LIVRE TROISIÈME
n'espère pas le secours des événements extérieurs. Le mémoire écrit qu'on lui demanda, au commencement de septembre, sur les trente-huit articles, est évidemment rédigé sous l'impression d'une baisse notable dans le crédit de Calvin. C'est
, l'accusé qui parle haut, qui accuse. Calvin n'est pas seulement dans l'erreur; il a calomnié, il a menti, et « qui est-ce qui dira qu'un accusateur criminel et un homicide soit vrai ministre de l'Église? » Et tout est du même genre. « Tu ne sais ce que tu dis ; tu es un misérable si tu poursuis à condamner ce que tu n'entends point. Penses-tu étourdir les oreilles des juges par ton seul aboiement de chien? » Mais Calvin, eùt-il été aussi près de sa chute que Servet se le figurait, n'était pas homme à rien changer, pour cela, dans ses allures.
' Dans sa réponse, écrite aussi, il ne descend au niveau de Servet que pour lui renvoyer, dans le même ton, ses injures, et, de sa main de fer, il l'a bientôt refoulé dans l'humble rôle d'accusé. Le malheureux avait cru n'avoir plus besoin de rien voiler ; son hardi mémoire devenait un acte d'accusation dressé par lui contre lui-même, et accompagné de toutes les preuves.
On avait décidé que ce mémoire et la réponse seraient envoyés aux Églises suisses ; mais, quoique les deux pièces eussent été présentées au Con*
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seil le 8 septembre, il se passa encore quinze jours avant qu'on les expédiât. Le Conseil hésitait à s'engager. Si les Églises suisses ne jugent pas comme Calvin, que faire? Si elles jugent comme Calvin, il faudra condamner; or, au milieu des autres débats genevois, le Conseil se souciait peu de procurer à Calvin une victoire qui pouvait en amener d'autres. Calvin démêlait fort bien ce sentiment. Ses lettres à BuUinger, à Farel, sont profondément découragées. L'absolution possible de Servet lui paraît le renversement de son œuvre, de son œuvre morale et politique comme de son œuvre religieuse , et l'indice trop certain que Dieu ne la soutient plus ; il va jusqu'à laisser entrevoir la pensée de tout lâcher et de s'en aller. Encore une erreur, par conséquent, à relever ici. On suppose Calvin tout puissant à cette époque ; on le voit dictant la sentence à un gouvernement dont il est l'âme, — et jamais, au contraire, il n'avait été si près de ne pouvoir plus rien.
BuUinger le conjure de ne pas céder à ce sentiment, et de ne pas exposer Genève, en la quittant, à consommer de ses mains sa ruine. Farel, toujours ardent, s'efforcera de lui montrer, dans l'arrivée de Servet à Genève, une admirable dispensation de Dieu. Il est venu pour que le Gouvernement et l'Église eussent occasion de se montrer fermes et