LIVRE TROISIÈME
fidèles ; Dieu ne permettra pas que cette occasion soit repoussée par ceux à qui il l'a offerte. La mort de Servet est nécessaire, indispensable ; ceux qui diraient le contraire sont des traîtres, ou, tout au moins, des sots, d'absurdes sots. « Pour moi, con-tinue Farel, j'ai toujours déclaré que j'étais prêt à mourir si j'avais enseigné quoi que ce fût de contraire à la saine doctrine, et j'ajoutais que je serais digne des plus affreux supplices si je détournais quelqu'un de la foi en Christ. Je ne puis donc appliquer aux alitres une règle différente. » Ainsi raisonnaient ces rudes hommes. La question de sincérité, d'intention, ils la laissaient totalement en dehors, ou, pour mieux dire, ijs la considéraient toujours et partout comme tranchée par la nature même de ce qu'on aurait enseigné. Poin^ de bonne intention,» point de bonne foi possible chez qui enseignait l'erreur, ou, du moins, chez qui persistait à renseigner. C'était l'idée romaine dans toute sa rigueiu', moins sa logique, car elle ne peut être logique que là où l'on pose en principe l'infaillibilité du tribunal. Mais l'idée romaine
était si bien établie, que nous voyons Servet lui-même, après l'ayoir combattue, l'accepter. Dans une lettre au Conseil, il est « content de mourir, » dif-il, s'il ne parvient à confondre Calvin ; il demande seulement que Calvin « soit détenu prison-
nier i» comme lui, et, -une fois eoûfbndu, soit itu8 à mort À sa place.
En prison depuis un mois, il eommençût à ne pas comprendre pourquoi on tardait taïU. Il avait dit son dernier mot.; qu'attendait-on pour le condamner mx l'absoudre ? Le 48 septembre, proba* blement sur quelque avis du dehors, il demande que sa cause « soit mise au Conseil des Deux- Cents, » et il représente Calvin comme son seul ennemi* Trois jours après, ayant reçu communication de la réponse à son mémoire, il la renvoie chargée de notes, et signe : « Michel Servet, «eul, il €St 'vrai, mais ayant Christ c<»mne très-^fôsuré protecteur. » Le 2i septembre, on expédie les deux pièces, accompagnées de quelques autres, aux Églises de Berne, de Zurich, de BMe et de Schaffousè. Le 22, soit que des avis secrets lui fissent considérer la position de Calvin comme encore très ébranlée, soit que son imagination amplifiât ce qu'il en savait^ il écrit au Ceuseil pour demander forfickellement que Calvin soit mis en ac^Dusation, et il «dresse À *son tour une longue Kste d'tc Articks sur lesquels Michel Servons deioattiide que Jehan Calvin soit interrogé.^ Toute la lettre se ressent de l'état de fièvre <)ù le chagrin , l'impatience , d'autres causes encore, comme nous le verrons, plongeaient le malbeweux piisonnier. ft termine en