal que Servet avait pu faire ou voulu faire, sur la publicité donnée par lui à ses idées, sur sa persistance à les soutenir, bien que les sachant condamnées par les anciens conciles et les anciens décrets impériaux. Ces tristes chicanes, si étranges dans des bouches protestantes, fournirent plus d'une fois à Servet l'occasion de dire des choses qui n'avaient qu'un tort, mais un tort grave, celui de venir près de trois siècles trop tôt, et de s'adresser à des gens qui ne les pouvaient comprendre. Si, disait-il, il ne s'était pas rétracté, c'était tout simplement que c'eût été, de sa part, un mensonge. S'il n'avait pas cru devoir se taire, malgré les lois impériales qui le menaçaient de mort, c'était que ces lois dataient d'un temps où le christianisme était déjà plus ou

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moins altéré. L'Église, aux temps apostoliques, connaissaitrelle cette législation ? Ce dernier argument fut un de ceux qui blessèrent le plus les juges. Servet osait donc nier jusqu'au droit en ^ vertu duquel on le jugeait? La vieille cité impériale, épiscopale, avait bien pu secouer le joug et de l'empereur et du pape; mais ses magistrats entendaient avoir hérité de tous les droits de TEmpire et de TËglise, et, ces droit», ils n'entendaient pas que nul osât les contester.

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Cependant le sort de Servet ne se débattait pas seulement aux audiences. Nous avons dit lès luttes qui s'entremêlaient au procès ; ce que nous venons de raconter eut lieu dans la semaine même de la communion de septembre, où Calvin joua son autorité, sa vie peut-être, contre les Libertins exaspérés. Il pouvait vaincre, et, en effet, il vainquit; mais il pouvait aussi être vaincu, et sa défaite était le salut du prisonnier. Servet, du fond de sa prison, suivait les péripéties du combat; les phases diverses de son procte nous le montrent tantôt plus hardi, tantôt plus humble, selon qu'il espère ou

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