LIVRE TROISIÈME
disant que Calvin doit être chassé de Genève «comme magicien qu'il est, » et, ajoute-t-il, « son bien doit être adjugé à moi, en récompense du mien que lui m'a fait perdre. »
Trois semaines se passent, et Servet. ne recevant point de réponse, comprend enfin qu'il s'est trompé. Une lettre du 10 octobre, humble, douloureuse, nous révèle tout un autre monde de souffrances. Le séjour des prisons, au seizième siècle, était -horrible ; l'humanité, si peu soigneuse dans les hôpitaux mêmes, ne connaissait guère le chemin des demeures du crime, et, quant à distinguer entre les crimes, nul n'y songeait. Servet, traité comme un malfaiteur vulgaire, avait déjà adressé au Conseil le 15 septembre, une lettre remplie des plus lamenV.'' les détails. 11 la rappelle le 10 octobre, . car on ne la a rien répondu. Ses vêtements sont en lambeaux ; la malpropreté le dévore ; les premiers froids de l'automne lui sont un nouveau tourment. Exagérait-il? C'est possible; on comprend difficilement que ce fût bien là l'état d'un homme qui avait pour lui le premier syndic, plusieurs conseillers, et, de plus, le geôlier, Claude Genève, un des affidés de Perrin. Mais ne disputons pas sur ses souffrances ; il en restera toujours assez, toujours trop, aux yeux de l'humanité. Le Conseil en jugea ainsi, car il fut décidé, sur sa se-
conde requête, qu'on s'occuperait de lui procurer quelques soulagements.
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Son sort, pendant ce temps, se décidait, mais hors de Genève . Un messager d'État, chargé d'aller recueillir les réponses des Églises, les remit au Conseil le 18. Chacune de ces réponses était double: il y avait cjelle de l'Église, soit des pasteurs, et celle du gouvernement. Total : huit.
Unanimité complète, effrayante : il faut que Servet périsse. Berne et Bâle, si indulgentes, deux ans auparavant, envers Bolsec, n'ont pour Servet que des expressions d'horreur. « Nous prions le Seigneur, disent les pasteurs de Berne, qu'il vous donne un esprit de prudence, de conseil et de force, afin que vous mettiez votre Église et les autres à l'abri de cette peste. » Les pasteurs de Bâle se réjouissent de voir Servet entre les mains des magistrats de Genève, afin que, selon leur charge et le pouvoir qu'ils tiennent de Dieu, ces magistrats le répriment de telle sorte « qu'il ne puisse plus dorénavant inquiéter l'Église de Christ. » Les pasteurs de Zurich écrivent : « Nous pensons que vous devez déployer beaucoup de foi