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de Satan, que votre mort retentisse encore plus fort, à ce que le nom de notre Dieu en soit magnifié. » Ainsi continue-t-il encore longtemps, ému, mais ferme, toujours parlant au nom du devoir, toujours demandant le sacrifice tel qu'il l'accomplirait lui-même, sans s'étourdir, sans demander à l'enthousiasme de lui épargner aucune douleur, aucun effort, mais inébranlable en son courage et inébranlable en sa foi.
* Ils périrent donc, le 16 mai, animés de cet esprit et pleins de ce courage. « Étant venus au lieu du supplice, raconte Crespin dans VHistoire des Martyrs^ ils montèrent d'un cœur alègre sur le monceau de bois, les deux plus jeunes, les premiers... Le dernier qui monta fut Martial Alba, le plus âgé des cinq, lequel avoit été longtemps à deux genoux, priant le Seigneur. Il demanda au lieutenant Tignac de lui octroyer un don. Le lieutenant lui dit : a Que veux-tu? » Il lui dit : <( Que je puisse baiser mes frères devant que mourir. )>,Le lieutenant le lui accorda. Lors le dit Martial ]3aisa les quatre déjà liés, leur disant à chacun : c< Adieu, adieu, mon frère! » Le feu fut allumé. On entendit la voix des cinq confesseurs s'exhortant encore l'un l'autre : « Courage, mes frères, courage ! » et ce furent, poursuit Crespin, « les dernières paroles ouïes des dits
cinq vaillants champions et martyrs du Seigneur.» Ainsi mourut, deux mois après, un autre martyr, Dymonet, qu'une longue et belle lettre de Calvin avait aussi consolé dans sa prison; ainsi mourut, Tannée suivante, ,ce Richard Le Fèvre, de Rouen, depuis longtemps en correspondance avec Calvin, et qui lui écrivait au commencement de mai : « La présente est pour vous faire savoir que j'espère aller faire la Pentecôte au royaume des cieux et aux noces du Fils de Dieu, si plus tôt ne &ms appelé du bon Seigneur et Maître. » La Pentecôte le trouva encore ici-bas; le bûcher ne fut prêt qu'au 7 juillet.
Nous pourrions allonger beaucoup cette liste; en voilà assez, peut-être trop. Mais ce n'est jamais sans peine qu'on se décide à omettre des martyrs. On se reproche de les frustrer de leur gloire, et on ne se console qu'en se rappelant celle dont ils sont couronnés auprès de Dieu.
Les gens qui n'ont pas vu la guerre se demandent souvent ce que l'on doit éprouver dans,cette terrible vie où chaque jour, chaque heure, peut voir tomber tant de gens qu'attendaient de longues années. Cette question, conunent ne pas se la faire au tableau de cette lugubre époque? Que devaiton penser, que dèvait-on éprouver, à Genève, quand on apprenait, coup sur coup, la mort de
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gens qu'on avait connus/aimés, et de tant d'autres qui n'avaient jamais vu Genève, mais qui étaient morts, on le savait, en pensant à elle et à son chef? Ce chef, surtout, on voudrait analyser tout à fond, d'après ses ouvrages et ses lettres, ce qui se passait dans son cœur. Certaines choses, au premier abord, étonnent. On voudrait le trouver , avec les martyrs, plus sensible, plus expansif, plus homme, enfin; on cherche » parmi ces exhortations admirables, les traces de quelques larmes, et on ne les trouve pas. Contentons-nous de ce qui s'y trouve ; c'est encore assez beau et assez grand. Chef d'armée, son caractère et son rôle étaient d'accord. Les martyrs, pour lui, ce sont des soldats qui tombent ; leur mort n'est qu'un événement tout ordinaire, une mauvaise chance, à parler humainement, une bonne, à parler chrétiennement. Pourquoi serionsnous plus difficiles qu'ils ne Ji'ont été eux-mêmes? Us l'admirèrent, ils l'aimèrent, ce Calvin que nous aimons peu, nous, gens plus sensibles, mais faillies. Ils comprirent que c'était l'homme qu'il fallait à l'Église, le général qu'il fallait à la bataille, et de grand cœur ils lui criaient, en marchant à la mort : Morituri te salutant ! «c Ceux qui vont mou*^ rir te saluent ! »
Mais tandis que la France protestante semblait n'avoir plus guère à demander que des exhortations pour ses martyrs, l'Angleterre s'ouvrait à la Réforme, à la vraie Réforme, proscrite sous Henri VIII, et l'influence de Calvin s'y faisait puissamment sentir.
Henri VIII était mort en 1546, et, avec lui, cette religion que la mauvaise foi ou l'ignorance a seule pu confondre avec le protestantisme évangélique. Son fils, Edouard VI, n'avait que neuf ans ; le duc de Somerset, Régent, l'éleya dans les principes d'un christianisme sérieux, et les proclama, sans délai, dans le royaume. De là les relations du Régent avec Calvin, qui lui dédie, en juin 1848, son Commentaire sur la première Épttre à Timothée ; de là, en particulier, cette remarquable lettre que Calvin lui adresse, cette même année, en octobre, et qui renferme un exposé complet des vues du réformateur sur la transformation à faire subir à l'Angleterre.
Il commence par féliciter le Régent de ce que