LIVRE QUATRIÈME
années d'apostolat, pris de noii^veaii, il est brûlé à Bordeaux.
D'autres, plus près de Genève, avaient péri pendant le procès de Servet, consolés aussi et fortifiés par la voix du réformateur. Une lettre du 22 août est adressée à deux hommes qui attendaient la mort dans les prisons de Lyon, et qui furent brûlés, le mois suivant, avec deux autres. Déjà, le 7 juillet, à la nouvelle de leur emprisonnement : e Quoique ce nous ait été, leur écrivait-il, un message triste selon la chair, même selon le juste amour que nous vous portons en Dieu, si nous faut*il néanmoins ranger à la volonté de ce bon Père et Seigneur. . . Comme il vous a munis de sa vertu pour soutenir le premier assaut, il reste de le prier qu'il vous renforce de plus en plus, selon que vous aurez à combattre... O^^iid il' fait cet honneur aux siens de les employer pour maintenir sa vérité, et qu'il les amène au martyre comme pkr la main, jamais il ne les laisse dépourvus des armes qui y sont requises... Soyez donc assurés que ce bon Dieu, qui'se montre au besoin, ne vous délaissera point que vous n'ayez de quoi magnifier puisamment son nom... Méditez cette gloire et immortalité céleste à laquelle nous sommes conviés et sommes certains de parvenir par la croix, ignominie et mort... C'est chose étrange, au sens
humain, que les esclaves de Satan nous tiennent les pieds sur la gorge ; mais nous avons de quoi nous consoler en toutes nos misères, attendant cette heureuse issue, laquelle nous est promise, que Dieu lui-même essuyera les larmes de nos yeux... » Et après bien d'autres paroles que nous regrettons de ne pas transcrire : c< Si vous pouvez, ajoutait-il, communiquer avec les autres frères, îe vous prie les saluer aussi de par moi. » Or, savezvous comment ils communiquaient entre eux? Voici ce que Louis de Marsac, un d'eux, écrivait à Calvin, a Je ne vous pourrois réciter, Monsieur et Frère, la grande consolation que j'ai reçue des lettres qu'avez envoyées à mon frère Denis Peloquin, lequel trouva moyen de les bailler à un de nos frères qui étoit en un croton' au-dessus de moi, et 'm'en fit la lecture, parceque je ne les pou vois lire, d'autant que je ne voyois rien en mon croton. Je vous prie donc de persévérer pour nous assister toujours de semblable consolation, qui nous invite à pleurer et prier. » C'est ce Louis de Marsac qui s'indigna, partant pour le bûcher, qu'on ne lui mît pas, comme aux autres, une corde au cou, vu qu'il était noble. Il demanda pourquoi on lui refusait le collier de
1 Cachot souterrain.
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« cet excellent ordre » du martyre. Un Genevois, Pierre Berger, avait eu peu auparavant cet honneur, et, au moment où les flammes Tatteignaient, il avait dit, comme Etienne : « Je vois les cieux ouverts ! »
Mais de tous les martyrs que Calvin eut à exhorter à cette époque, cinq surtout, les cinq prisonniers de Lyon, comme on disait, eurent à le bénir en leur épreuve.
C'étaient cinq jeunes Français qui avaient étudié à Lausanne, où l'on venait de leur conférer le Ministère. Après quelques jour passés à Genève, il& rentrèrent en France, et, à Lyon, furent arrêtés. L'intervention du gouvernement bernois, les hautes protections qu'on mit en jeu, l'intérêt que ces jeunes gens excitèrent chez beaucoup de catholiques, tout cela ne servit qu'à prolonger un douloiu*eux procès où l'acharnement des juges ne fut égalé que par la constance des victimes. Dans une première lettre, écrite eaa juin 1552, Calvin leur parle de ce qu'on a fait pour les sauver et de ce qu'on veut faire encore ; mais, sans leur ôter tout espoir, il les prépare aux plus redoutables chances, et les invite à chercher en Dieu, sans tarder, ce courage qui n'est qu'en Dieu. Condamnés, en effet, par les juges de Lyon, ils en appelèrent au Parlement de Paris. Conduits à Paris, ramenés ensuite
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à Lyon pour y attendre leur seotence^ ils la reçurent le i" mars 1383 : l'arrêt de mort était définitif . « Nous a^ons été, leur écrit Cahin, en plus grande tristesse que jamais, ayant entendu la conclusion prise par les ennemis de la vérité. » On tentera encore quelques démarches ; mais la grande, la seule qui ne puisse échouer, c'est de les recommander à Celui qui les a déjà tant soutenus, a Nous ferons ici notre devoir de le prier qu'il se glorifie de plus en plus en votre constance, et que, par la consolation de son Esprit, il adoucisse et rende aimable tout ce qui est amer à la chair, et tellement ravisse vos sens à soi, qu'en regardant à cette couronne céleste, vous soyez prêts de quitter sans regret tout ce qui est du monde. x> Enfin, au commencement de mai, dernière lettre* « Le roy de France a refusé plat et court toutes les requêtes que lui ont faites Messieurs de Berne. Il n'y a, de ce c6té là, plus d'attente, et même quelque part que nous regardions ici-bas. » Us ont su, quand il y avait encore de l'espoir, ne pas cesser de regarder à Dieu ; comment ne le feraient-ils pas maintenant que a la nécessité les exhorte d'adresser tous leurs sens au ciel? » Dieu les a choisis pour faire éclater sa force en leur faiblesse. « D'autant qu'il vous a fait ce privilège que vos liens ont été renommés et que le bruit en a été épandu partout , il faudra, en dépit